La République

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me suis rendu place de la République à Paris, à la "Nuit debout" qui, au même moment se tenait, identique, à Rennes, Nantes, Toulouse , Strasbourg, Lyon et autres lieux. En un mot, à un rassemblement festif et libertaire issu du refus de la Loi sur le travail dite aussi Loi el Khomri.

Un mini mai 68 en dépit du plan d' urgence, qui résonne comme un soufflet sur la joue du gouvernement Vals.On le sait, il ne sortira,au plan politique, directement rien de cette révolte spontanée de Jeunes contre la précarité, sinon un degré supplémentaire d' affaiblissement du pouvoir en place. Pourtant ces assemblées nombreuses, ces quotidiens défis, au pied même de la statue de la République, constituent des symboles dont les effets ne manqueront pas de se faire sentir, suscitant une dynamique du désir d' en finir avec un modèle de société à bout de souffle, un régime anachronique, usé, dont la classe dirigeante a perdu toute considération.

Place de la République, l' autre soir, passait un courant d' air agréablement pur. La parole n' y était pas tenue par Mélanchon, el Kabbach et Bernard-Henri Lévy, sombres figures de la décomposition ambiante. Non. Chacun prenait à son tour la parole, au gré de débats qui n' éludaient aucune question, n' hésitaient pas à remettre en cause l' existence de la démocratie bourgeoise et le mode de représentation des citoyens, appelaient à voter blanc pour bloquer la machine avant de reconstruire autrement, sur des bases élaborées en commun, sans hiérarchie ni préjugé. Aucune violence ni altercation, seulement l' écoute de l' autre, l' anonyme, quelque chose qu' un Français de vingt ans aujourd'hui n' avait jamais expérimenté.

Bien sûr que cela est restreint, marginal, embryonnaire, mais une génération capable de concevoir une telle liberté ne saurait être une génération fichue! Je les ai écoutés, ces orateurs d' un soir, je me suis bien gardé de jouer devant eux à l' ancien combattant. Il ne s' agissait que de les laisser s' exprimer, c' est de leur sort qu' ils souhaitaient débattre, que de se perdre dans ce flot de garçons et de filles -énormément de filles!- qui ressemblaient à mes propres petits-enfants.

Je suis rentré ragaillardi. Ce genre d'événement n' est jamais sans lendemain, il en annonce d' autres, électoraux ou pas, ce n' est plus tellement le problème, où la confiance retrouvée, l' imagination libérée, la solidarité réactivée, toutes ces valeurs "utopiques", viennent contrarier l absolutisme de l' argent, la dictature de l' actionnaire majoritaire et des lobbies, les escroqueries fiscales, le règne de tous les Cahuzac, Balkany, Guéant ou Strauss-Kahn.

Illusion, euphorie d' une heure, diront les esprits forts. Peut-être. Et si, cependant, l' urgence n' était pas totalement là où on l' ont placée nos Princes?

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