Sur "l' ingérence"

Publié le par memoire-et-societe

Le "droit d' ingérence" est, sous son habillage humanitaire, l' une des plus hypocrites trouvailles politiques, sachant qu' il est : 1°) un privilège des Etats riches, par conséquent ni innocent ni égalitaire 2°) un moyen de protection et de maintien par la force d' un modèle extérieur dominant.

Le "droit d' ingérence" met en effet en scène deux catégories de dirigeants : les " Ingérants" familiers (Américains, Russes, Anglais, Français) et les "Ingérés", localisés de préférence en Afrique, Asie et Amérique latine. Le clivage entre eux passe par la puissance militaire, donc la loi du plus fort. Imagine-t-on une ingérence de la Somalie aux U.S.A, de la République Centrafricaine en France, de la Jordanie en Israël ?

On voit alors que ce "droit", même camouflé en "devoir d' assistance", relève des choix des plus armés. Quant à l' "humanitaire", en contribuant à banaliser l' ingérence, il accoutume l' opinion à l' idée que l' intervention des grandes puissances au détriment des souverainetés sans défense est fonction de la maturité et du sens des responsabilités innés des premiers.

Aussi, la liberté d' action que confère l' ingérence investit-elle les agissements des Grands, se partageant la gestion mondiale à travers le Conseil de Sécurité de l' O.N.U, d' une légalité inattaquable. Toute opposition à l' Ordre universel édicté par une minorité est ainsi condamnée à se radicaliser. La réplique va au terrorisme, aux milices, aux chefs de bande qui tracent dans le sang les contours de leur territoires et permettent à d' autres d' en profiter pour justifier une répression accrue.

Obsédés par l' édification d' un monde qui leur ressemble, les "Ingérants" optent dès lors pour sa reproduction absolue, parfaitement indifférente aux questions posées par les réalités sociologiques. Ainsi pour les Touaregs. Ainsi avec les communautés d' Afrique centrale. "Fallait-il donc laisser les salafistes prendre Bamako, ou les habitants de Bangui s' entretuer ?" demandent les esprits robustes. Non. Mais pas laisser non plus l' ex-colonisateur intervenir seul, directement, béni par Obama, abandonné par les Européens. L' oeil braqué sur l' uranium du Niger voisin, et des soldats français faisant le pire boulot dans l' ingratitude générale.

N' est-il point temps d' en finir avec ces zones réservées, ces " accords de défense" et ces "mandats d' ingérence" qui n' abusent personne, ces élections truquées, ces gouvernements fantoches, cette absence de perspective durable rappelant l' époque de la décolonisation manquée, le tout sous couleur d' instauration sine die de la "démocratie"?

Calquant, répétons-le, un modèle exogène lui-même en crise, les Etats-nations des anciens Empires européens, souvent éloignés du peuple par une oligarchie assimilée et corrompue, prétendent forger une conscience patriotique avec le cirque électoral présenté comme la panacée. Ils ne peuvent tabler que sur l' allégeance clientéliste des citoyens, qui ne saurait contrebalancer la vigueur de traditions communautaires religieuses et culturelles échappant à la logique étatique occidentale. Un Etat africain viable renvoie en priorité aux structures fondamentales des sociétés africaines, remarque qui vaut également pour les politiques d' intégration de certaines populations immigrées. Partir aujourd' hui d' autres bases ne semble qu' une mauvaise utopie.

Publié dans politique

Commenter cet article