Disgrâce de l' anticolonialisme?

Publié le par memoire-et-societe

   Ainsi va l' HIstoire.Après un pic lié aux guerres de libération nationale et de décolonisation, l' anticolonialisme, avec ses figures mythiques (Lumumba, Guévara, Ben Barka, Fanon, Cabral et bien d' autres) semble connaitre une sorte de désintérêt que ne sauraient expliquer la désintégration du bloc communiste et la crise frappant  les pays occidentaux.

   Plusieurs éléments peuvent aider à comprendre l' actuel relâchement d' attention pour la problèmatique de la domination coloniale et son corollaire, le sous-développement, qui continue d' affecter une part importante de l' humanité.

   Le premier de ces éléments est  le sentiment que, globalement, les indépendances ne sont pas des réussites. Ainsi, en Algérie où la manne pétrolière aurait dû engendrer une prospérité générale, la masse des habitants stagne dans la pauvreté et une absence de perspective qu'on ne peut plus attribuer au seul passé colonial.

   L' émigration traduit ce désarroi, générant dans les pays dits d' accueil des rejets dont souffre l' image même des nations nouvelles.D' autant que les excès verbaux et comportementaux (par exemple le " racisme anti-blanc" ) ou  l' unilatéralisme simpliste de certaines minorités d'origine immigrée exacerbent une irritation qu' exploitent  dans toute  l' Europe les mouvements d' extrème droite.

   Question de l' oeuf et de la poule: les discriminations suscitent-elles d' abord  l' agitation communautaire ou celle-ci fertilise-t-elle conséquemment le terrain sur lequel vient s' épanouir l' idéologie de l' exclusion? (voir à ce propos le blog du 19 février 2012 intitulé "Le retour en masse de la pensée réactionnaire° )..

   La distanciation (apparente?) affichée à l' égard de l'opinion anticoloniale a certainement  des causes  moins épidermiques que les observations formulées ci-dessus et moins capricieuses que les modes intellectuelles.Les formes de la domination ont évolué, passant aujourd'hui par des canaux autres que la conquête militaire (encore que...), tels la maîtrise de circuits financiers complexes ou le monopole des  technologie innovantes. Conjointement, le discours marxiste a perdu de son impact avec la fin de l' URSS et  le déclin des Partis communistes, vecteurs traditionnels de  l' anticolonialisme militant. Enfin, l'ideologie libérale est venue  occuper tous les espaces vacants, non seulement économiques (vagues  de privatisations, arrêt des expériences coopératives, etc ) mais aussi culturels à travers le contrôle des moyens de communication, repoussant ainsi  l' opposition structurée vers l' intégrisme religieux.

   Ce va-et-vient ne modifie cependant pas l' aspiration légitime  des peuples à la justice et au mieux-être. Mutation donc, sans doute, mais pas disgrâce : la colonisation de papa est bien morte, et, par voie de conséquence,  l' anticolonialisme qu' elle a engendré. Un autre type de lutte se prépare inévitablement  qui  inventera des manières neuves de combattre un adversaire qui ne recule que dans le rapport de force : la tyrannie universelle du Capital.

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