La soixante huitarde amortie et le retraité trotskiste

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Elle - Cinquante ans de militantisme, depuis l' UNEF et Nanterre, et voir où on en est, c' est pas un échec, ça ?

Lui - L' important, c' est l' analyse que tu en fais. Le monôme bobo de 68 a cassé le processus historique. Les fils à papa maoïdes qui lisaient Marcuse en mars et dépavaient le Quartier latin en mai, ont filé faire de la planche à voile sur de vraies plages en juillet. Ils ont planté le mouvement de masse.

Elle - Tu ne veux vraiment pas considérer que 68 a d' abord été une mutation sociétale et culturelle? Prends le problème des femmes que les machos soi-disant révolutionnaires entendaient cantonner au délassement du guerrier : 68 a été un élan donné à leur émancipation, non ?

Lui - J' ai vu aussi que bien des idéologues de cette jacquerie petite bourgeoise sont devenus à leur tour de parfaits patrons de combat ou des mandarins pires que ceux qu' ils dénonçaient.

Elle - C' est un peu comme tous ces vaillants trotskistes transformés en politiciens sociaux-démocrates estampillés "mitterrand" : Mélanchon, quoi qu' il raconte, Jospin, Drai, Weber, Assouline et compagnie...

Lui - Tu mélanges tout : lambertistes, pablistes...

Elle - Qui s' y reconnaitrait dans ces sectes-la ? 68 au moins a su faire l' unité pour promouvoir l' écologie politique.

Lui - Parlons-en ! La désindustrialisation, que vous prônez toujours, ne touche comme par hasard que les ouvriers, que vous ignorez avec continuité. Emploi, chômage semblent, à vous entendre, des notions abstraites de technocrates, des graphiques pour statisticiens.

Elle - Ton ouvriérisme compassionnel ne répond pourtant pas aux priorités d' aujourd'hui : le réchauffement climatique qui met en jeu la sauvegarde de la planète, le démantèlement de centrales nucléaires qui menacent de nous anéantir, le recours aux énergies renouvelables, regarde les Allemands...

Lui - Car pour toi le phénomène de classe a miraculeusement disparu ! Va un peu te ressourcer en Seine Saint-Denis, quelquefois ! voir des pauvres dans leurs cités pourries ! l' envers du Système ! et puis la barbe avec tes Allemands qu' on nous sert à toutes les sauces...

Elle - Le Système ! Abolir le Système ! Dit comme ça, le disque parait usé. Depuis le temps, ce qu' on constate, c' est la florissante santé de la Finance à qui Valls est allé lécher les bottes sans que tes copains pipent mot.

Lui - Qui? Bezancenot ?

Elle - Non, mais Cambadélis. C' est pas un ancien de chez vous ?

Lui - On nage en pleine confusion. Les Verts par ci, les Bleu Marine par là, les écolo- populistes ailleurs, on est paumé à la fin. Je peux te poser une question ?

Elle - Vas-y.

Lui - Tu préférerais quoi : un gouvernement à orientation marxiste ou le salmigondis libéralo-libertaire en vogue dans certaines fac' ?

Elle - Question surréaliste : quel salmigondis? tu penses à qui ? Hulot? ou Onfray, par exemple ? ce sont juste des médiatiques perso dont le poids s' arrête à l' audimat. Des gens comme ça n' auraient aucune chance, seraient-ils candidats, d' arriver au pouvoir, tu le sais bien.

Lui - Alors, zen... Mais je te quitte, faut que je passe à la pharmacie avant la fermeture prendre mes médocs contre l' hypertension.

Elle - Je t' accompagne, je dois justement aller chercher un tranquillisant. Pas méchant : un milligramme avant de dormir, c' est pas ça qui va creuser le trou de la Sécu...Tu n' avais pas aussi un problème de genoux, toi?

Lui - J' ai même envisagé l' opération, mais parait que c' est risqué. On peut rester bancal.

Elle - Attention, pas de blague ! Faut qu' on soit en état le jour où la Révolution prolétarienne va se mettre en marche !

Publié dans société

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ouverture de porte paris 3 13/10/2014 23:22

Je vous complimente pour votre critique. c'est un vrai travail d'écriture. Développez