La bataille perdue du "Grand Israël"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il semble que le gouvernement Nétanyahou soit en train de perdre définitivement la bataille du "Grand Israël". La dernière opération militaire contre les Gazaouis en juillet (2.150 victimes dont 500 enfants,12.000 blessés, 11.000 sans-abri et 5 milliards de dollars de dégâts) a été le coup de trop. La référence à l' antisémitisme dès la moindre réserve émise sur la politique de Tel Aviv (je songe alors à Stéphane Hessel, Edgar Morin ou Uri Avnery ) ne porte plus. Quel rapport entre les enfants de Gaza et l' horreur de la Shoah ?

Que ce soit clair : j' ai toujours été partisan de la création de l' Etat d' Israël dans le cadre des frontières définies par la Communauté internationale. De la même manière, je suis pour l' institution d' un Etat palestinien doté d' eau et d' électricité, et contre l' annexion de fait de la Cisjordanie ( sous occupation) par près de 500.000 colons juifs. . Qu' un homme parte le matin de chez lui et y retrouve le soir une famille de colons installée, m' est odieux.

Pour arranger la situation, la dernière trouvaille de Nétanyahou est de transférer à Gaza surpeuplée ( 1.200;000habitants), par convois successifs, les Palestiniens vivant en Cisjordanie ( 2 millions et demi). Il ne restera plus qu' à les y bombarder pour faire place à une nouvelle phalange de "transférés", et ainsi de suite jusqu' à la disparition de l' ultime Arabe de Palestine. J' avoue que je n' aurais pas songé à cette solution finale possible.

Mais le vent commence sérieusement à tourner. La Suède vient de reconnaître la Palestine, et d' autres pays européens s' apprêtent à l' imiter. L' Assemblée nationale française, où le lobby sioniste n' est pas inerte, a évoqué la question, et le grand protecteur américain lui-même s' interroge !

Washington, que l' exploitation de ses gisements de gaz de schiste, rend moins fébrile, en vient à se demander si, après tout, l' Organisation Etat Islamique (le Daesh de M. Fabius ) n' est pas quelque part un effet du refus obstiné d' Israël à négocier la paix 20 ans après les accords d' Oslo et au terme des 9 mois proposés par Obama pour amorcer une solution. Comme à l' habitude, la réponse de Tel Aviv à cette hésitation a été la provocation : des extrémistes israêliens ont envahi l' Esplanade des mosquées à Jérusalem.

Avertissement sans frais pour bien signifier qu' en cas de négociation forcée, il faudra aussi compter, dans cette région explosive du monde, avec des jusqu'- au- boutistes du genre Yigal Amir qui a abattu le Premier ministre Rabin, ou avec une version locale de l' O.A.S ,susceptible, celle-la, d' accéder à des armes - comment dit-on ?- de "destruction massive ". Nétanyahou et les siens ont donc choisi la logique belliciste où des morts supplémentaires s' ajoutent aux morts gratuites, creusant chaque jour des fossés de haine.
Son compatriote, l' historien Eli Barnavi, l' a mis en garde : " Aucun pays, lui a-t-il fait remarquer, n' a jamais gagné contre le monde." Ni l' Algérie française, vieille de 130 ans, ni l' Afrique du sud blanche, pus ancienne encore. Mais Gandhi et Mandéla, portés par l' opinion universelle, oui.

Cette fois, on sent le début de quelque chose. Les Palestiniens vont avoir un Etat. La position n' est plus tenable pour des Occidentaux qui ne cessent de faire la morale en Syrie, en Ukraine et ailleurs. Stop ! Tant pis pour le "Grand Israël ".

Les innombrables morts des camps nazis sont les morts d' une autre Histoire, où les Juifs étaient des victimes. Leurs bourreaux ont payé. Demain, c' est Nétanyahou qui devra répondre de son action, c' est à dire de la dérive du rêve des millions de proscrits venus chercher un refuge en terre promise.

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