Apolitisme

Publié le par memoire-et-societe

   La remontée spectaculaire de Berlusconi dans les sondages quelques jours avant les élections italiennes a de quoi alerter. Berlusconi, tout comme Tapie en France, est un délinquant qui devrait depuis longtemps être déchu de ses droits civiques. Donc inéligible.

   Mais alors qui sont tous ces citoyens qui se disent prêts à redonner le pouvoir au Cavaliere? en général, des gens qui déclarent qu' "ils ne font pas de politique et n' y connaissent rien." A quoi on peut rétorquer que, justement, avec un minimum d' attention, ils ne tarderaient pas à " y comprendre" quelquechose, s' agissant après tout de leur sort et de celui de leurs enfants.

   Si l' on gratte un peu, on découvre que ces "ignorants" vont quand même voter. Et si l' on gratte encore, forçant leur discrètion naturelle, qu' ils votent la plupart du temps à droite. Là se pose la question: pourquoi les gens qui se présentent comme "apolitiques" votent-ils à droite? Crainte d'une remise en cause de leur statut social? paresse intellectuelle et scepticisme spontané envers la novation institutionnelle, économique, sociétale?

   L' électeur apolitique se méfie de l' Etat, pourvoyeur incorrigible de fonctionnaires en surnombre et collecteur d' impôts immuablement croissants. C' est pourquoi l' apologie de l' individualisme et le discours néo-libéral flattent son oreille. Mais il n' hésite pas à en appeler au même Etat dès qu' on parle de toucher aux acquis sociaux qu' il avait d' abord combattus. En somme, l' Etat doit être là pour le défendre contre l' Etat, veiller sur sa niche fiscale et garantir sa santé et sa sécurité.

   L' apolitisme est un danger pour la vie démocratique : il récuse l' éducation civique sans laquelle une élection n' est que manipulation, la justification dont se repaissent les charlatans, affairistes et arrivistes de tous poils qui meublent les rangs des Partis dits de gouvernement. Il encourage par là l' abstention grandissante qui exprime ainsi son dégoût, non de la " res publica ", mais de ce qu' en font des politiciens insubmersibles, des avocats véreux et des journalistes douteux, tous forts de leur solidarité de caste.
   Berlusconi (n' a-t-il pas promis de rembourser les impôts?) réintronisé par le biais de l' apolitisme? Mauvais coup pour l' Italie. Affligeante défaite pour les espoirs de construction politique d' une Europe en perte de vitesse.

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