Démocratie molle et mouvement social

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On ne parle plus de " mouvement révolutionnaire ", type marxiste ou anarchiste. Il y a belle lurette que le terme a disparu, sauf au sein de quelques touchants groupuscules. On se réfère désormais au "mouvement social" pour évoquer le comportement. du monde du travail.

C' est que sans être tout à fait grippé, celui-ci est empêtré dans les rouages d' une démocratie molle associant une dose calculée de social libéralisme au capitalisme repeint aux couleurs de la modernité. Le fruit en a été une série de défaites pour les salariés dont l' une des dernières, en 2010 concernant l' âge la retraite , a engendré une sensible démobilisation de masse.

Quand on se retourne sur les conquêtes du siècle précédent, on est amené à s' interroger sur les raisons d' un renversement de situation aussi frappant. La facilité est d' incriminer d' emblée l' échec du communisme et l' insuffisance des conclusions qu' on en a tiré. Comme si chacun demeurait paralysé par la crainte d' une révision assimilable à un recul théorique, et avait choisi de se crisper sur des schémas démentis par les faits, des modèles d' organisation obsolètes, des formes de lutte contre-productives. Ainsi le sociétal finit-il par supplanter le social frappé de mutisme, l' arbre à cacher la forêt.

Cela toutefois ne fournit pas une réponse vraiment satisfaisante.. Les événements de 68 déjà, ont marqué un reflux de la certitude idéologique prévalant depuis le Front populaire. ( on a vu alors se précipiter par la porte ouverte toutes sortes de confusionnistes du genre des "nouveaux philosophes", et autres "m' as-tu-vu" libéralo-libertaires.)

Ce n' était là, bien sûr, qu' un régime de liberté conditionnelle, vite illustré par les délocalisations, la soumission au crédit, la précarité de l' emploi sur fond de matraquage publicitaire et de désindustrialisation. La nature ploutocratique de la démocratie molle, ou dictature de l' argent, était clairement affichée.

Se sont ajoutés, au passif de la conscience de classe, l' émergence de communautarismes clivants nés d' une immigration mal intégrée, et le manque d' exigence de formation générale des travailleurs à la production numérisée . Dans ce capharnaüm, le mouvement social, avec ses partis et ses syndicats, semble bien distancié. C' est d' autant plus inquiétant que la démocratie molle peut n' être qu' un provisoire emplâtre, garant de la faculté de refuser

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