Humiliation

Publié le par memoire-et-societe

"L'humiliation... n'oubliez pas l'humiliation", rappelait le général de Gaulle, qui n'était pourtant pas nourri d'anticolonialisme. Il mettait ainsi le doigt sur un point crucial de la relation coloniale : là ou la réalité psychologique se fait aussi déterminante que la domination économique.
Tout colonisé confirme en effet que rien n'est plus offensant que le déni de civilisation, c'est-à-dire la négation des valeurs de l'Autre, le dédain de son Histoire (cf.M.Guaino), la dérision accablant ses moeurs et ses croyances. La misère sociale ne se limite assurément pas aux peuples ultramarins. Elle est plus odieuse encore quand elle s'accompagne du mépris voué à leurs langues, leurs coutumes, leurs traditions. Récusé jusqu'au plus profond de son identité, condamné à l'assimilation sans nuance ou à l'exclusion tout court, l'ex-colonisé-devenu-immigré est assigné au statut d'individu secondaire,simple consommateur d'une culture dominante,éliminé d'office d'une expression spécifique.
C'est en réaction à cette situation qu'on peut déchiffrer le récent attentat perpétré contre le journal gauchiste "Charlie-Hebdo", attentat qui a scandalisé les ayatollahs de notre liberté de la presse(bouffons comme Ph.Vial ou Rob.Ménard par exemple) et d'une laïcité qui fait aujourd'hui l'objet d'une bien curieuse unanimité.
J'en parle aisément, je ne suis pas croyant. Se gausser des images des dieux tourne désormais à la manie:on défèque sur la figure du Christ,on caricature celle de Mahomet, manifestations d'un "avant-gardisme" pour le moins réchauffé, et qui aurait plus de panache s'il s'exerçait là ou existe un danger réel à blasphémer. Des bords de la Seine, c'est nul et, finalement, assez lache. En tout cas, inutilement blessant pour ceux, entre autres, venus en France afin d'essayer d'y vivre mieux, plus librement, et chez qui la foi demeure le sens de la présence au monde. Ils n'ont donc aucune raison de se laisser insulter par les esprits forts du coin. Il y a là aussi atteinte à la liberté : la liberté d'être respecté en tant que tel.

Mais c'est comme ça:dans nos Etats "de droit", l'humiliation n'en finit pas de se signaler par son obstination. Elle rode dans la mémoire des descendants d'immigrés qui parviennent mal à oublier l'"accueil" réservé à leurs anciens débarquant des colonies (bidonvilles, salaires misérables, insultes et brimades racistes). Ne cherchons pas. C'est un trouble sentiment de vengeance qui anime parfois les "sauvageons" des générations d'après. Elle s'infiltre également dans les coeurs, au fil d'un quotidien qui démontre que la décolonisation mentale n'est pas accomplie.
Le problème relatif au vote des étrangers -en réalité Maghrébins et Africains- est à ce propos révélateur. Un maire balayeur et malien à Saint-Denis, là serait, annonce M.Guéant, la véritable humiliation.

 

 

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