Pourquoi l' Allemagne

Publié le par memoire-et-societe

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Dans quelques mois sera célébré le centenaire de la première Guerre mondiale, sinistre boucherie où la France a laissé toute une génération et une substance qui, 20 ans plus tard, lui a fait dramatiquement défaut.

Son bourreau? une Allemagne vaincue qui refusait la défaite, et que l' humiliation a conduite vers une dictature raciste que l' Histoire a condamnée. L' Allemagne a très durement payé sa seconde défaite, et, en 1945, les deux adversaires, ivres de deuils et de ruines, se retrouvaient groggy. Pour ces composantes majeures du continent, l' heure du nationalisme aveugle était révolue. De chaque côté du Rhin germait au contraire la conviction d' une complémentarité. Quelque temps après, le Traité de Rome (1957) scellait la réconciliation et un solide partenariat.

Il n' y avait d' ailleurs pas trop le choix. La France était, est encore, le voisin terrestre le plus important d' une Allemagne qui a besoin d' ouverture sur les aires atlantique et méditerranéenne. Le sens de l' organisation et le souci du collectif de cette dernière, associés à la créativité et à la faculté d' improvisation de la première, constituaient la meilleure chance de réussite pour l' Europe de l' ouest confrontée à un monde en pleine mutation. Après 75 années d' âpres combats faits de fascination-répulsion réciproque, après les tranchées et les camps, chacun réalisait qu' il ne pouvait trouver d' allié plus conséquent.

Cette histoire commune est en effet une étrange addition de contrastes et de convergences. A une France centralisée depuis Clovis (Vèmè siècle) correspond une Allemagne devenue Etat-nation de type fédéral en 1871 (dans la galerie des Glaces du château de Versailles). L' influence française était forte outre-rhin depuis la révocation de l' édit de Nantes (1685). 40.000 huguenots, venus de La Rochelle et surtout de Metz, s' étaient alors réfugiés dans les terres luthériennes. 15.000 avaient contribué à "refonder" Berlin, médiocre bourgade de 6.000 âmes, dont ils ont résolument stimulé l' activité économique et développé les établissements d' enseignement. En 1700, 20% de la population était française. A la Cour prussienne de Frédéric-Guillaume, puis de celle de Frédéric II, où Voltaire a séjourné trois ans, s' était constituée une aristocratique colonie de langue et de culture françaises dont la descendance est représentée, aujourd' hui encore, par le ministre de la Défense de la République Fédérale, Thomas de Maizière.

Beaucoup d' intellectuels allemands, dont Kant, se sont passionnés pour la Révolution de 1789. Par la suite, malgré les guerres napoléoniennes, les échanges artistiques n' ont jamais cessé , les Allemands (et les Autrichiens) se distinguant en musique (romantisme), les Français en peinture (impressionnisme). Le marxisme a pénétré le mouvement révolutionnaire, l' existentialisme et la psychanalyse les milieux universitaires. Au plus fort de la guerre de 1914, les avant-gardes, politique ( socialistes et pacifistes) et artistique (dadaïstes), ont maintenu des contacts en Suisse. Durant la décennie des années 1920-1930, Paris et Berlin ont été les foyers et les laboratoires d' une vraie renaissance culturelle : Expressionnisme, Bauhaus d' un côté, Art déco, Surréalisme d' un autre, Gropius, Klee, Heidegger par ici, Matisse, Breton, René Clair par là, mettant en relief la porosité qu' une exposition intitulée "Paris-Berlin" (1900-1933), au Centre Pompidou, a consacrée en 1978. Nombre de peintre allemands (Ernst,Hartung, Wols, Bellmer) se sont installés à Paris dès l' arrivée au pouvoir des Nazis qui les qualifiaient de "dégénérés".

Depuis lors, l' évidence n' a pas diminué: quelle meilleure voie qu'une progressive intégration franco-allemande, une harmonisation concertée des politiques publiques (fiscale, bancaire, sociale, linguistique, pédagogique, militaire, scientifique, industrielle, etc.)? que davantage d' initiatives conjointes telles la chaîne de télévision Arte ou l' Office Franco-Allemand pour la Jeunesse? Déjà, les jeunes Français ont banni le mot "boche" de leur vocabulaire. La proximité continue des présidents et des chanceliers depuis de Gaulle-Adenauer est une référence qu'ont symbolisée et concrétisée à la fois Kohl et Mitterrand à Verdun, Hollande et Joachim Gauck à Oradour. Les opinions semblent ainsi mûres pour pousser plus loin cette construction, car elles constatent qu' en ce moment même, dans la jungle de la mondialisation, se joue l' avenir européen.

Pourquoi l' Allemagne? Parce c' est dans la logique géographique, historique et culturelle, et dans la perspective d' une paix durable entre deux peuples contigus qui se sont faits trop de mal au profit des trusts et des marchands de canons.

Publié dans histoire

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