Gen Paul et Montmartre

Publié le par memoire-et-societe

On a qualifié Gen Paul de " peintre de Montmartre", ce qui est réducteur comparé à ses célèbres voisins du Bateau-Lavoir ou à son compagnon de cuite, Maurice Utrillo, et inexact si l' on envisage l' ensemble d' une oeuvre débordant largement cette seule connotation touristique.
Né en 1895 d' un père inconnu et d' une mère brodeuse rue Lepic, Eugène, dit Gen, Paul a été d' abord apprenti tapissier-décorateur. La guerre lui a emporté la jambe droite en 1915, " en cadeau de mes vingt ans", précisait-il. Puis Delâtre l' a initié à la gravure et le cubiste Juan Gris à la peinture.

Exposé au Salon d' Automne de 1920, Gen Paul entamait alors la carrière qui en a fait le chef de file de l' expressionnisme à la française, vite l' égal en notoriété de ses proches amis Vlaminck et Kisling. Cependant, miné par la boisson, il a été, au début des années 30, contraint de se sédentariser pour aborder une période dite "célinienne". En effet, installé depuis 1917 au 2 de l' avenue Junot, Gen Paul a vu emménager à deux pas un étrange médecin des pauvres nommé Destouches et sa compagne, une danseuse américaine (Elizabeth Craig). Le médecin était aussi romancier sous le pseudonyme de Louis-Ferdinand Céline. Une sulfureuse amitié était née, que doublait une influence réciproque.

L' atelier du peintre et le "banc Junot", de l' autre côté de la rue, étaient déjà le rendez-vous d' une bande du quartier mêlant tapageusement écrivains comme Carco, Marcel Aymé, Mac Orlan, Jouhandeau ou Fauchois, comédiens tels Ledoux, Berthe Bovy, Le Vigan, et poivrots divers et variés. Paul et Céline s' étaient découverts deux goûts communs : l' argot, que le peintre enseignait consciencieusement au "pisse-copie" avide d' assimiler un vocabulaire inédit à ses récits, les danseuses que l' artiste prenait pour modèles et que le toubib massait avec zèle. Cette dernière prédilection fut l' origine d' une algarade mémorable : le motif en était la disposition des faveurs de Lucette Amanzor, qui allait devenir, pour le meilleur comme pour le pire, l' indéfectible épouse de Céline. Gen Paul, marié, n' a jamais pardonné ce "vol" à l' auteur de "Mort à crédit". Lequel s' est vengé en campant dans "Féerie pour une autre fois" un peintre, Jules, alcoolique et boiteux, parfaitement identifiable.

En octobre 1940, j' ai habité place Jean-Baptiste Clément (l' auteur du "Temps des cerises), à une centaines de mètres des rues Ravignan, Lepic, Norvins, Girardon, Junot où survivait la troupe de Gen Paul. J' entrais en 5ème au lycée Rollin (aujourd'hui Decour), ma mère enseignait rue des Martyrs. On amenait les jeunes soldats d' occupation visiter le "gay Paris", donc Montmartre. Ils sautaient des camions en faisant sonner leurs bottes, les bras chargés de raisins qu'ils mangeaient goulûment. Ceux-la devaient bientôt mourir en Russie.

Pendant ce temps, Céline et Paul fréquentaient Otto Abetz, l' ambassadeur d' Allemagne, qui s' efforçait de rallier les milieux artistiques à la cause du Reich. Tous deux, blessés de 14, avaient opté pour la Collaboration par pacifisme, et convaincus que les Juifs avaient voulu cette seconde guerre mondiale. En 44, Céline a quitté Montmartre, et entrepris la narration de l' apocalypse nazie dans "D' un château l' autre". Il est mort en 1961, cloitré à Meudon avec Lucette, après son exil au Danemark.

Gen Paul, ayant échappé à "l' épuration", a débuté une phase "calligraphique" qui a couronné son succès. En 1975, il a abandonné l' avenue Junot, entouré de considération, pour l' hôpital où il a succombé au cancer. Une page des heures chaudes de la Butte était définitivement tournée.

Publié dans culture

Commenter cet article

costa janinec 06/05/2014 06:24

j'aime ton récit sur la bute montmartre, j'aimer beaucoup la place du tertre,tu est rester amoureux de ce quartier, je te comprends , c'est un quartier vivant et plein de richesse pour les peintres que tu cite , j'aime beaucoup utrillo . voilà mon commentaire avec un certaine nostalgie lorsque je suis arriver à parisen 1943 ? mon pére travailler dans l'orcheste du gaumont palace , et nous allions ma mére et moi nous promener à montmartre