LES AVENTURES DE GUSTAVE LE ROUGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Gustave Lerouge, alias Le Rouge, consacré "poète" par Verlaine et Mallarmé, salué par les surréalistes comme une sorte de précurseur de l' écriture automatique, loué par Cendrars dans "Bourlinguer" et " L' Homme foudroyé ", cité par Apollinaire, Max Jacob, Cocteau, ou Georges Pompidou, est un nom qui ne parle apparemment plus beaucoup.

Fils d' un petit entrepreneur du Cotentin, il débarque fin 1889 à Paris, nanti d' une licence en droit et d' une vraie admiration pour Jules Verne, mais sans un sou. Il laissera derrière lui, 70 ans plus tard, selon le décompte de Cendrars, 332 publications allant de la poésie, des contes, des pièces de théâtre et des romans feuilletons aux essais, scenarii de films, anthologies, ouvrages de critique littéraire, reportages, biographies, souvenirs et documents divers. Dénominateur de cette polygraphie, une imagination hors norme empruntant en priorité au fantastique et à la fiction scientifique,  parente de celle d' un héros et rival : Fantômas.

L' existence de ce Normand est déjà d' ailleurs une oeuvre en elle-même. Tour à tour employé des chemins de fer, marionnettiste, chansonnier, directeur d' un théâtre qui ne fonctionne pas, fréquentant de préférence les alchimistes et les gitans, collaborateur de revues confidentielles, il finit par devenir, pour vivre, tâcheron de la plume au profit d' éditeurs esclavagistes sans scrupule et, parfois, sans lecteur. Il se marie deux fois: la première avec une écuyère de cirque, également modèle du sculpteur Bourdelle, une seconde fois,veuf, avec une voyante de vingt ans sa cadette.

Entre temps il est colon en Tunisie d' où il se fait expulser par la Résidence pour écrits subversifs. Il est aussi vaguement impliqué dans un projet de complot contre le roi des Belges. Il se met quelques mois à l' abri à Jersey avant de se présenter comme candidat révolutionnaire (il se proclame anarchiste-socialiste et pourfend le capitalisme américain), aux élections législatives à Nevers.

C' est en 1912 que parait en 56 livraisons son roman le plus célébré, "Le mystérieux docteur Cornélius", histoire scientifico-policière d' un "carnoplaste", capable de changer à volonté l' aspect physique d' un individu.. La guerre vient interrompre ce succès de vente. On retrouve Le Rouge, après le conflit qu' il traverse comme reporter aux armées, responsable de l' édition de banlieue du " Petit Parisien ". C' est à cette occasion qu' il fait connaissance de Cendrars et l' initie à la jungle urbaine qui ceinture la capitale, à sa faune d' apaches asociaux, son argot et sa violence. L' ex légionnaire tirera de l' expérience un ouvrage' " La banlieue de Paris", illustré par un photographe débutant, Robert Doisneau. Céline également ne demeurera pas indifférent à l' atmosphères et au style des récits de Le Rouge. 

Ce dernier est maintenant adopté dans le milieu des écrivains, préfacé par Barrès, proche ami du poète Vincent Muselli et du critique Jean Texcier. L' aventurier graphomane, dont les éditions originales valent aujourd'hui une fortune, meurt pourtant banalement, en février 1938, d' un cancer de la prostate.

Publié dans littérature

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