Bobos, boboïsme (2)

Publié le par memoire-et-societe

   Le bobo, qui s' est récemment rapproché du pouvoir, a encore d'autres caractères que  ceux déjà évoqués : notamment le dada de la géopolitique et  une indéracinable  foi en l' écrit comme moyen de communication  supérieur.

   Bobo ne saurait  fixer son attention sur les seules limites de l' hexagone. Il circule.Laissons de côté les visites incontournables comme Venise, Manhattan, Prague, Louxor, Marrakech ou la Grande Muraille. Le mythe américain commence à dater. Le monde arabe devient inaccessible. De nouvelles destinations se proposent : les Maldives, la Patagonie, l' Ouzbékistan,la route de la Soie,  à la rigueur le Chemin de Saint- Jacques (dans son austère partie espagnole).

   En politique étrangère, les orientations de Bobo sont  claires : il  faut  garantir partout la démocratie incarnée par  des élections libres tout en soutenant l' effort du (ou de l' ex) tiers-monde contre l' impérialisme, incarné par les scandaleux profits des Multinationales planqués dans les paradis fiscaux.

   Israêl pose problème : les amis juifs de Bobo, journalistes au Nouvel Observateur ou à France Culture, avocats, universitaires,  l' assurent unanimement  que l' antisionisme est  de l' antisémitisme. Or, moralement, impossible de s' opposer au Peuple de la Schoah. Or, concrètement,  ces "colonies" qui ne cessent de grignoter la Cisjordanie (pardon: la Judée- Samarie) finissent par faire mauvais effet. Impartial, Bobo est embêté de penser qu' Arafat a été empoisonné par le Mossad, après que Rabin eût été assassiné par un Hébreu fanatique. Conclusion : il évite le sujet, renvoyant les adversaires dos à dos et passe à autrechose.

   Les Etats-Unis, malgré Obama, s' enfoncent dans le  marécage réactionnaire (santé publique, avortement, pollution, dérégulation , etc.). Ce  grand pays "toujours en mouvement ", parait avoir perdu la vertu libératrice acquise au temps du nazisme et de l' ère stalinienne. De Bush père à Bush fils, on est passé de Charybde en Sylla.

   L' Europe....Ah, l' Europe, ça ne marche jamais et c'est nécessaire. Nous n' avons pas fini de manger notre chapeau avec les Britanniques  qui se prennent pour une grande puissance. A part  les Allemands, là-dedans, qui fait encore le poids? les Grecs? le Sud? Bobo est internationaliste et  pragmatique, c' est  dans son capital génétique. C'est pourquoi  il demeure français-critique, partisan de l'intégration assumée, d' avancées des moeurs sur  le   modèle scandinave, de la tolérance et  de l'  ouverture. Il a  signé une pétition pour l' interdiction de la corrida, a une copine végétarienne, et accepte le port  du voile intégral.

   Le " déclin " français ne trouble pas ses nuits.Superbobo envisage avec placidité le démembrement de la Nation, vieux rêve de nos amis anglais empêtrés dans la question écossaise. Il n' est pas a priori hostile à une " Europe des Régions ", genre cantons suisses. Pragmatisme toujours: ainsi  Flamands belges , Basques espagnols, Ligue lombarde, Corses et  autres Bretons bretonnants foutraient la paix à tout le monde. L'essentiel  reste  dans la solidarité (politique ) avec la France  d' Outre-périf.

   Bobo a lu et lit encore. Des "vrais livres " comme " Tristes tropiques", " Belle du Seigneur ", " Voyage au bout de la nuit ", "Lolita", " L' Archipel du Goulag", " Discours sur l' anticolonialisme ", " Le Premier homme ". Il a depuis longtemps abandonné aux rongeurs Bernanos et Robbe-Grillet. Malraux-sauf " Les Conquérants "- lui semble en baisse.Quant à Sartre...Houellebecq? à confirmer.

   De toute façon, la fiction est un genre qu' il prise de moins en moins. Il lui préfère les essais ou les bios. Moins d' artifices. Puis l' informatique a tout changé. Le bobo nouveau est arrivé.

 

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