SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

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