LE PATRIOTISME A BON DOS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me considère patriote en ce sens que je ne dissocie pas mon pays de sa geste populaire, de sa langue forgée par les siècles, de sa culture inépuisable. Ma famille a payé son tribut à la Patrie : grand'oncle tombé à Verdun, père déporté de la Résistance, oncle évadé puis emprisonné en Espagne franquiste.
Or voilà que Marine Le Pen distingue deux catégories de Français : les "vrais patriotes", autrement dit ceux qui partagent ses idées, et les autres, les "non patriotes" qui les contestent. C' est quand même un peu court, et je ne me sens pas prêt, quant à moi, à reconnaître à qui que ce soit l' exclusivité du "patriotisme", surtout comme camouflage d' un national-populisme des plus discutables. 

 Les dernières générations ont en effet  appris à se méfier. En 14-18, ceux que les Surréalistes dénommaient les "littérateurs du territoire" exhortaient, MAIS DE L' ARRIERE, les "patriotes des tranchées" au "sacrifice suprême". C' était :" Armons-nous...et partez !". Un million et demi de patriotes anonymes y sont restés. Pas Déroulède. Pas Barrès. Pas Maurras.

En 1940, un nombre non négligeable de patriotes professionnels se sont mis au service de la collaboration avec l' Occupant, après lui avoir abandonné deux millions de prisonniers en chemin. Enfant, je les ai vus, fuyant  dans leur voiture personnelle, ces galonnés qui, quelques semaines plus tard, dénonçaient les "traîtres" continuant la lutte en Angleterre. Toutefois, c'est le maurrassien Brasillach qui a été fusillé pour trahison.

En mai 1968, des "patriotes" d' un autre genre faisaient la queue à la frontière suisse pour aller déposer leur argent dans les banques genevoises (le fait est amplement relaté dans la presse de l' époque).

C' est pourquoi je suis parfois tenté de juger sur pièces. Il parait facile et gratifiant de "sauver la France" en parole. Encore faut-il savoir qui sauve qui, pourquoi, et surtout qui est finalement et réellement chargé d' assumer les frais. Sinon ce patriotisme là a trop bon dos.

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