Rappeler qui, là-dedans, est le patron

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La décision "historique" prise le 22 janvier dernier par la Banque Centrale Européenne de lutter contre la menace déflationniste par un rachat massif des dettes des Etats affiliés à l' euro, mérite le décryptage. A considérer la tête de la chancelière Merkel le soir même, on comprenait que cette mesure recueillait sa totale désapprobation et que la dirigeante s' était inclinée, au terme d' une nuit de négociation sans pitié, devant plus fort qu'elle.

Il y a un moment que l' inflexibilité allemande, freinant avec obstination les conditions nécessaires à une reprise de la croissance en Europe, irritait sérieusement les stratèges économiques et politiques occidentaux. Ils ne pouvaient notamment plus accepter que des pays de l' importance de la France et de l' Italie continuent de filer tout droit vers la faillite. Le risque (vous voyez d' ici l' aubaine pour les Chinois?) était trop grand.

Un premier signal a donc été adressé à la chancelière (qui allait répétant que l' Allemagne, après des années de restrictions, n' était pas là pour éponger les déficits de ses voisins) à travers la hausse du dollar ou, si l' on préfère, la baisse de l' euro, ramené sans coup férir à sa valeur de départ.

Cependant, l' avertissement ne semblait pas avoir été correctement perçu par l' opinion locale qui laissait filtrer des tendances à l' euroscepticisme et à la xénophobie. Il a donc été décidé de passer à la vitesse supérieure : la baisse significative des taux d' intérêt et du baril de pétrole, confortée par la mise en exploitation du gaz de schiste outre Atlantique , montraient déjà la détermination américaine à aider "les alliés européens" à sortir du pétrin.

Le terrain avait été préalablement préparé : des gens "sûrs" (Mario Draghi à Francfort, Mariano Rajoy à Madrid, Christine Lagarde à Washington, auxquels on pourrait ajouter Emmanuel Macron à Paris) , tous proches ou intégrés au milieu bancaire international, sont aux manettes. Le coup de maître a été, en janvier 2014, le ralliement public du gouvernement socialiste français au libéralisme ("social"). Hollande, modèle d' intelligence antiterroriste, n' hésitant même pas à s' exprimer devant le Forum Economique Mondial de Davos, devient alors la coqueluche du Système. Finement joué. La malheureuse Angela peut rengainer ses indices en hausse et son record de commerce extérieur. C' est ça, la "real politik".

Cela dit, la promotion de Hollande, renforcée par la publicité mondiale donnée à sa gestion des attentats salafistes de Paris, n' est pas sans effet de politique intérieure, si l' on en juge par le redressement spectaculaire de sa cote de popularité. Voilà qui parait susceptible de changer la donne pour 2017. Pour peu que l' opération Draghi améliore la conjoncture, comme l' espèrent bien la Maison Blanche et les "traders", les chances de ce socialiste si coopératif ne peuvent que croître.

Il est quand même bon de rappeler, de temps à autre, qui est le patron là-dedans.

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