Europe : une ouverture?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La montée des mouvements populistes en Europe traduit sans doute une déception davantage qu' une franche hostilité à l' idée européenne. Plus précisément une déception telle qu' elle engendre de l' hostilité.

Voici une institution, la Communauté Européenne, qui coûtera de 2014 à 2020, 908 milliards d' euros minimum, mais probablement plus, à une série de pays affectés par la crise et dénombrant 6 millions de chômeurs de moins de 25 ans. On pourrait à la rigueur souscrire au montant d' un pareil budget s' il se concrétisait par des signes de redressement et de solidarité. On va hélas dans un autre sens : le repliement sur les égoïsmes nationaux. L' Europe, "berceau des sciences", reste le wagon de queue de la mondialisation.

Où en est la nécessaire harmonisation fiscale et salariale? où en sont la diplomatie et la défense communes? les prémisses d' une construction politique crédible ? Les "directives" européennes (contredisant souvent les lois nationales qu' elles annulent) pleuvent de Bruxelles à propos de questions dérisoires (l' une des dernières interdit la fessée...) n' aboutissant au mieux qu' à dresser contre elles des catégories professionnelles exaspérées.

Il est vrai que certains technocrates semblent n' être là que pour entraver la coopération dans le continent enfin pacifié. Cette situation n' est pas un hasard. Il est, une fois encore, le produit d' une stratégie familière aux Anglo-Saxons, en l' occurrence le Commonwealth, conforté par l' influence américaine (voir sur le sujet nos chroniques " L' euro entre social-démocratie et néo -gaullisme" du 30/10/2011, et " Exploser l' euro" du 22/11/2011 ).

La tactique en ce domaine est simple et efficace : diviser pour régner. C' est ainsi qu' en poussant systématiquement à " l' élargissement" ( on en est à 27 membres ), on multiplie les occasions d' oppositions, et donc on freine d' autant toute avancée unificatrice, préjudiciable par définition. Des lobbyistes patentés parcourent inlassablement les couloirs du Parlement de Strasbourg pour expliquer le "danger" de telle loi ou l' "intérêt" de telle autre, appuyer la candidature de la Turquie, défendre la disparition de la corrida, chanter les vertus du libre échange, marchander sa contribution, jouer les fourmis du nord contre les cigales du sud, les détenteurs de monnaie nationale contre l' "euroland", critiquer certaines interventions militaires et pas d' autres, justifier l' insularisme dans l' espace Schengen, etc.

Ce sabotage scientifique assassine le Traité de Rome à petit feu. C' est une issue que ni Pompidou, qui a fait entrer la Grande Bretagne dans la CEE dès le départ de de Gaulle, ni Giscard, qui aurait ouvert la porte à la terre entière, n' avaient prévu. Aussi un net courant d' opinion se forme-t-il dans divers milieux français et étrangers pour remettre à plat le projet européen. L' idée est de partir d' une nouvelle association limitée, dans l' esprit de l' ex Communauté Charbon-Acier, entre partenaires sincères dans leur volonté d' intégration et répondant à une véritable cohérence géographique. Le tout sur un modèle ayant retenu le message délivré par l' échec du referendum de 2005, à savoir moins de technocratie et plus de démocratie.

A ce prix, peut-être la suggestion d' une ouverture véritable sera-t-elle apte à stopper la progression des populismes qui, pour l' instant, occupent le proscenium.

Publié dans politique

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Renée Séaume 02/04/2015 18:31

Bien analysé.Merci

Renée Séaume 02/04/2015 18:31

Bien analysé,.merci