Le double propos de Jack London

Publié le par memoire-et-societe

Je lis Jack London depuis l' enfance. D' abord "Croc blanc" et "Michaël, chien de cirque ", dans la "Bibliothèque verte", collection Hachette pour la jeunesse. Mes premières lectures, avec "Sans famille" d' Hector Malot, et "Le Dernier des Mohicans" de Fenimore Cooper. Les Allemands ont tout pris quand ils ont occupé notre maison, et qu' avec mes parents nous nous cachions dans Paris. Jack London reste donc pour moi une sorte de résistant-déporté, ce qui lui sied parfaitement.

L' aurais-je autrement ainsi apprécié? A coup sûr. J' avais déjà avant ce vol relu "Croc blanc", histoire d' un chien-loup (animal hybride et symbolique qu' affectionne l' auteur) qui, de maître en maître, raconte une expérience des hommes derrière laquelle transparait, alors à mon insu, celle de London lui- même.

L'écrivain californien a initié la tradition des conteurs ivrognes, bagarreurs et bourlingueurs un peu mythomanes, qu' ont ensuite entretenue Cendrars et Cravan, Hemingway, Kérouac ou Kessel. Les amis des "Editions Libertalia" viennent de republier, après "Un steak" et "Grève générale!", une autre nouvelle "Construire un feu". Fidèle hommage à un homme qu' identifiaient son généreux appétit de vie et de mouvement, son insatiable curiosité des autres, une sensibilité d' écolo visionnaire et une exigence de liberté universelle, réunis en une existence somme toute assez courte (50 ans).

Confronté aux multiples galères qu' imagine ce monde, London n' a cessé de rebondir en changeant perpétuellement de lieu et de condition : ouvrier dès 14 ans, puis naturellement au chômage, pilleur d' huitres en Californie, chasseur de phoques dans le détroit de Behring, routard, agitateur, étudiant sans le sou, marin, chercheur d'or au Klondike, reporter tous azimuts,et grand lecteur d' Hugo, Marx, Nietzche, Eugène Süe, Spencer.

Son choix du socialisme découle de cette connaissance des réalités humaines. Mort en 1916, à un an près il aurait sans doute rallié avec enthousiasme la Révolution d' octobre dont le stalinisme, forcément, n' aurait pas tardé à l' éloigner. Son engagement n' était pas une attitude d' intellectuel : London était un révolutionnaire de terrain, ayant affronté la souffrance prolétarienne et les injustices de classe.
Quand il a jugé le "Socialist Labor Party" inféodé au réformisme, il l' a quitté : la lente et palpitante disparition que narre "Construire un feu" ( dans sa version de 1906) est une parabole. Elle porte en elle non seulement le récit, avec une précision chirurgicale, d' une impitoyable agonie, mais encore la dénonciation implicite de la lutte solitaire, et l' incitation à la solidarité des faibles contre la Domination (représentée ici par les Eléments). Dans sa prose lisse et efficace, London écrit à un double niveau : celui de l' éblouissement du vivant, et celui d' une quête intransigeante de la plus fraternelle liberté.

Publié dans littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

costa janine 28/04/2014 21:07

j'ai beaucoup aimer, tous ces livres que j'ai eu en cadeaux de noel , à l'époque. nous étions heureux de lire ce qui permetde s'évader , des douleurs de la guerre , les jeunes ne lisent pas assez , ils écrivent des textos avec des fautes d'orthographes pour correspondre avec leurs portables. ceci est mon humble avis.