Crise et rénovation

Publié le par memoire-et-societe

   Une coalition objective se forme-t-elle pour couler l' Europe? Les attaques convergentes et répétées contre l' euro tendent à le laisser croire. Aucune autre monnaie que le dollar ne doit en effet primer en Occident : telle est la doctrine anglo-saxonne. C' est pourquoi toute tentative d' unification financière du continent est jugée attentatoire à la pérennité de ce monopole jamais formalisé. Que l' Europe demeure la première puissance commerciale du monde esr déjà difficile à supporter. Qu' elle ose en outre s' aventurer dans les chasses gardées de Wall street et de la City , voilà qui dépasse l' entendement.

   L' irrésistible émergence du bloc asiatique complique encore la donne. Là, les pressions sont moins aisées que sur une mosaÏque d' Etats européens avec lesquels s' avère toujours possible de " diviser pour règner ". La partie se joue alors à trois bandes, et les nouvelles stars de l' économie (Chine, Inde, Corée ), forcément neutres, ne manquent pas une telle occasion de spéculer sur la dualité euro- dollar. L' objectif de Washington est dès lors de dégager du paysage  la seconde  monnaie "blanche ", en privilègiant le rapprochement avec son concurrent oriental au détriment de son rival atlantique.

   Cette stratégie a le mérite d' être claire. Les Anglo-Américains ne sont pas prêts à partager avec quiconque le rôle d' interlocuteur de l' Asie avant  l'inévitable explication U.S-Chine qui décidera de l' avenir à long terme. D' où la guerre à peine voilée menée contre l' euro par les sociétés financières, leurs auxiliaires et la presse d' outre-Manche et  outre-Atlantique. Attitude qui implique en réponse une accélération de la  réflexion fédéraliste.

   Protèger la monnaie européenne, quelles que soient ses tares et insuffisances, l' imposer à la jungle capitaliste, est un signe, même mineur, de retour à des valeurs humanistes, une manière d' introduire dans l' équation économique actuelle l'existence de la dimension sociale, totalement absente des calculs des entreprises multinationales et des marchés boursiers, de remettre en un mot  le producteur  à la fin de la  recherche du profit.

   Le cher Vieux- Monde ne saurait être le wagon de queue d' une croissance unilatéralement orchestrée par les Etats-Unis d' Amérique et leurs satellites. L' Europe est riche. De son patrimoine, bien sûr, mais aussi de sa créativité, de son désir de paix, de son système de solidarité, le plus avancé de la  planète. Pour sauver cet acquis et leurs  intérêts légitimes, ses membres les plus fiables ont  besoin d' une unité monétaire forte, l' euro en l' occurrence,  dont  les souverainetés  nationales ne pourraient assurer seules le poids. Je me sens ainsi  pleinement citoyen français et  défenseur naturel  d'un continent que, volens nolens, la crise pousse à se rénover.
   I have a dream: la réussite d' une Europe indépendante,  moins sceptique, plus populaire, toujours plus juste socialement.

Publié dans politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article