La vie douloureuse de Nâzim Hikmet

Publié le par memoire-et-societe

De la Turquie contemporaine, l' Européen possède en général deux images : celle d' un pays d' émigration, celle d' une destination touristique vantée par les Agences de voyage. C' est à la fois réducteur et dépassé. La Turquie est en train de rejoindre à grandes enjambées le groupe des économies émergentes.
Avant d' en arriver là, elle a subi le démembrement de son Empire à l' issue de la 1ère guerre mondiale où elle était alliée de l' Allemagne, instauré une République laïque sous la conduite de Mustapha Kémal, enfin connu une longue période de dictature protégée par son intégration à la stratégie américaine de guerre froide.

Petit-fils d' un ancien gouverneur de Salonique du côté paternel et d' un officier proche des Jeunes-Turcs du côté maternel, Nâzim Hikmet, né en 1901, est considéré comme une sorte de Victor Hugo local. De haute taille, "géant aux yeux bleus ", clair de cheveux, il pouvait passer pour Germain. Après des études au lycée français d' Istanbul et sa participation à la guerre d' Indépendance turque en 1920, il part étudier la sociologie à Moscou où l' attire surtout la situation révolutionnaire. Il en revient 7 ans plus tard, gagné au communisme.

Chez lui, il écrit, des poèmes, des pièces, des articles, échappe à deux tentatives d' assassinat, est arrêté et condamné à mort, puis gracié, à peine libre trois ans avant de faire l' objet en 1938 d' une peine de 28 ans de réclusion pour "menées anti-nazies ". Il ne recouvre la liberté qu' à 50 ans, cardiaque mais requis pour le service militaire... Il entame une grève de la faim, soutenu par un mouvement international de solidarité comprenant Sartre et Picasso, s' enfuit, se fait naturaliser polonais et meurt en exil à Moscou en 1963.

En 2009, 46 ans plus tard, le gouvernement d' Ankara, sous la pression de sa propre opinion publique, et considérant que , somme toute, ses "crimes " ( marxisme) n' étaient "plus d' actualité", lui a rendu sa citoyenneté à titre posthume. Geste sans doute non étranger aux garanties démocratiques nécessaires à une demande d' adhésion à la Communauté Européenne.

Hikmet, traduit en une soixantaine de langues, a été dès les années 30, le rénovateur de la poésie turque, y introduisant notamment le vers libre. Ecrits pour la plupart dans sa cellule et interdits à la publication, ses textes paraissaient en revue sous divers pseudonymes. En ce jour d' hommage, quelque peu confusionniste et récupérateur, à Nelson Mandela, victime parallèle de l' intolérance, il semble juste d' avoir une pensée pour tous ceux qui souffrent ou ont souffert de répression. Mandela lui-même, on omet volontiers de le rappeler, s' est engagé dans l' action sur des idées clairement communisantes...

" Etre captif, là n' est pas la question , déclarait Nâzim Hikmet, il s' agit de ne pas se rendre".

A lire : "Il neige la nuit " (Gallimard)

"Un étrange voyage " ( Maspéro )

" C' est un dur métier que l' exil " ( Le Temps des cerises )

Publié dans littérature

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