Sur la fin d' Harry Baur et de Raymond Aimos

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Harry Baur et Raymond Aimos étaient des figures particulièrement populaires du cinéma français d' entre-deux guerres : l' un comme véritable "monstre sacré", l' autre comme irremplaçable incarnation du titi parisien. Pas de "rétro" envisageable touchant l' époque sans ces deux-là.

Henri-Marie, devenu Harry, Baur, était né à Paris d' un père alsacien et d' une mère lorraine. Il se sauva vite du domicile parental pour échapper à un destin de prêtre dont on rêvait pour lui, et devenir marin. A défaut il joua pilier dans l' équipe du XV de Marseille et entama des études d' hydrographie qu' il abandonna pour aller se faire coller au concours du Conservatoire d' Art dramatique. L' année suivante il décrochait pourtant un rôle auprès de Firmin Gémier, puis débutait dans le cinéma encore muet. Passé au "parlant" sans difficulté grâce sa voix de ténor, il devint un acteur-fétiche des grands réalisateurs : Gance, Duvivier, Tourneur, Raymond Bernard et autres dans les rôles mémorables de Beethoven, Volpone ou Jean Valjean.
L' occupation le trouva donc au faîte de la gloire, mais le bruit courut bientôt qu' il était juif. Il se "disculpa" en exhibant un "certificat d' aryanité" et en allant tourner à Berlin un film de la "Continental", "Symphonie eines Lebens", du metteur en scène Heinz Bertram.,

Rentré en mars 1942, il fut à nouveau captif d' un réseau de rumeurs le dénonçant, puis arrêté avec son épouse, l' actrice Rida Radifé (Rébecca Béhar), juive turque convertie à l' islam et accusée d' espionnage, qu' Harry Baur défendit d' ailleurs farouchement. La Gestapo était hors d' elle à l' idée d' avoir pu être "bernée". L' acteur fut torturé durant quatre mois avant d' être finalement renvoyé chez lui moribond. De plus de cent kilos, il était tombé à quarante, et les coups assénés sur le crâne avaient provoqué des troubles neurologiques. La rumeur courut cette fois qu' il avait donné des "gages" à ses bourreaux pour sortir. Il ne survécut pas longtemps à cette probable calomnie et s' éteignit, à demi inconscient, le 8 avril 1943. Certains n' en ont pas moins continué à entretenir le doute, insinuant qu' il était un "agent double". Rien n' est jamais venu le prouver. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent, sur les pentes de Montmartre qu' il a tant affectionné.

Raymond Aimos, né Caudrilliers, fils d' un horloger, a débuté à 12 ans, dans un film de Georges Méliès. Son style et son accent parigots lui ont ouvert une carrière bien remplie (450 films au total) dans le "parlant" comme dans le "muet", aux côtés de Gaston Modot, Fresnay, Pierre Brasseur, Jouvet, Vanel, Michel Simon, Gabin, Raimu, Jules Berry, etc.

La fin du personnage a fait l' objet de différentes versions. L' écrivain Alphonse Boudard a déclaré que "les communistes" lui avaient confié qu' Aimos avait été victime d'un "règlement de comptes". Il n' en fallait pas plus pour stimuler l' imagination du romancier Patrick Modiano, spécialiste des milieux et des années troubles de l' occupation. L' écrivain a évoqué l' acteur dans plusieurs ouvrages comme "Dimanches d' août" (1986) et "Paris tendresse" (1990), reprenant la thèse de l' assassinat par des individus compromis dans des trafics connus de l' artiste.

On choisira de s' en tenir à une version moins romanesque mais corroborée par les faits ; Aimos a été tué le dimanche 20 août 1944, troisième jour de l' insurrection parisienne, vers 19 heures sur la barricade édifiée à l' angle des rues Louis Blanc et de l' Aqueduc, dans le dixième arrondissement, au cours d' un accrochage avec un convoi militaire allemand refluant vers le nord par l' axe rue La Fayette-avenue Jean Jaurès-porte de Pantin.

Aimos, qui appartenait au mouvement Libé-nord, était membre des FFI, groupe Sébastopol. Il était, lors de sa mort, en bras de chemise, et sa dépouille fut évacuée anonymement à l' hôpital Lariboisière voisin. Cela créa, lorsque sa femme se mit à sa recherche, un moment d' interrogation propice aux spéculations qui ont ensuite accompagné les circonstances de sa disparition. Sa tombe est proche des ginguettes des bords de Marne, à Chennevières où il résidait.

Publié dans culture

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