POUR UNE REPUBLIQUE MIEUX REPUBLICAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai grandi parmi des républicains fervents, tant du côté maternel que paternel. A la maison, le régime ne se discutait pas : il était la voie offerte, grâce à l' Ecole laïque, à la promotion du Citoyen. ll incarnait le Progrès.

Ma grand-mère m' a enseigné, dès mon plus jeune âge, le martyrologe des héros-enfants de la Geste historique : Joseph Bara (14 ans), le tambour immortalisé par le tableau de David, Joseph-Agricol Viala (13 ans), célébré dans "Le chant du départ" puis par Victor Hugo (" L' année terrible"), Pierre Bayle (11 ans), autre tambour, tombé, celui-la , dans les rangs de l' Armée du général Dugommier. Légendes d' une épopée un peu délavée. Médaillons d' une Institution devenue le cri de ralliement des discours électoraux de droite comme de gauche: " Vive la République et vive la France! ".

Fille de paysans, ma grand-mère gardait la certitude que la fin de l' illettrisme réglerait la question sociale. L' ivresse révolutionnaire était dissipée. Restauration, Second Empire, Vichy, Algérie, passons. On retient plutôt de Marianne le sage profil de nurse veillant sur le pays sous un amas de dorures soigneusement entretenues, et conviant désormais, une fois l' an, les Français d' en bas à faire la queue pour admirer leur propre patrimoine, ordinairement réservé à la poignée de privilégiés qu' ils élisent en ronchonnant. 

Simplement, le coût de notre bonne Fée est hors norme. L' équivalent, insinue la Cour des Comptes, de celui de la Couronne britannique. La France serait-elle une république monarchiste qui s' ignore? On s' interroge. On a coupé la tête de Louis XVI, mais on ne s' est pas défait du souvenir grandiose du Roi Soleil. Ainsi avons-nous pu voir défiler, depuis un demi siècle, sous nos yeux nostalgiques, un faux aristo, un prince se disant socialiste et mystique, un roi fainéant nobelisable et deux petits marquis à talons rouges, avant d' essayer Jupiter en personne. Les Français, en tout cas certains d' entre eux, n' ont pas, pour autant, l' air ravi.

Chère et vieille République,                                                                                                              Tu cherches des économies. Bruxelles t' épie. Tes jeunes sont chômeurs. Tes industries ont le hoquet. Tes paysans gémissent. Le maintien de ton séculaire décorum vaut fortune. Puisqu' après tout, l' Etat "c' est nous", supprime, par exemple, ton Sénat, dont chacun sait bien qu' il ne sert, comme cent autres sinécures, qu' à recaser de vieux copains et copines. Mets la résidence versaillaise de "La Lanterne" en location à la semaine. Réduis le nombre et le prix des "missions d' étude" de tes ministres et hauts fonctionnaires. Négocie avec Trump l' usage des Champs-Elysée pour la Fête nationale américaine. Vends le fort de Brégançon par appartement. Il y a encore largement de quoi gratter. Prends exemple sur la chancelière d' Allemagne et les rois -oui, les rois- de Scandinavie. Ils ne manquent pas d' argent de poche, eux. C' est ton anachronique folie des grandeurs qui gâche la soirée. 

En un mot, avoue que ta République pourrait être républicaine autrement. Moins oligarchique, moins gaspilleuse d' argent public et plus généreuse avec les sans-culottes, moins salonnarde et plus attentive aux mal logés, moins contente de toi, même si personne ne se déclare antirépublicain. 

" Vive la République ! " aurait de toute façon conclu ma grand-mère.                                        

 

Publié dans société

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