Le durcissement syndical : effet d' une démission?

Publié le par Jean-Pierre Biondi et capitulations

Quand on voit les foudres patronales et ministérielles se concentrer sur le secrétaire de la CGT, Philippe Martinez, on se sent -je me sens- pris de compassion pour ce syndicaliste quotidiennement traité de voyou, terroriste et casseur. L' insulte " ad hominem" est un vieux procédé. Faute de combattre les idées, on s' en prend aux individus.

Là cependant ne se joue pas l' essentiel. Ce dernier réside dans le durcissement durable d' une base englobant Force Ouvrière, profondément choquée par la façon dont le gouvernement Vals a usé pour réformer le Code du travail. Un tel durcissement, une telle ténacité dans la révolte, révèlent la profondeur d' une crise de société qui, un an avant les élections présidentielles, ne manque pas de retenir l' attention.

Le contentieux, polymorphe, du malaise tient d' abord dans la manière : aucune offre de négociation en amont de la loi, mise à l' écart des élus, socialistes inclus, recours à l' article 49.3 pour esquiver l' échec parlementaire, collection d' erreurs tactiques surprenantes de la part de responsables vivant depuis des décennies avec et dans la politique.

Plus notable encore s' ajoute à la situation le dépérissement régulier de la gauche dite de gouvernement, engendrant un scepticisme auquel les travailleurs désorientés répondent de plus en plus par l' abstention, sinon par le vote Front National.

L' addition des déceptions et reculs face à l' offensive libérale provoque, bien sûr, un raidissement qui favorise l' émergence de la violence. Aucun historien n' est surpris par l' effet de balancier vécu quand le répondant politique ne bouge plus. La résistance syndicale s' aiguise.

Au début du XXème siècle, le mouvement socialiste, malgré ses efforts d' unification (Congrès du Globe,1905), enregistra, avec Millerand et Viviani, des abandons spectaculaires. Le courant syndical prit alors la relève en créant la CGT d' essence révolutionnaire, tranchant net (Charte d' Amiens,1906) avec l' opportunisme politicien.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets : faute de perspectives et d' interlocuteurs crédibles, les luttes se radicalisent inéluctablement, comme dans les années précédant la guerre de 1914. Mais quand, au lendemain du conflit et en dépit d' une scission irréversible (Congrès de Tours,1920), de nouveaux partis se structurèrent, le syndicalisme reprit sa place en appui des intérêts du monde du travail.

Cent ans plus tard, une pièce manque à nouveau du mécano social, face à l' entreprise de financiarisation planétaire en cours. Rien n' empêche alors de se souvenir que la nature a horreur du vide...

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