SUR LE MESSIANISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On va célébrer dans peu de semaines le centenaire de la Révolution soviétique. Le recul commence à permettre d' embrasser avec moins de passion - immense espérance pour les uns, haine inextinguible pour d' autres- les quelques journées de 1917 qui ont, comme l' a écrit le journaliste américain John Reed, "ébranlé le monde".

Au-delà du caractère scientifique qu' entendait conférer à ses travaux théoriques le philosophe Karl Marx, référent premier des révolutionnaires de Russie, on perçoit avec plus de netteté la nature messianique du message bolchévik : l' annonce de la fin du Capitalisme et l' avènement de la Société socialiste. Cela autorise à esquisser le rapprochement avec la fondation, dix neuf siècles plus tôt, du christianisme, et à établir une sorte d' audacieuse passerelle entre le penseur athée et Jésus, envoyé de Dieu, sinon entre Saint-Paul et Lénine.

Frisant la provocation, on notera que parmi les douze dirigeants qui ont décidé le déclenchement de l' insurrection de Saint-Pétersbourg figurait une majorité de Russes juifs, comme ce fut le cas, jusqu'aux procès staliniens des années 36-38, au sein du Politburo du Parti communiste, du Conseil des Commissaires du Peuple et de la Commission Extraordinaire ( la Tchéka, ancêtre du KGB).
Ces nouveaux apôtres sont-ils rattachables à l' un des éléments constitutifs du monothéisme, le messianisme tel que l' illustrent les prophètes de l' Ancien Testament? Des observateurs et historiens n' hésitent pas à  poser la question.

Autre point de comparaison : christianisme et bolchévisme ont tous deux vécu de sanglantes périodes d' intolérance et de violences : l' Inquisition par ici, le Goulag par là, la tyrannie de l' empereur Constantin ou la dictature de Joseph Staline.

L' Union soviétique s' est éteinte d' elle-même en 1991. Le Judéo-christianisme poursuit une longue et silencieuse décadence, entamée, selon Michel Onfray, dès la Renaissance et l' émergence de la pensée bourgeoise.
Le messianisme n' est plus d' actualité, ni en religion ni en politique. Les prophètes connus ont pris leur retraite. Seuls, quelques-uns de leurs épigones continuent de s' entretuer, par habitude, dans l' attente d' une hypothétique Victoire ou le souvenir douloureux d'un "Messager".

  

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