France : la redistribution démographique

Publié le par memoire-et-societe

Une évolution lente, amorcée cependant depuis la fin des " Trente glorieuses" et le premier choc pétrolier (1974), s' affirme en France, à savoir le transfert régulier de populations du nord et de l' est vers l' ouest et le sud. A ce phénomène connu, plusieurs raisons :

- le déclin ou la disparition d' industries anciennes (mines, textile, métallurgie) suscitant un chômage de masse et une précarité chronique

- l' implantation et le développement des nouvelles technologies ( aéronautique,informatique recherches) de préférence dans les zones méridionale

- le choix d' une autre qualité de vie ( régions ensoleillées pour des retraités en nombre croissant, maritimes pour les multiples amateurs d' activités aquatiques, semi rurales pour des classes moyennes à qui le prix d' une maison individuelle rend inaccessible le centre-ville)

La modernisation des métropoles régionales offre désormais des conditions d' existence proches de, voire comparables à, celles qui justifiaient auparavant l' attrait de la capitale. Des villes comme Lyon, Nice, Aix en Provence, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Lille, bénéficient d' une forte croissance démographique compensant l' abandon de départements entiers.

Le schéma est clair. Tracez deux lignes : l' une de Lille à Bordeaux, l' autre de Bordeaux au Léman. En gros, tout ce qui est à gauche de la première et au-dessous de la seconde est en train de drainer ce qui, à droite et au-dessus, se dépeuple doucement.

Reste le cas de Paris. Cas de plus en plus particulier. Paris dit "intra muros" se confirme et se maintient comme pôle culturel,économique et touristique du monde occidental, à l' instar de New York, Berlin ou Londres. Le coût du mètre carré y est vertigineux, la population métissée et le luxe insolent, en dépit du glissement de la richesse vers l' Asie.

Aussi le nombre de Parisiens stricto sensu, qui a tendance à stagner autour de 2 millions 300.000 habitants, se limite-t-il de plus en plus à des catégories précises : riches étrangers, souvent investisseurs non résidents permanents, retraités autochtones aisés ou héritiers de patrimoine immobilier, élites politiques, administratives, intellectuelles et artistiques. C' est le "Paris-musée" qu' auréole une agglomération banlieusarde de 10 millions d' âmes, au service, peu ou prou, d' oisifs privilégiés : travailleurs pauvres et intérimaires, dont un contingent non négligeable d' immigrés sans formation, clandestins ou pas, salariés moyens tenus à distance par la crise du logement et guidés vers des "villages-dortoirs" périphériques dépendant de moyens de transport incertains.

De ce tableau peut ressortir que dorénavant novation et création penchent vers l' exode régional ( sinon carrément vers l' exil), dans une relation où le "provincial" cesse d' être " décalé" et le jacobin censé tout déterminer. La décentralisation psychologique aussi est en marche. C' est pourquoi la nécessité de revoir le fameux "mille-feuilles" ruineux et superflu devient impérieuse. Quitte à bousculer quelques situations acquises. Les Régions ont à assumer leur espace légitime en fonction d' un ajustement concerté. C est important pour le bon équilibre de l' ensemble national et la résurrection d' un "désert français" qui a engendré, dans des zones autrefois laborieuses, des cités sans entreprise, des campagnes sans agriculteur et des bourgs sans gare ni école.

L' intercommunalité couvre une ou deux stations de RER. Le département, calculait-on, équivaut à une journée de cheval. Mais on ne circule plus à cheval depuis bien longtemps...

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