LAM

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Wifredo Lam est une figure somme toute secondaire du Surréalisme. Le Centre Pompidou a eu l' heureuse idée de lui consacrer pour quelques mois une rétrospective de 300 oeuvres qui permet à ce peintre de se placer au niveau de ses plus célèbres amis de combat dans l' affirmation de l' art contemporain, Picasso et Breton en tête.

Fils d' un Chinois et d' une Afro-cubaine, profondément marqué par l' avant-garde internationale du Paris d' entre deux guerres, Lam est une sorte de Janus. Durant son premier séjour en Europe (1923 à 1941), son oeuvre reste sensiblement influencée par ses modèles : Gauguin, Cézanne, Juan Gris, Braque, Klimt ou Matisse. Ces références semblent encore entraver un besoin d' expression plus personnelle qu' annoncent les grands aplats de couleur et les formes incisives qui feront le succès de sa seconde période.

Après avoir lutté aux côtés des Républicains espagnols, fiché par la police de Vichy, Lam quitte la France début 1941 pour rejoindre La Havane après 18 ans d' exil. Révolté par la misère de son peuple livré à l' impérialisme et à la corruption, il achève de libérer sa peinture qui connait alors une véritable métamorphose fondée sur le retour aux valeurs esthétiques de la culture populaire caribéenne. Le tableau considéré comme son oeuvre maîtresse, "La Jungle", date de 1943. Aussi, quand il redevient Parisien, en 1952, est-il un peintre paradoxalement consacré et inconnu, exposé dans le monde et ignoré du public français. Il se rapproche du groupe CobrA, de son ami Asger Jorn, et se tourne vers l' emploi de nouveaux matériaux comme la terre cuite, dans son atelier italien d' Albissola. Les luxuriantes forêts tropicales font place à une abstraction gestuelle de plus en plus dépouillée: Lam a bouclé la boucle. Il disparaît à Paris en 1982.

Cette Exposition est un acte de justice artistique.

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