Le trouble parcours de Wilhelm Reich

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sa réputation chez les psychanalystes des années 30 était celle d' un fou. C' est pourquoi il est demeuré peu connu du grand public. Mais Hölderlin, Van Gogh, Nietzche ou Artaud n' étaient-ils pas "fous" aussi ?

Né en 1897 dans une famille de fermiers de l' Ukraine actuelle, Reich a combattu les Russes dans l' armée autrichienne, entrepris, la paix revenue, des études de médecine psychiatrique, puis rejoint à Vienne Freud dont il est devenu, à ses débuts, l' un des disciples favoris.

Son premier ouvrage, "La Fonction de l' orgasme", publié en 1927, le range bientôt parmi les hérétiques de la psychanalyse orthodoxe. Il part à Berlin, y adhère au Parti communiste, et fonde, avec des psychanalystes allemands (Fromm, Fenickel), la théorie freudo-marxiste.

L' avènement du nazisme le contraint à regagner Vienne où s' accentue son divorce thèorique avec Freud, s' agissant entre autres de l' importance de "l' instinct de mort". La fille du Maître, Anna Freud, elle-même psychanalyste, s' emploie à faire exclure "ce communiste" de la conservatrice Internationale psychanalyste (I.P.A) et s' applique à le discréditer en lui construisant une solide réputation de "dément".

De son côté, la Gestapo décrète un autodafé de toute l' oeuvre du "juif pornographe". Réfugié au Danemark puis en Suède, Reich y poursuit ses recherches sur la "thérapie psychocorporelle". Celles-ci captent l' attention de l' ethnologue Malinovsky qui, en 1939, l' invite à venir enseigner "l' analyse caractérielle" à New York. Commencent alors pour Reich d' interminables démêlés avec le F.B.I qu'obsède l' étiquette marxiste de l' Autrichien. On finit par le reléguer dans l' Etat du Maine, à Rangeley, où il crée une clinique de dépistage des biopathies. Ses expériences ne manquent pas de soulever bientôt l' indignation locale qui relaie les rumeurs antérieures de schizophrénie, couronnées d' une accusation non prouvée de pédophilie.

Condamné pour avoir outrepassé l' interdiction de location des "accumulateurs d' orgone" de son invention et avoir contesté la qualification du tribunal pour juger d' innovations scientifiques, il meurt,à 60 ans, en prison d' une crise cardiaque . Ses partisans ont estimé le décès douteux, compte tenu du climat de "mac carthysme" régnant à l' époque aux Etats-Unis. Ses oeuvres n' avaient-elles pas fait l' objet d' un second autodafé, à Manhattan cette fois?

Reich a en vérité tout enduré : calomnies et jalousies, expulsions, exils, vengeances, tracasseries policières, poursuites judiciaires, et peut-être mort violente. Aujourd'hui le musée de Rangeley, qui porte son nom, célèbre ses découvertes. Ses théories ont suscité des vocations et créations un peu partout : ainsi, à Paris, le "Cercle d' études reichiennes" animé par le psychologue libertaire Jacques Lesage de La Haye.

Illuminé? agent communiste? charlatan? visionnaire? la personnalité complexe de Reich reste une énigme que son étrange destin continue d' entretenir.

A lire : "La Fonction de l' orgasme" (L' Arche,1986)

"Reich parle de Freud" (Payot,1998)

Jean-Michel Palmier : " W. Reich. Essai sur le freudo-marxisme" (U.G.E, 1969)

Publié dans culture

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