Mythe et Tea Party

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Même s'il a quelque peu perdu de son éclat avec ses déboires militaires en Irak et en Afghnistan, la persistance d' un racisme viscéral et le poids disproportionné des lobbies sur sa vie politique, le mythe américain fonctionne toujours. Les odes inlassablement vouées à la Liberté, un ressort économique éprouvé, et l' espoir suggéré à chacun de pouvoir un jour s' y enrichir, font encore recette. Manhattan, San Francisco, Miami, ces lieux fantasmés demeurent autant de terres promises qui ne sauraient pourtant représenter davantage le pays que les Champs-Elysées, Cannes et Deauville ne peuvent prétendre incarner la France.

Difficile toutefois de relativiser les vitrines sophistiquées de cette théocratie bancaire sans passer très vite pour un bolchévik congelé ou un adepte de la décapitation islamique. Force est néanmoins de constater que les U.S.A ne cessent de s' éloigner de "la République des bons sentiments", chère à ses Pères fondateurs. J' en retiendrai comme preuve la place, à la veille des consultations de "milieu de mandat" ("mid term", qui risque de provoquer une paralysie législative), la place donc, prise par le "Tea Party", l' un des piliers du Parti républicain décidé à s'installer à la Maison Blanche dans deux ans.

Le "Tea Party" est une formation récente ( fin 2008) issue de la classe moyenne, qui est allée chercher ses références dans un moment fort de l' Histoire américaine : la rébellion en 1773 des colons esclavagistes du Massachusetts contre le roi d' Angleterre à propos des taxes sur le thé qui leur étaient imposées par Londres. Aujourd'hui c' est contre l' Etat fédéral et son président "de couleur" que le Tea Party sonne la charge sur la base d' une idéologie fascisante.

Son programme a le mérite de la clarté :

-réduction fiscale radicale. Tea Party = Taxed Enough Already (assez imposés comme ça !)

-limitation des prérogatives d' un pouvoir central "socialiste", instrument du déclin économique

-décentralisation rendant aux Etats fédérés leur souveraineté originelle en matière de finances, d' éducation et de santé

-opposition absolue à la loi prévoyant une sécurité sociale pour les 40% d' Américains sans couverture maladie, autrement dit les plus pauvres

-opposition à une égalité "liberticide" (non exempte de connotation raciste), à l' immigration, à l' avortement, maintien général de la peine de mort, contestation de la réalité du réchauffement climatique.

Le lobby pétrolier assure les fins de mois du Tea Party. La chaîne de TV ultraconservatrice Foxnews est son support déclaré. Un Américain sur quatre considère le Tea Party de façon tout à fait négative. Les adhérents sont en large majorité des hommes blancs âgés de plus de 45 ans, souvent proches du mouvement évangéliste.

Le Tea Party constitue indiscutablement une dérive totalitaire de la doctrine des fondateurs de l' Union, Jefferson et Washington, inspirée au contraire de l' esprit des Lumières. Il ne faut peut-être pas s' en exagérer les effets possibles, mais l' irruption de responsables du Tea Party aux affaires en 2016 dans le sillage républicain serait un mauvais coup porté aux idéaux de progrès et de justice qu' on a coutume d' associer au fameux "Rêve américain".

Publié dans politique

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MCH 18/10/2014 01:17

Cette classe moyenne, décidément !!!!