A propos de "tiers-mondialisation"

Publié le par memoire-et-societe

Quelqu' un dont je n' ai su retenir le nom a jugé récemment et publiquement la France " en voie de tiers-mondialisation ". Il y a un certain temps que je pense comme cet observateur, si du moins il donne aux mots le même sens que moi.

On n' a guère fini de mesurer les conséquences des évènements de 68. Cette année-là, la société a engagé une transformation de ses assises et de ses valeurs séculaires. De Gaulle était l' ultime visage d' une nation que même l' Occupation n' avait pu atteindre en profondeur. 68 au contraire a été la remise en cause, sans goutte de sang versée, d' habitudes d' esprit, de manières de vie et de données assimilées au "cher et vieux pays" : l' attention à l' autre, la notion de patriotisme, la fierté du travail bien fait, la politesse de l' exactitude, le respect de la parole donnée, le souci du "suivi", la rigueur de l' organisation. La mutation de la pratique sociale ne suffit certainement pas à expliquer la "tiers-mondialisation". Cependant, les effets d' un contexte contribuent aux facteurs de tout changement.

Economiquement, le sous- développement ( en l' occurrence une récession qui conduirait à classer un pays industrialisé dans le "tiers-monde" ) se réfère à des critères :

- une dette que l' Etat ne parvient plus à surmonter. Nous n' en sommes pas loin, avec un taux de remboursement annuel qui dépasse le plus gros budget public, celui de l' Education, et absorbe la presque totalité de l' Impôt sur le Revenu.

- une fuite des cerveaux qui se traduit par l' expatriation des jeunes diplômés, scientifiques notamment, alors que croît le nombre d' illettrés.

- une fuite de capitaux marquée par un réinvestissement des bénéfices à l' étranger et l' évasion fiscale.

- un sous-équipement ( en la circonstance, une désindustrialisation) que soulignent les fermetures d' usines, et qui place une Economie en état de dépendance quant à ses besoins, de déficit quant à sa balance commerciale.

- une hypertrophie du secteur des Services en regard des secteurs productifs de l' Agriculture et de l' Industrie en régression.

- des dépenses de fonctionnement supérieures aux recettes de l' Etat et aux investissements dans le pays, d' où un appauvrissement global et constant.

Mentalement maintenant, ladite tiers-mondialisation se manifeste par la généralisation de réponses théoriques aux problèmes concrets (tsunami législatif sans décrets d' application par exemple), l' accumulation de palliatifs voilant une impuissance novatrice, le rôle de curiosités anecdotiques comme autant de dérobades sur des questions essentielles, la vacuité des raisonnements dont se sont emparés des gourous-philosopheurs, genre Alain Minc ou B.H.Lévy, faux thérapeutes médiatisés de la lassitude générale.

Ces Conseillers anti-douleur sont des tambours pour crépuscule, bidouillant leurs appareils à vendre une vision indigeste du monde. Leur arnaque précipite l' arrivée de nouveaux conquérants barbares : la pose ne freine aucune décadence, ne révèle aucun salut dans les rapiéçages de la défaillance.

Pour autant, ce n' est pas parce que ses élites ne cessent de se planter en tout qu' on va cesser d' aimer le pays et de dénoncer ses complexes : la chute vers la "tiers-mondialisation" relève aussi d' une complaisante surconsommation du sentiment de décrépitude.

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