Afrique: la totale

Publié le par memoire-et-societe

   Ce que nous présagions ( blogs du 12 octobre, " La France saharaïsée", et du 30 décembre 2012, " Répartition"), s' est produit : la France s' est engagée dans une nouvelle guerre en Afrique, après avoir pressé le Conseil de Sécurité de donner son feu vert ( résolution 2085).

   Si l' on en est arrivé là, la véritable responsabilité, plus qu' à Hollande,en incombe à Sarkozy et à ses mauvais génies: l' auteur du "Discours de Dakar", Guaino, qui soutenait que " l' homme africain n' est pas encore entré dans l Histoire" (désormais il est servi), et B.H.Lévy, mû d'abord, comme il l' a déclaré en Israël, par le souci constant de la sécurité de l' Etat  sioniste. Ces hommes ont été les fossoyeurs de la politique française dans le monde arabe et en Afrique de l' ouest.

   Le duo Sarkozy-Lévy notamment a pris avec soin le contre-pied de toutes les orientations suivies en la matière depuis le général de Gaulle, orientations que même  Mitterrand, ancien ministre de la France d' outre-mer, avait eu la prudence de ne pas toucher. Faute d' avoir pu impliquer la France en Irak, Sarkozy, à peine élu, s' est livré à une surenchère pro-américaine ridicule (séjour près du lieu de vacances de Bush jr.) et à un zèle anti-islamique qui l' a amené en Libye à outrepasser le mandat de l' ONU et  à pousser ainsi les Russes, inquiets, à défendre Assad en Syrie. Clairement, l' annexion du Nord Mali  par les fondamentalistes est la suite des inconséquence de l' ancien président français.

   Notre  diplomatie a de la sorte réussi un prodige: se mettre des pays musulmans à dos  sans obtenir une once de confiance de Washington, qui continue de fulminer contre, disait l' ancien secrétaire à la Défense  Rumsfeld, "ces cons de Français". C'est donc une France  isolée qui court aujourd'hui partout, de la Côte d' Ivoire à la Centrafrique et de Djibouti à Tombouctou, pour essayer de limiter les dégats.
   Les Anglais, allié européen, la soutiennent comme la corde soutient le pendu: l' " esprit de Fachoda"(1898) ne les a jamais quittés. L' Otan, sous la coupe des Américains, ne marchande pas son appui...moral. L' Algérie joue un jeu ambigu, autorise des avions  français à survoler le pays, et laisse,comme le Pakistan avec les talibans, des djihadistes dont certains proviennent de l' ex GIA, se servir de ses confins du sud  comme bases de départ ou de repli. Paris enfin ne peut trop spéculer sur l' introuvable "force africaine" dont les différents contingents n' en finissent pas d' arriver, peu pressés de se positionner aux côtés d' une armée malienne misérable, et sans le dire, de s' associer à ce qui ressemble à une opération coloniale. En face, des Touaregs indépendantistes, aguerris par des années de rébellion au Sahara et de combat en Libye, et les groupes de fanatiques salafistes de l' AQMI, du MUJAO et de l' ANSAR EDDINE.

   On a pu se demander un instant si l' Elysée n' exagérait pas volontairement le danger .Mais qu' allait pouvoir une colonne de 1800 "terroristes" grimpés sur des pick up dès qu'interviendraient des "Rafales" et des hélicoptères d' assaut? La résistance et l' armement (fusées, canons anti-chars,missiles sol air) des forces islamistes démontrent que leurs moyens ne sont pas négligeables ni leur combativité à sous-estimer.

   L' ancien tropisme néo-colonialiste a fait place à un souci géo-politique, tel est le discours officiel. Pour autant, les intérêts strsictement français ne sont pas, et c' est normal, passés à la trappe.Voilà que ressurgit  le sort de nos compatriotes ex patriés .Ils seraient 6.000, parait-il,dont une moitié de franco-maliens ayant une idée très approximative de leur patrie d' Europe. Décidément, cette histoire de double nationalité devient un casse- tête pour les gouvernements " métropolitains". Il faudrait donc aller guerroyer aux quatre coins du monde sous prétexte de protèger tout détenteur local d' un passeport français! Plus convaincante est l' existence de ressources régionales comme l' uranium,le pétrole et l' eau souterraine. S' en détourner vertueusement n' aboutirait qu ' à encourager d' autres  " investisseurs"  à confier à la France le soin de maintenir l' ordre dans les grottes et les déserts tandis qu'eux se chargeraient de "mettre en valeur" les richesses secrètes du fabuleux continent.

   En somme, aux Français l' usage du bâton suivi d' un "french basting" bien pesé  pour incurable colonialisme,aux impérialismes voisins les hommages d'un développement humaniste, plus la clé du tiroir-caisse.
   Hollande a martialement endossé une crise dont il n' est pas la source. A lui de dire où il veut aller dans un domaine ultrasensible .Notre pays n' a vocation ni à devenir le gendarme de son ancien Empire, ni à servir de paillasson à des concurrents de mauvaise foi. Au contraire, son rôle est d' oeuvrer à l' éclosion d' un printemps africain à l' abri des fanatiques et des exploiteurs.On aimerait l' entendre dire, car cette intervention solitaire sur le terrain ne pourra se prolonger sans que ceux qui applaudissent de loin ne se mettent à dénoncer une opération de reconquête sous étendard socialiste.

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