Lettre ouverte à M. Sylvain Kahn, professeur

Publié le par memoire-et-societe

Monsieur,

Regardant "C' est dans l' air ", émission télévisée où M. Calvi coupe la parole à ses invités pour développer son propre point de vue, j' ai découvert votre existence. Jeune homme apparemment bien né ( vous êtes, je crois, le neveu de J-F Kahn qui s' est tant gaussé quand D.S-K a "troussé"(sic) à l' improviste une femme de chambre guinéenne dans un hôtel de New-York), vous êtes venu nous annoncer que l' anglais était la langue incontournable des Européens.

- Et la francophonie ? a osé Calvi

- La francophonie ? c' est une connerie, avez- vous tranché sans plus. Et d' ajouter : " Les Français seront plus français en parlant anglais ".

J' avoue que la logique d' un tel paradoxe m' a un peu dérouté, mais bon, j' ai enregistré cette affirmation publique d' un agrégé d' Histoire chargé d' enseigner la question de " l' intégration européenne" aux élèves de Sciences-Po.

Parvenu là, cher monsieur Sylvain, je me sens tout de même obligé d' endosser la tunique du franchouillard-ringard-beauf' pour faire observer :

1- que les pays anglophones n' ont pas une ouverture d' esprit aussi large que la vôtre et font preuve immuablement de chauvinisme conquérant. Ce dernier serait-il plus digestible que la défense d' une langue-mère?

2- que les francophones périphériques (Québécois, Wallons, etc.) qui luttent en première ligne pour continuer à parler comme leurs parents, seraient bien déçus d' apprendre qu' à l' arrière, une élite moderniste, férue de mondialisme bostonien, est prête à brader des siècles d' acquis culturel

3- que le cosmopolitisme linguistique, incarné dans les baragouins du marketing et du bargaining, n' a jamais fait avancer d' un pouce le véritable internationalisme

4- que former, aux frais du contribuable, de jeunes cerveaux, pour les inciter à fuir et affaiblir ensuite leur créditeur, constitue une malhonnêteté

5- que rien n' est plus destructeur pour une société que la perte de son identité, dont la langue est un élément majeur. Ainsi a procédé le colonialisme pour s' imposer.

C' est pourquoi, M. Sylvain, quitte à vous contredire, je veux rester franco-européen. J' en sais une raison supplémentaire : mon fils et sa famille sont établis à Atlanta (Géorgie), choix que je respecte mais que, personnellement, je n' aurais pu faire. Vous vous rappelez Danton et la semelle de ses souliers... Nul ne transformera la langue de Molière en latin pour universités anglo-saxonnes.

Je vous salue bien.

Publié dans culture

Commenter cet article