Rêve fou

Publié le par memoire-et-societe

Les responsables politiques français qui, compte tenu de la décomposition partisane actuelle, ont peu d' occasions d' évoquer la politique étrangère, se bornent dans ce domaine qui implique une certaine connaissance des dossiers, à célébrer l' indépendance du pays devant une opinion se satisfaisant, faute de mieux, de pétitions de principe et de généralités.

En fait, depuis la démission du général de Gaulle en 1969, les positions de la France sur la scène internationale n' ont cessé de s' effilocher, alors que l' atlantisme à la sauce bruxelloise grignotait sa liberté de mouvement.

Ce n' était par hasard qu' au lendemain même de la Libération, de Gaulle avait sauté dans l' avion de Moscou. Il entendait ainsi affirmer sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans une monoalliance où sa voix serait reléguée au second plan. Le souci d' une diplomatie équilibrée dans un monde multipolaire était sa règle d' or. Il savait d' expérience que les Anglo-Saxons ont besoin de la France, mais ne commencent à la respecter que lorsqu'elle ne leur est plus soumise. Il est sorti de l' OTAN, où Sarkozy nous a ramenés.

Le premier accroc a été l' oeuvre de Pompidou. Il a en 1972 introduit l' Angleterre en Europe. On préfère croire que l' intention était noble, mais il est inquiétant de songer qu' un chef d' Etat n' évalue pas mieux les risques qu' il prend. De Gaulle, quant à lui, refusait l' intrusion d' un cheval de Troie dans l' aménagement de l' Europe à l' issue de la décolonisation , et donc un obstacle au rapprochement franco- allemand qui constituait la colonne vertébrale du projet.

Un an plus tard, fin 1973, le premier "choc pétrolier" a montré les limites de la solidarité atlantique. Le secrétaire d' Etat américain Kissinger est allé négocier directement avec le roi Fayçal d' Arabie les conditions d' un accord qui pénalisait essentiellement les économies européennes en plein essor, devenues potentiellement des concurrentes dangereuses sur le marché mondial. Pour la France, fin des " trente glorieuses" et, par voie de conséquence, amenuisement de sa puissance diplomatique.

Déjà, l' intervention franco-britannique de 1956 sur le canal de Suez, stoppée par un ultimatum américano-soviétique, avait provoqué la relève par les USA de la présence française au Levant. Après le retour de de Gaulle au pouvoir en 1958, sa " politique arabe ", contestée par le soutien systématique des socialistes à l' Etat d' Israël, piétinait. Le général s' est alors efforcé de trouver une compensation dans le concert international au moyen d' un non-alignement implicite (discours de Pnom Penh de septembre 1966), voire d' une incursion émancipatrice en terre francophone (discours de Montréal de juillet 1967 ).

Cependant, l' abandon dès 1970 des lignes de force tracées par les options gaulliennes au profit d' un retour progressif dans le giron atlantico-européen, en même temps qu' une nette distanciation avec les pays de l' Est, ont sonné le glas d' une stricte vision de l' indépendance nationale. Les hôtes du Quai d' Orsay, formés à l' antienne du nécessaire "bouclier américain ", se sont mis à répéter que la mondialisation devait rapprocher plus étroitement les occidentaux et que chacune de leurs composantes dépendait des autres. Sans préciser jusqu' où certaines étaient plus dépendantes que d' autres. L' option dominion...

La France détient une voix au Conseil de Sécurité des Nations Unies. C' est un atout. Pourquoi ne le jouerait-elle pas en diversifiant ( sans les renverser) ses alliances ? En desserrant le carcan de l' atlantification ? En ouvrant une perspective européenne plus large selon un axe Paris-Berlin-Moscou ? En retrouvant une aura populaire face à la voracité du système totalitaire de la Finance ? En encourageant la Paix et en développant les chances d' une démocratie crédible? Ce rêve "fou" mérite un regard politique neuf et courageux : il viendra, c' est inéluctable.

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