Celui qui y croyait et celui qui n' y a pas cru (2)

Publié le par memoire-et-societe

Pierre Stibbe, nous allions le rencontrer chez  lui,  rue des Martyrs, Jean Rous, l' un des rarissimes responsables politiques français fréquentant alors des colonisés nationalistes, et moi, encore étudiant. Stibbe était une référence. " Un saint  laïc ", disait Mauriac. Ce fils d' un petit  fourreur juif avait commencé à militer à vingt ans au parti socialiste de  l' époque, la S.F.I.O, puis connu la notoriété lors de la sanglante répression de l' insurrection malgache de 1947.

Défenseur passionné des élus locaux, il leur avait évité de peu la peine de mort, et son livre "Justice pour les Malgaches " dénonçait  " une affaire Dreyfus à l' échelle d' un peuple." Présent partout sur le front de la décolonisation, Stibbe a été associé pendant  plusieurs décennies à tous les procès en justice intentés aux "coloniaux ", a donné son nom à d' innombrables textes et pétitions favorables à l'émancipation des peuples sous tutelle, collaboré aux journaux et revues en pointe sur la question, et animé inlassablement le débat au sein d' organisations engagées en faveur de l' indépendance algérienne comme l' Union de la Gauche socialiste puis le P.S.U.  A  l'époque, rien de cela n'était confortable.

Comme Molière, à sa façon Pierre Stibbe est mort en scène. Ou plutôt le 3 février 1967 en plein tribunal, terrassé à 55 ans par une crise cardiaque alors qu' il plaidait pour un immigré algérien. Il s' était  " voué, a encore écrit Mauriac, à la défense du métèque, du hors-la-loi, des plus méprisés "

  Son confrère du barreau François Mitterrand ( ils avaient quatre ans d' écart ) a été onze fois ministre entre 1947 et 1958: de la France d' outre-mer en 1950-51, où il n'a guère laissé trace, puis de l' Intérieur ( 1954-55 ) et de la Justice (1956-57 ) au plus fort de la répression en Algérie. Pour  Mitterrand, l' indépendance était simplement impensable : c' est dans cet esprit qu' il a refusé la grâce de 45 condamnés à mort qu' il a fait guillotiner à la prison Barberousse d' Alger. Un ouvrier communiste européen, Fernand Iveton,  figurait parmi eux  pour une tentative d' attentat qui n' avait causé aucun dégat. Par cet exemple outrancier,  Mitterrand entendait rassurer les autres  Européens quant à  la pérennité de l' Algérie coloniale, et montrer aux  Américains que le maintien de la présence française était une garantie contre le communisme.

  En 1960, lors de la création du P.S.U, ouvertement rallié à l' indépendance, la demande d'adhésion de  Mitterrand a été rejetée . Michel Rocard a qualifié le futur chantre de l' abolition de la peine de mort d' " assassin ". On sait ce que cela  lui  a coûté plus tard. Mais en 1981, la gauche organisait délibérément l' omerta sur cette période du passé de son leader en  nous suggérant  un concept  inédit : le post-anticolonialisme.

 

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Ruscio Alain 18/02/2017 19:38

Bonjour Jean-Pierre

heureux de renouer le contact avec toi. Je te signale une initiative à venir, pour garder le souvenir de Fernand Iveton : vendredi 24 février, 19 heures, siège du PCF, place Fabien. Je t'envoie plus d'infos si tu me donnes ton adresse mail.

Amicalement

Alain Ruscio

BIONDI 19/02/2017 10:50

Je viendrai volontiers le 24 février. Merci d' avance pour les infos et à bientôt donc