RETOUR A MIREILLE BALIN

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La libération de Paris, en août 1944, fut un immense combat festif. Il a fait l' objet d' une masse considérable de films et de publications diverses.
Je l' ai vécu une semaine, de bout en bout, âgé de 15 ans, alors que mon père se trouvait au camp de déportation de Mauthausen. La fête n' a cependant pas été exempte d' excès qui dévoilent la fragilité, en période troublée, d'une société réputée civilisée. Ainsi, un jour, en haut de la rue La Fayette, ai-je vu, encadré de "héros" armés plus ou moins récents, les protégeant des coups et des crachats d' un peuple se muant en populace, errer un groupe de femmes tondues presque nues, hébétées, des croix gammées peintes sur les seins et sur le ventre: elles avaient "couché avec les Allemands". Cette exhibition de "poules à boches" m' a semblé déshonorer en priorité les tortionnaires de ces malheureuses. Je n' ai plus oublié l' image d'une aussi sordide dégradation, laquelle ne pouvait, par ailleurs, en rien  venger les horreurs subies au camp par mon père et ceux de ses compagnons revenus en vie.

Aujourd'hui, on apprend que certains Archives étant accessibles, paraîtra en 2018, une biographie "complétée" de Mireille Balin, nom que j' associe instinctivement aux "tondues" de la rue La Fayette. 

Blanche, dite Mireille, Balin, a été, entre 1933 et 44, la vedette française de cinéma la plus populaire. Issue d' une famille bourgeoise désargentée, elle a débuté dans la vie comme vendeuse. Repérée pour sa beauté et son élégance naturelle par le couturier Jean Patou, elle est peu de temps mannequin avant d' être engagée par le célèbre cinéaste autrichien Pabst, venu tourner le film "Don Quichotte" en France. Dans les années suivantes, Mireille Balin enchaîne les succès : "Pépé le Moko", "Gueule d' Amour", "L' Enfer du jeu", etc. On lui prête plusieurs liaisons : le boxeur Young Perez, le député Raymond Patenôtre, Jean Gabin, Tino Rossi. Pendant l' Occupation, elle tombe, comme Arletty et Corinne Luchaire de leur côté, amoureuse d' un officier de la Wehrmacht, Bir Destok.

A la Libération, se sentant menacé, le couple tente de fuir vers l' Italie. Il est intercepté par des FFI qui abattent Destok et violent l' actrice. Elle ne se remettra plus de ce traumatisme. Incarcérée trois mois à la prison de Fresnes, puis libérée faute de chef d' inculpation, elle trouve refuge sur la Côte d' Azur où, privée de ressources, elle sombre dans l' alcool.

Elle ne revient à Paris qu' en 1957, malade et sans emploi. Une Association de secours aux comédiens, "La Roue tourne", prend alors en charge la vamp n° 1 d' avant-guerre. Elle survit ainsi, de maison de retraite en hospice, jusqu' à sa fin misérable à l' hôpital Beaujon de Clichy, en 1968. Aucune personnalité du cinéma ne vient assister à son inhumation, au cimetière de Saint-Ouen. Fernandel et Tino Rossi ont toutefois participé au financement de sa tombe, pour  éviter la fosse commune à celle qui avait fait rêver une génération.

Publié dans histoire

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