Quand certains découvrent l' Amérique

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il aura donc fallu 17 morts d' un coup pour que certains, de droite, de gauche, engagés dans la vie publique depuis 30 ou 40 ans, déclarent "découvrir le refus d' intégration", et se posent des questions sur la politique d' immigration. "Que se passe-t-il? pourquoi ce rejet de notre modèle républicain?" demandent-ils, trois décennies après "la Marche des Beurs de 1983 pour l' égalité et contre le racisme". Mais où ces gens vivent-ils? à qui parlent-ils? cela me rappelle les débuts de la guerre d' Algérie et les discours hors sujet, en 1954, de Mitterrand, ministre de la Justice...

1200 filles et garçons sont partis combattre pour le djihad, 3000 autres essaient d' y aller, et nos élus ne se doutaient pas que, derrière un tel phénomène, peut exister un problème de société? Ils votent régulièrement le budget conséquent affecté à "la politique de la Ville", puis pfuit, plus rien...Ce niveau d' irresponsabilité devrait être sanctionné.

On ne va pas se repasser tout le film, mais rappelons qu' en janvier 2005, il y a très exactement dix ans, un "Appel des Indigènes de la République" (la 3ème génération d' immigrés) tentait de mobiliser l' opinion. Le feu couve, disait en substance le texte. Un incivisme destructeur traduit la frustration de nombreux installés-inassimilés.

En 2010, j' ai personnellement publié, aux éditions Libertalia, un livre sans grand écho intitulé "Clio et les Grands-Blancs, la décolonisation inachevée" où - on m' excusera de me citer- j' écrivais : " une relation s' établit entre colonisation passée et immigration présente. Sa logique conduit à un différencialisme qui implique une rupture avec la nation et la représentation de la France comme entité historique (...) On entre de ce fait dans un processus de résistance qui met en évidence un rejet de la mixité jusques et y compris chez des moins de 13 ans."

Quelles perspectives pour une société dont les adversaires radicaux souhaitent la désintégration? Ni un utopique alignement identitaire, ni l' abandon aux communautarismes, ni la pure démagogie laïciste, ni l' absolutisme religieux. La problématique est depuis longtemps posée, les lanceurs d' alerte ont fait le boulot. Mais il faut des morts pour qu' on s' aperçoive de ces réalités : une jeunesse dégoûtée qui se plaint d' être marginalisée et ne va pas voter, récuse la police et réclame plus de protection sociale, se révolte contre les ghettos et pleure le dynamitage d' une tour.

L' habituelle réponse intégratrice et paternaliste ne calme pas les "séparatistes" qui assument l' apartheid en s' appropriant des "territoires" où prospèrent des "bandes" unies dans la même haine des institutions.Donc, les "politiques" s' étonnent. Ils ne comprennent pas. Depuis 50 ans que ça dure en s' aggravant, il est là, le véritable scandale.

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