Histoire de Gentils et de Méchants

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A y réfléchir, qu' espèrent en Europe orientale les Etats-Unis et l' Allemagne sinon la conquête, à moindres frais, du vaste marché russe, la maîtrise de ses ressources énergétiques sur fond d' Economie délabrée, et le contrôle de sa puissance militaire? Quelle autre hypothèse répond-elle à l' offensive de l' Occident qui pousse Moscou dans ses retranchements?

Depuis 1917, la Russie vit dans la hantise de l' encerclement : c' était vrai lors de sa période révolutionnaire, quand Français et Britanniques s' efforçaient de porter secours à l' Armée blanche, vrai encore dans la phase stalinienne avec la guerre froide, vrai quand le Kremlin cherchait accord avec les Non Alignés (Nasser, Tito, Nehru), c' est vrai aujourd'hui avec les efforts anglo-saxons pour arrimer l' ex glacis protecteur de l' URSS (feu les Démocraties populaires) au char de l' OTAN et de la Communauté Européenne. Il faut aussi partir de ces faits pour comprendre plus aisément le comportement de Poutine.

Le peuple russe, premier vainqueur du nazisme moyennant 23 millions de victimes, ne penche assurément pas vers le bellicisme pour en avoir bien connu les effets. Mais, menacé dans son pré carré par les convoitises d' une Finance mondialisée dénonçant le totalitarisme dont elle sait s' accommoder quand besoin est, ce peuple fait instinctivement corps autour de son leader.

Sans doute Vladimir Poutine n' est-il pas un petit saint. C' est un patriote, comme la quasi totalité des Russes. Verrouillée au sud par les bases américaines de Turquie et du Golfe, condamnée à une étroite fenêtre concédée par la Syrie en Méditerranée, privée de débouchés sur l' océan indien, bernée en Libye par le tandem Sarkozy-Cameron, la Russie post-soviétique n' a pu, elle aussi, desserrer l' étau qui la contraint depuis bientôt un siècle, démontrant par là qu' il n' y a pas en l' affaire qu' une question de communisme.

Dès lors, la crise ukrainienne s' éclaire d' un autre jour : celui d' un projet supplémentaire d' enfermement par la déstabilisation d' un pays historiquement schizophrène, pro-européen dans sa partie ouest (avec certaines connotations fascisantes, n' oublions pas la Division SS Galicie), russophone et russophile dans sa région est qui fut un moment le lieu d'un " Etat cosaque " et dont les habitants ne sont pas impatients d' aller travailler en Allemagne pour 3 euros de l' heure. L' Ukraine en fait a tout connu : les Empires lituano-polonais, austro-hongrois, russe et stalinien.

Vouloir maintenant la détacher totalement de l' influence de Moscou, c' est tenter d' éloigner la Californie des USA, c' est offrir à Poutine le statut de Sauveur face à une entreprise ressentie comme une agression. On ne saurait rêver, en dépit des sanctions américaines,de la chute du rouble et de la confiscation par la France de deux bateaux, meilleure occasion de renforcer le panslavisme.

Les méchants seigneurs des steppes ne sont donc pas décidés à brader leur sécurité pour le plaisir des gentils démocrates du Far West. Ils seraient même prêts, faute d' autre choix, à risquer un conflit. Il vaut mieux le savoir, et le faire savoir.

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costa 02/01/2015 10:06

toujours la méme verve pas de tréve des confiseurs bravo et bonne année avec des écrits toujours intéressants .jc