DES NOUVELLES DU TIERS ETAT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La "crise des gilets jaunes", remet  en lumière les contradictions sociales et, de là, politiques en France. Problème récurrent alternant phases aiguës et périodes calmes, sinon sereines. Presque deux siècles et demi après la grande Révolution (que maintes références aux "sans culotte" évoquent aujourd'hui), trois "Ordres" bien distincts continuent de composer la population du pays. Pas les mêmes, bien sûr, qu' à la fin du XVIIIème siècle, mais trois encore: l' oligarchie financière a pris le relais de l' aristocratie, le clergé voit son rôle s' estomper et les flux migratoires occuper le terrain qu' abandonne peu à peu l' ancien pouvoir religieux, le "tiers état" (classes populaires indigènes) demeure tiers état, malgré les améliorations de ses conditions de vie en matière de logement, d' éducation et de santé:

- on ne relève plus de l' "élite" par la seule naissance, mais aussi par l' héritage intellectuel et financier (90% des élèves des Grandes Ecoles proviennent de familles de hauts fonctionnaires, de chefs d' entreprise et de professions libérales).La méritocratie participe également à la reproduction des classes dominantes

- la population des banlieues ouvrières est, pour majorité,issue de l' immigration, plus encline partiellement au communautarisme qu' à une totale intégration . Pour elle, la "crise des gilets jaunes" reste une " affaire de Gaulois" et impacte peu leur attitude.

.- la classe moyenne enfin se sent de plus en plus marginalisée par la mondialisation et l' organisation de l' Europe, absente des décisions qui engagent son avenir. Son exil forcé dans la périphérie urbaine en raison du coût du logement, un chômage qui peut englober des générations, la conduisent vers un assistanat qu' on ne se prive pas ensuite de lui reprocher. Un système de représentation truqué par des charcutages et dispositifs électoraux  parfaitement honteux, les scandales successifs éclaboussant des hommes politiques influents, l' éloignent, scrutin après scrutin, des urnes dont on lui répète qu' elles sont le summum de la démocratie. Dédaigné par l' élite, suspecté de relents racistes par l' immigré muré dans son refuge communautaire, le nouveau Tiers Etat manque d' allié . Si mai 68 avait pu susciter la convergence (tardive) du mouvement étudiant et des salariés, les Gilets jaunes, par l' hétérogénéité de leurs origines, rendent hypothétique l'. extension  de la solidarité . On n' est ni à un tournant historique modèle 89 (en quoi le référent Tiers Etat atteint vite sa limite), ni au niveau des insurrections prolétariennes du siècle d' après. La fracture est complexe : économique et sociale assurément, mais aussi, en arrière plan, géo-culturelle, débordant quelque part le schéma idéologique  classe contre classe. La financiarisation sauvage de la planète se heurte maintenant à ce qu' elle a elle-même enclenché: un tsunami de l individualisme consumériste. Dans cette lame de fond, la France n' est que le partenaire obligé d' un Occident bientôt rattrapé par un autre Monde, le Monde en développement.

Au creux d'une aussi gigantesque mutation  comment situer les Gilets jaunes? parmi les conservateurs à travers certaines de leurs revendications, ou parmi les lanceurs d' alerte par leur obstination?

 

Publié dans actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article