Tout dépend malgré tout sur quoi on fonde un bilan

Publié le par memoire-et-societe

Certes, la société française rencontre des difficultés qu' on ne peut toutes attribuer à la mondialisation.On connait cependant pire sans chercher loin ni avoir besoin, pour se consoler, de se rabattre sur les domaines qu' on nous concède encore,les châteaux et la cuisine, sélection déjà retenue sous l' occupation quand le pays était voué à devenir le grenier à mil et le club Med' du Reich.

Je veux cependant évoquer un bilan d' un tout autre ordre : celui de la littérature moderne française et francophone, qui m' éblouit. Non forcément par la personnalité de ses auteurs, mais par les oeuvres que la période en question a engendrées.

Il n' y a pas d' écrivain(e) dont je puisse dire que tout ce qu' il ou elle a créé m' a subjugué. Quel dommage que Céline ait pondu deux brûlots antisémites inacceptables, autrement je lui aurais tout acheté! "L' Etranger" est un chef d' oeuvre (pas "L' Homme révolté"). Mais aussi "Un amour de Swann", "La Nausée" et "Les Conquérants" ou, avant eux,"Le Neveu de Rameau", "Adolphe", et, bien sûr, "Les liaisons dangereuses", "Le Rouge et le Noir", "Germinal", "Le Feu", "Les Déracinés".

Des textes donc, avant les noms.D' auteurs peu connus ou passés de mode : Reverzy, Margerit, Mac Orlan, Genevoix, Guéhenno, Duhamel, Guilloux, voire Giono,que le cinéma tire régulièrement de l' oubli. Des titres incontestables: "Les lettres persanes" et "Les Grands cimetières sous la lune", "Les Confessions" et "Cahier d' un retour au pays natal", " Le Grand Maulnes" et "Madame Bovary", "La ronde de nuit" et "Au bonheur des Dames", "Mémoires d' outre-tombe" et "Lettres d' hivernage", "Les Caractères" et "Monsieur Plume", "La Princesse de Clèves" et "Traité du style". Ces défilés, qui ignorent les poètes et les essayistes, m' étourdissent. Tous ces univers accumulés désarment. On en omet toujours, dont quelque chose a pourtant marqué: Vigny, Maupassant,Bloy, Gide, Mauriac, Simenon, plus humblement Bourgeade,etc. Constellations...

Il n' est de jour qu' on n' entende parler d' effacement et de déclin de la France. Ringarde, sclérosée, c' est le refrain. Perte de compétitivité (donc chômage), manque de clairvoyance (d' où surcharge fiscale), dégradation du lien social (boostant la délinquance), c' est le diagnostic récurrent. Les jeunes, quand ils ne se suicident pas comme de simples paysans, s' expatrient. Les entrepreneurs prennent le large, la dette de l' Etat est abyssale, le rang du pays des Droits de l' Homme ne cesse de reculer, c' est le lamento de l' Hexagone.

Tout dépend aussi sur quoi on fonde un bilan.

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