DEFI

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La jeunesse est-elle en train de lancer à la société française un défi qui l' interpelle dans ses fondements ?

Une partie, issue souvent de l' immigration, récuse l' intégration : refus de la scolarisation, retrait civique, rancune contre l' ancienne colonisation, attirance pour le djihadisme, sont là pour l' illustrer.

Parallèlement, un mouvement de remise en cause paraît éloigner du corps social une fraction des nouvelles élites intellectuelles séduites par des modèles étrangers moins englués dans la bureaucratie et le conformisme.

Les deux branches, quoique différemment positionnés sur l' échiquier social, se rejoignent cependant dans leur attente d' une mutation rendue nécessaire par la mondialisation et ses effets. Des notions séculaires se voient remises en question : études, carrières, "installation",  pour les uns, ordre immuable, hiérarchisations culturelles, discrimination implicite, pour les autres. Liberté et justice sont devenues des exigences prioritaires et consensuelles.

On est en particulier frappé par le détachement progressif des diplômés qui, leurs cursus à peine achevé, s' expatrient, arguant qu' ils trouvent dans des contrées "neuves" et lointaines les espaces d' innovation et de mobilité que limitent les structures sclérosées et les législations paralysantes de leur pays d' origine.

Cette émigration sans fracas, ce glissement, mentionnent en réalité un fait de société qui  s' exprime de temps à autre par une brève éruption, un sursaut plus proche de la jacquerie que d' un changement conséquent : émeutes de banlieues, infiltrations de casseurs dans les défilés, mouvements de contestation collective du genre "Nuit debout" ou "Notre Dame des Landes". Les concerts de rock rassemblant des foules impressionnantes communient à leur façon  avec cette marginalisation protestataire où les slogans "antiflic", le mariage pour tous et le métissage des cultures font voler en éclat les préjugés bourgeois, les tabous chrétiens et les modèles parentaux...

Les palmarès universitaires publiés annuellement par les magazines américains, entachés de manipulation et de chauvinisme, n' ont , on le sait , aucun sens. Aussi, quand l' Ecole Polytechnique est reléguée par eux au ènième rang des établissements d' enseignement supérieur alors que mathématiciens et ingénieurs français sont recherchés dans la Silicone Valley , on s' en inquiète moins que du déficit de professeurs de sciences dans les lycées hexagonaux . C' est que la fuite de cerveaux formés avec l' argent public traduit ici la relation dégradée de sa jeunesse à la Nation.

Lorsque  Emmanuel Macron parle donc de "révolution", on espère qu' il songe notamment à un reclassement des valeurs susceptibles de retenir sur place ceux qui détiennent une faculté de rénover et de créer.

Publié dans société

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