Vérités,salamalecs, grenouilles

Publié le par memoire-et-societe

Submergé par les fastes du D.Day, l' article de Michel Rocard dans "Le Monde" du 5 juin est passé à la trappe. Il tombait effectivement mal quand Hollande multipliait les ronds de jambe devant la reine d' Angleterre, de rose revêtue.

Pourtant, l' ancien Premier Ministre posait un problème de fond puisqu' il demandait aux "amis anglais" de "sortir " de l' Union Européenne. Sans tenter de me faire valoir, on me permettra de rappeler que ce blog a maintes fois soulevé la question : en novembre 2011 ( Exploser l' euro ), en janvier ( L' Europe en dominion ), mars (Trois Europes ) et septembre ( French bashing ) 2012, en janvier ( L' Europe, c' est le continent ), avril ( De l' Angleterre ), et juin ( Existe-t-il un patriotisme européen ?) 2013.

En substance, que dit Rocard, traduisant le sentiment d' une large majorité de l' opinion ? Que les Anglais, fidèles à une attitude séculaire, " n' aiment pas l' Europe " et que leur objectif est de torpiller l' unification du continent, grâce à une tactique éprouvée : diviser pour régner, élargir pour diluer ; qu' ils se sont introduits dans la C.E à l' occasion d' une erreur de Pompidou, cherchant à contrebalancer l ' essor de la puissance allemande ; que Londres, pensant uniquement commerce, a systématiquement combattu tout pas vers l' intégration et "voulu la paralysie" ; que par la faute de l' Angleterre " l' Europe est entravée et mal gérée, géant économique et nain politique ", ainsi écartée de toute recherche de la paix en Yougoslavie, en Afrique et en Palestine ; que le gouvernement de Sa Majesté a violé les règles communautaires par l' exigence d' accords de dérogation concernant sa contribution financière ( " my money back" ) et son droit à s' en aller quand bon lui semble ( " opting out "); qu'il a toujours mis son véto à la nomination d' un fédéraliste à la tête de la Commission ; qu' il a inlassablement fait prévaloir le point de vue national sur l' intérêt communautaire ; qu ' il bat désormais la campagne pour empêcher l' élection à Bruxelles du luxembourgeois Jean-Claude Junker, trop continental à son goût.

Le réquisitoire de Rocard est implacable. Sa conclusion aussi : " Sans démocratie interne, écrit-il, l' Europe est indigne (...) Vous nous méprisez à ce point ? De quel droit? (...) Vous en aller ? Mais vous avez encore quelque intérêt bancaire à profiter du désordre que vous avez créé...Partez donc avant d' avoir tout cassé."

Il est réconfortant de voir un homme politique d' envergure parler vrai. La soumission de la diplomatie française aux hypocrites diktats du Foreign Office mérite depuis 42 ans - date de l' adhésion britannique à la Communauté- d' être dénoncée. C' est fait, au plus fort des salamalecs destinés à Mme Elizabeth dont Mme Hidalgo, maire de Paris, a donné le nom au "Marché aux fleurs", cher à Jacques Prévert. Sans la courageuse lettre de congé de Rocard, nos " amis anglais " n' auraient qu' à continuer de se gausser de ces "stupides grenouilles".

P.S 1- Puisqu' on est dans les célébrations guerrières, comment se fait-il que personne, jamais, n' honore la victoire de Stalingrad sans laquelle le DDay n' aurait sûrement pas pris la même tournure. La présence de Poutine en Normandie n' en a que plus de sens.

P.S 2- Michel Rocard ne cesse d' aggraver son cas. Ne voilà-t-il pas qu' il a signé la pétition offrant l' asile politique en France à Edward Snowden, l' homme qui a révélé l' existence du réseau mondial de cyberespionnage anglo-saxon ?

Publié dans politique

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costa janine 09/06/2014 16:02

je suis toujours tes écrits qui sont pleins de bon sens .j.c