Quand l' Argent "prend peur"...

Publié le par memoire-et-societe

Faut-il le rappeler, l' Argent ne se paie pas de mots. L' Argent croit seulement à la "réalité économique", réduite à la loi du profit.

Quand Mitterrand parlait en 1981 de "rompre avec le capitalisme", l' Argent ne s' est pas ému plus que ça. Il savait bien que l' arsouille politique, fraichement "socialiste", ne tiendrait pas parole. En effet, deux ans plus tard, après quelques nationalisations mal faites et ruineuses, il chargeait le "fils préféré", Fabius, d' un "redressement" qui allait conduire à la première "co-habitation".

Quand Chirac a promis de "réduire la fracture sociale", cela n' a guère empêché les Fonds de pension internationaux de dormir. Ils étaient habitués à la démagogie du "Roi fainéant" et avaient confiance dans les forces sociales qui le portaient vers un pouvoir si désiré par l' intéressé.

Quand Sarkozy a clamé avec son assurance coutumière : "Les paradis fiscaux, c' est fini !", l' Argent, Afflelou et Cahuzac ont bien rigolé. Venant de Sarko, l' enfant chéri de Neuilly, le thuriféraire de Bush jr. et des néo-conservateurs américains, la blague valait son pesant de moutarde.

Quand en 2012 au Bourget, emporté par l' ivresse électorale, Hollande s' est écrié : " Mon ennemi, c' est la Finance! ", l' Argent n' a encore rien dit, mais a jugé que, cette fois, ça suffisait. Pour lui, ce socialisme d' opérette récurrent, en plein dispositif libéral, finissait par agacer les dents. Ah, Wall street est ton ennemi ? eh bien attends, on va te montrer ce qu' il en est. Précisément la femme forte de l' Europe, la chancelière Merkel, commençait également à en avoir marre de toutes ces tartarinades... Il était temps de s' entendre pour faire un peu le ménage.

Les coalisés ont alors mandaté leur commis à Bruxelles, Baroso, président de la Commission Européenne, pour enclencher un sérieux "french bashing". Le contexte, qui n' était déjà pas un fruit du hasard, s' y prêtait :

- l' Etat français n' assurait plus son équilibre budgétaire depuis 1981

- la pression fiscale s' alourdissait en conséquence, l' évasion de capitaux et les délocalisation d' entreprises se multipliaient

- les investissements nationaux filaient hors frontières

- la part des investissements étrangers dans les grandes entreprises françaises ne cessait de croitre, fragilisant celles-ci

-le tissu industriel du pays, perdant peu à peu de sa compétitivité, se désagrégeait (65000 fermetures de PME l' an dernier), accélérant la montée du chômage

- les patrons surpayés du CAC 40, clairement apatrides, jouaient l' actionnaire contre l' intérêt national

-Bruxelles,encouragé en sous-main par la BCE et les Agences de Notation, harcelait Paris pour que la France revienne illico au-dessous de la barre fatidique des 3% de déficit de son PNB

Devant une telle avalanche de contre-performances, de contraintes et de menaces, amplifiée par une contre-publicité savamment orchestrée par la presse économique anglo-saxonne, l' Argent, l' oeil sur les comptes, ne pouvait, bien sûr, que prendre peur . Ou du moins en avoir l'air. Peu importe, cela contribuait à épaissir les nuages qui s' amoncellent sur l' Hexagone. Que la Finance soit l' Ennemie de François Hollande, malgré le mal qu'il se donne désormais pour l' amadouer, est sans doute vrai. Qu' en outre, les milieux boursiers prennent nos "leaders" successifs pour des comiques, ne l' est pas moins.

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