Avec Michel Onfray

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Rien n' est plus artificiel que de coller l' étiquette "français" sous le nom de certains jeunes musulmans jihadistes. Cela traduit une méconnaissance de l' état d' esprit des intéressés. S' ils sont nés dans l' hexagone, ils ne se reconnaissent pas pour autant ressortissants français et n' aspirent qu' à combattre un pays qu' ils ne considèrent en aucune façon comme le leur, tout en continuant d' y vivre. Il y a là un vieux goût de revanche historique contre "les Croisés".
C' est assez puéril, mais suffisant pour créer, même s' il s' agit d' une minorité, le trouble social. Dès l' école, la culture européenne est récusée, tenue comme un produit de la colonisation, responsable des échecs de l' intégration, soudée au malheur du peuple-frère palestinien, à la dévastatrice intervention américaine en Irak, à l' agression franco-britannique en Libye, bref à tous les agissement du sionisme et de l' impérialisme occidental à l' encontre du monde musulman.

Le terrorisme, qui n' est ni nouveau (la Résistance en usait contre les Nazis et l' Irgoun contre les Anglais) ni réservé aux seuls Occidentaux (il fait chaque jour, de l' Egypte au Pakistan, des centaines de victimes dont personne ne se soucie) est une étape dans la longue suite de conflits polymorphes (idéologiques avec l' anticolonialisme, politiques avec les tentatives d' assimilation, économiques avec le libéralisme marchand, aujourd' hui religieux avec l' islamisme radical) qui opposent les pays pauvres au capitalisme et aux régimes totalitaires qu' il met en place à son profit.

En ce sens, les propos de Michel Onfray, philosophe athée, et des " Indigènes de la République", militants anticolonialistes, sur les responsabilités initiales des violences actuelles, sont d' une logique indiscutable. Il en ressort qu' une victoire militaire ne peut être qu' éphémère. Le bon sens implique au contraire la recherche sincère d' une solution politique globale, à la fois géo-économique et carrément civilisationnelle, conduisant à une redistribution des richesses et à la reconnaissance de différences culturelles.
Faute de quoi, l' Etat islamique et ses populations une fois écrasés sous les bombes, la lutte reprendra ailleurs, autrement. Ce truisme frôle le scandale. Mais la cécité, l' égoîsme et le mensonge qui dominent la politique occidentale depuis 1945, dressant les peuples les uns contre les autres, ne sont-ils pas eux-mêmes la source d'un Scandale séculaire?

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