LA MONDIALISATION CONTRE L' INTERNATIONALISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jusqu' à la fin de la "guerre froide" , le mot d' internationalisme, opposé à celui d' impérialisme, se référait principalement au "mouvement ouvrier". Cet internationalisme était une composante fondamentale de la théorie socialiste, incarnée dans des organisations successives : l' "Association Internationale des Travailleurs" (A.I.T) ou Première Internationale (Londres,1864), la Seconde, social-démocrate (Londres,1889), la Troisième, communiste (Moscou,1919), puis la Quatrième, dite précisément communiste-internationaliste (Paris,1938). Sans omettre la "Deuxième et demi", marxiste unitaire née à Vienne, ni la résurrection d' une A.I.T de tendance libertaire qui a vu le jour à Berlin. 

L' internationalisme ouvrier, aujourd'hui en hibernation, se revendique d' une action collective de classe dont la finalité est l' abolition des frontières étatiques bourgeoises et l' instauration de la solidarité des peuples. Perspective idéaliste compromise par deux guerres impérialistes et une scission ouvrière qui, en dépit de la révolution bolchévique de 1917, ont renforcé le capitalisme.

Ce recul historique s' est accompagné de l' émergence d' un internationalisme institutionnel (Société des Nations en 1920, Organisation des Nations Unies en 1945, Traité européen de 1957) visant la gestion de la planète par la coopération multilatérale. Le système s' est cependant vite transformé en tremplin d' un libéralisme prônant la circulation, hors de toute règle, des marchandises et, surtout, des capitaux. Cette mondialisation, d' inspiration américaine et d' essence marchande, implique en fait l' interdépendance des économies, l' intensification d' une concurrence faussée à la base, bref la domination d' un Centre capitaliste se prémunissant contre toute tentative révolutionnaire.

Ironie de l' Histoire, l' universalisation du Marché par les Multinationales aboutit à défier les structures étatiques qui ont jugulé l' internationalisme ouvrier. C' est que cette mondialisation s' exprime dans un processus inexorable de dictature bancaire enjambant les frontières et se gaussant ouvertement des souverainetés nationales. Là où, autrefois, les Etats hurlaient à la trahison de la Patrie par l' internationalisme ouvrier, ne règne plus qu' un silence à peine rompu par les éclats d' un terrorisme mondialisé lui aussi. Seul, le fanatisme religieux semble trouver la détermination suffisante pour affronter la Finance.

 De cette jungle ne peuvent alors surgir, sous couvert de démocratie et de liberté, que nationalismes et racismes, et qu' un populisme pour tenter de répondre à la déliquescence du pouvoir politique devant l' Argent. Ils sont déjà tous à l' oeuvre parce que les immigrations anarchiques, les disparités sociales et fiscales, les délocalisations, le chômage, le réchauffement climatique, sont bien les effets d'une recherche permanente du profit immédiat, autrement dit le contraire d' un véritable internationalisme. Subsiste le déplacement erratique de la misère humaine sous l' égide de Firmes géantes hantées par la peur de la Paix et le ralentissement du business...

Publié dans politique

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