La Société sans Etat est-elle concevable?

Publié le par memoire-et-societe

Jamais peut-être les Etats, tous régimes confondus,n' ont autant dominé et régi la vie des peuples qu' aujourd'hui : c' est vrai pour les USA comme pour la Chine, pour les Nations européennes comme pour les Pays émergents. En effet, malgré les apparences, la Puissance financière mondiale a besoin de fragmentation politique (et dès lors de guerres, ajoutait Jaurès) pour asseoir son règne. Il peut donc sembler paradoxal d' oser évoquer l' effacement de l' Etat, même s'il ne s' agit que d' un processus progressif de récupération de sa souveraineté par l' individu.

L' abolition des frontières, la substitution aux sociétés gouvernées de sociétés administrées (première version du marxisme), la suppression des classes, hantent cependant les luttes idéologiques et le débat politique depuis le XVIIIème siècle : le projet théorique de désaliénation citoyenne a le même âge que le capitalisme et l' industrialisation.

Tour à tour, "Enragés" et "Egaux" sous la Révolution française, Socialistes dits utopiques, Anarcho-syndicalistes, Marxistes "conseillistes" et Libertaires soixante huitards, ont plaidé le "dépérissement" de l' Etat au profit de formes diverses et graduelles de démocratie directe. Le socialisme coopératif de Fourier, le fédéralisme de Proudhon, le collectivisme anticapitaliste des fondateurs de la CGT, le communisme des Conseils, réplique au Parti-Etat de type léniniste, le mouvement anarchiste par définition, le courant de "Critique sociale" incarné par l' Ecole de Francfort et les Situationnistes, tous ont mis en accusation la structure étatique - "monstre froid" fichant les citoyens et contrôlant en permanence leur comportement- en tant qu' unique pivot des sociétés contemporaines.

Le problème peut se poser alors de la pérennité quotidiennement consolidée d' un système au service en réalité de l' oligarchie financière, donc la question d'une déconstruction de l' Etat bourgeois. A l' ère du gigantisme policier (drones, NSA, satellites de surveillance) et de la désaffection croissante des électeurs, le moment semble venir d' une alternative à la pression de pouvoirs de plus en plus voraces, clivants et, sous leur discours démocratique formel, autoritaires et contraignants. Voilà qui suppose sans doute un vaste chantier de réflexions simultanées et, dans les faits, une série d' adaptations transitoires et de paliers spécifiques.

Où demeure en tout cas l' évidence du besoin d' un modèle social rongé par le gaspillage, la démagogie et la corruption de la majorité de sa classe politique? L' utopie, si c' en est une que d' appeler à une mutation du rapport gouvernants-gouvernés, ne parait menaçante qu' à ceux qui visent autre chose que l' intérêt général.

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