Qui va croire qu' au Mali tout est règlé?

Publié le par memoire-et-societe

Il fallait être bien naïf pour croire nos gouvernants quand ils affirmaient, il n'y a pas si longtemps, que l' opération Serval avait permis de chasser les jihadistes du Mali et annonçaient une réduction du contingent de 4.500 hommes, seule force occidentale sur le terrain. En vérité, la France reste clouée sur place, ni les Européens, présents en Afghanistan, ni les Africains, sauf les Tchadiens et la faible armée locale, ne coopérant au maintien du pouvoir légal.

Cameron, eurosceptique et conservateur, n' entend s' engager que dans un cadre atlantique, donc avec l' aval des Etats-Unis, comme en Libye, ou quand sont en cause les intérêts du Commonwealth. L' Allemagne, elle, répugne à toute participation militaire, surtout dans une affaire qui ne lui semble pas dénuée de relent néo-colonial. Le Mali relève du fameux "pré carré" : que Paris se débrouille, l' Europe n' est pas dans le coup! Quant aux Etats africains voisins, aucun n' est très chaud pour venir guerroyer aux côtés de l' ancien colonisateur contre des musulmans continentaux.

Nul besoin par ailleurs d' avoir fait Saint-Cyr pour comprendre que l' adversaire, inférieur en moyens aériens ( déterminants en zone désertique) a opté pour un harcèlement permanent combinant coups de main éclair, guerrilla urbaine, attentats de kamikazes et enlèvements d' otages, en fonction de la présence ou de l' éloignement des forces étrangères. La nature de la seconde opération militaire française dans le nord Mali, intitulée "Hydre", montre qui, ici, est le chat, et qui la souris.

Les islamistes ont en effet pour eux, d' une part un territoire immense et familier doté de caches naturelles (grottes, massifs montagneux) et bordé de frontières plus théoriques que réelles, où les populations sont leurs complices à travers de séculaires réseaux de solidarité ou d' indémêlables alliances familiales, tribales et ethniques, d' autre part une réserve locale de supplétifs, paisibles villageois le jour et terroristes la nuit, qui permettent à tous de se sentir, selon la formule éprouvée, " comme des poissons dans l'eau ". De plus, l' argent tiré du narco-trafic contribue à secourir matériellement les plus déshérités, ce qui accroit l' influence et le prestige des combattants de la " guerre sainte ". Proximité, popularité, deux atouts contre lesquels blindés et hélicoptères d' assaut ne peuvent pas grand chose.

Telle est la sévérité des faits. Le reste relève de la méthode Coué. Mais cette guerre est - elle seulement française, et ne se bat-on dans la région que pour Areva? L' enjeu n' est- il pas, au-delà de Kidal et de Gao, la zone névralgique, totalement islamisée, qui, à cheval sur le Sahel, s' étend du Maghreb à l' Afrique centrale? L' isolement diplomatico-militaire de Paris, que nous évoquions clairement dès janvier dernier (article " Mali attention! " du 24.01 ) ne peut durer éternellement pour d' évidentes raisons budgétaires, et parce que l' opinion, même si l' on parvient à éviter la casse, sollicitée par des questions sociales majeures, risque de se lasser, peu avant plusieurs consultations électorales, de cette charge supplémentaire.

Comme Washington ne souhaite pas renouveler ses malheureuses expériences irakienne et afghane, le retrait occidental ouvrira, il ne faut pas le cacher, la voie aux salafistes, de Dakar à Djibouti.

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