Grandes manoeuvres d' automne

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les mouvements qui s' esquissent déjà en vue d' élections prévues normalement en mai 2017, illustrent à quel point l' autorité de François Hollande est affaiblie, alors que des crises internes secouent les principales formations de gouvernement : une UMP presque en état de guerre civile, un P.S pratiquement coupé en deux, un Centre multipolaire et incertain.
Dans ce contexte, le rapprochement, sinon l' accord , effectif depuis les élections municipales du printemps dernier entre Juppé et Bayrou acquiert un relief particulier. Les deux hommes, l' un à droite, l' autre au centre ( le MODEM combien de divisions ?), sont pleinement d' accord sur deux points dont ils font des priorités : barrer la route au Front National et épargner à l' Europe une dislocation qui serait due à la France.

Leur parade est dès lors identique : tenter de constituer une coalition du genre de celle prévalant en Allemagne, qui associerait au pouvoir, sous des formes à négocier et sur des objectifs clairs, l' aile sociale-libérale d' un P.S dont rien ne garantit qu' il n' aura pas explosé dans les deux ans à venir.

Les rôles semblent déjà distribués : à Juppé, habile et discret diplomate, le soin de neutraliser Sarkozy, élu probable à la tête d' une organisation branlante et guetté par les juges, à Bayrou, - qui exagère peut-être, au goût de son partenaire, le ralliement implicite de celui-ci à la stratégie que lui, Bayrou, défend avec conviction depuis des années - au maire de Pau donc, la tâche, dont il ne se cache guère, d' assumer la liaison avec les " sociaux-démocrates ouverts" ( entendez, outre le Premier ministre, Collomb, le maire de Lyon, Macron, Sapin, etc). Bayrou qui, rappelons-le, a voté Hollande au 2ème tour en 2012, doit cependant se garder d' "en faire trop" sous peine de "compromettre" Juppé aux yeux d'une fraction de la base UMP, tentée par des alliances circonstancielles avec le Front National. Rien n' est simple.

Malgré tout, le temps presse et seul un accord, même tacite, avec Valls pourrait créer, estime le duo, la dynamique nécessaire à la remobilisation d' une opinion découragée. C' est un pari, bien sûr, car il risque de se passer encore des tas de choses d' ici 2017.

Le recours au referendum parait exclu. Hollande le perdrait. Un renversement de majorité entraînant des élections générales anticipées déboucherait sur une co-habitation à laquelle nul n' est enclin et sur l' effacement parlementaire de ce qui surnagerait de la Gauche. Une cassure avec l' Europe consacrerait la ruine de l' Economie. Mais les ruades d' autres concurrents (Sarkozy et Fillon ici, Aubry et Montebourg là) ne manqueront pas de venir brouiller les cartes. Plane en outre la menace de troubles dans la rue ou d' attentats terroristes qui ajoute à la confusion.

Quoi qu' il en soit, la fin du quinquennat et la succession du Président actuel s' annoncent difficiles. Aucun des Partis classiques, ceux-ci plus ou moins désertés par leurs propres militants, n' est en mesure, de l' avis général, de l' emporter sans alliance élargie. Tous frôlent des scissions qui ne pourraient que faire le miel de l' incontournable Front National.

C' est pourquoi le projet de "grande coalition", encore dans les limbes mais prenant date et dessinant son territoire, devrait bénéficier au cours de ces prochains mois d' une audience renforcée et voir sa cote monter dans les sondages. Tel est, d' évidence, le sens de cette manoeuvre automnale.

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