Contre tous les rentiers de la haine

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La limite qu' on peut tracer de l' unanimisme de la manifestation du 11 janvier dernier se rapporte, me semble-t-il, à la confusion qu' a induit ce moment d' émotion collective : tout le monde était-il là pour les mêmes raisons ?

Le terrorisme stricto sensu ( plus sanglant que ses formes psychologiques, non moins nocives ) est un acte de violence aveugle qu' aucune population ne saurait endurer (mais qui n' est, sans rien excuser, ni une innovation ni une exclusivité salafistes). Encore que la frontière puisse parfois se faire incertaine entre "terrorisme" et "fait de résistance" (cas de la MOI sous l' occupation, du FLN et de l' OAS en Algérie, etc ). Ledit terrorisme engendre alors une répression d' autant plus excessive qu'il s' est montré cruel, le désir obsessionnel de vengeance, bref un partage sans fin des rancunes .

La police a emmené l' autre jour au commissariat de Nice un enfant maghrébin de 8 ans. Il avait tenu des propos favorables aux auteurs des attentats de Paris. L' action légitime visant l' éradication des réseaux fondamentalistes justifie-t-elle une telle décision, que personne n' a assimilé à une "bavure" ? Et cette réaction, qui peut sembler singulière dans un pays par ailleurs sensible à la liberté d' expression, cette réaction donc aux propos d' un élève de CE2, est-elle finalement le meilleur choix ? ne conforte-t-elle pas le sentiment du "deux poids deux mesures" utilisé par les djihadistes pour dénoncer une islamophobie que certains cherchent à exploiter politiquement ?

C' est vrai du F.N, cela l' est aussi de tous les rentiers de la haine, musulmans sans doute, mais pas seulement. Ainsi lit-on dans " Europe Israël news " (non daté ni signé ) : " Le président de l' association France Palestine Solidarité (AFPS), Taoufiq Tahani, en comparant l' enrôlement des ressortissants juifs français dans l' armée israëlienne aux départs des djihadistes français vers la Syrie, révèle son vrai visage et sa sympathie pour le terrorisme (...) L' engagement de ces concitoyens juifs devrait être salué et encouragé. Ils sont notre fierté (...) ".

Voilà, pour le moins, de quoi faire basculer les sentiments des quartiers "sensibles" ! ... Il faudrait tout de même calmer le zèle délateur d' une partie de notre société, cette hystérie du soupçon et de l' injure gratuite, ce renouveau de mac-carthysme, hier anticommuniste, arabophobe aujourd'hui, qui sait quoi demain.

Est-on, disant cela, complice des tueurs et ennemi des libertés ? On est toujours le "terroriste" de quelqu'un. Mais il est bien difficile d' applaudir une chasse aux sorcières qui aboutit dans une salle de cours élémentaire. J' ai vu, lycéen, cela dans les années 40. Avec une conclusion plus tragique, évidemment. Cela m' a définitivement dégoûté de hurler avec les loups et de vouloir prêter main forte aux pêcheurs en eaux troubles.

Publié dans actualité

Commenter cet article