Le maso business

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je ne dois pas être seul à juger méprisables ces plumitifs qui se gobergent en crachant dans la soupe, autrement dit celles et ceux qui, surfant sur la déprime nationale, font du rabaissement de leur pays leur activité principal e. J' y songe en regardant les chaînes françaises de TV : pas un jour sans que l' un de ces préposés au désespoir vienne souligner avec délectation à quel point la France et les Français sont ringards, irrémédiablement foutus, qu' au fond rien ne serait pire que la survie de cette nation de perdants. C' est si systématique, répétitif , manichéen, qu' on finit par réserver à ces prestations la même attention qu' à des sketches loupés.

Curieuse épidémie tout de même : c' est à qui, parmi ces spécialistes de la sinistrose, en rajoutera dans la logorrhée masochiste et la mode, borgne et probablement rémunératrice, d' un autodénigrement ravageur qui gomme Prix Nobel, titres olympiques, réussites scientifiques, performances artistiques, pour n' encenser qu' une poignée d' émigrés de luxe ayant su planquer leur fric en affaiblissant le pays où ils l' ont gagné. Edifiants exemples offerts à des millions de chômeurs, et illustration éloquente de la mentalité d' une certaine oligarchie.

Je suis Français de naissance, Français je mourrai, selon toute vraisemblance. L' envie ne m' est jamais venue de me faire Américain, Chinois ou Suisse. En aurais-je tiré profit? Français je suis resté, à peu près conscient des insuffisances et défauts d' une société à laquelle je demeure fondamentalement attaché. Mes griefs ne seront jamais des provocations au scandale bien payées. Ce type de calcul m' écoeure.

On entend donc quasi quotidiennement des professionnels du procédé sous le nom désormais admis de "déclinistes". Ils s' installent dans nos meubles pour invectiver chacun d' entre nous avec un sans-gène désarmant. Leur chef de file est un Lyonnais pur jus, Nicolas Baverez, bardé de diplômes et auteur de titres mettant de suite sur la voie : " La France qui tombe", "Les Trente piteuses", etc. Inutile de préciser que le personnage est un ultralibéral atlantiste, version gauloise du républicain "néo-con" aux U.S, qui n' arrive pas à intégrer l' idée d' un gouvernement à peine social-démocrate à Paris.

Presque à son niveau, l' ineffable Eric Zemmour, journaliste d' extrême droite (c' est lui qui l' affirme) et géniteur d' un succès médiatique intitulé en toute simplicité "Le suicide français". C' est excessif, comme dirait Talleyrand, mais ça porte, et rapporte. Zemmour est un bon vendeur, qui sait évaluer le plaisir pris par ses compatriotes à la flagellation. Je n' éprouve guère plus d' indulgence pour Ardison, démagogue producteur de "Salut les Terrriens". S' y pointe régulièrement un comparse, droitier apatride d' origine française, Eric Brunet, qui exhorte tout le monde à s' expatrier.

Ledit Brunet est d' ailleurs associé à l' émission par le biais de la boite de production "Téléparis" ,et a été mis en cause (conflit d' intérêi) pour avoir fait de la publicité sur une autre antenne à "Vitalia", groupe de cliniques privées dont il était l' un des directeurs. Récemment, il exécutait, avant de passer à la caisse son numéro habituel de démolition hexagonale devant Michel Hazanavicius, issu d' une famille lituanienne et réalisateur du film "The Artist " qui a obtenu 120 récompenses dont un Oscar. Le cinéaste a regardé Brunet, d' abord étonné, puis indigné par ses propos : " Je ne comprends pas, a-t- dit, ce que vous faites là ! Partez, en fait ! "

J' ai eu honte .

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