Les lignes ont l' air de bouger (Moyen Orient)

Publié le par memoire-et-societe

es

Une série de faits autorisent un début d' optimisme au bénéfice d' une diminution de la tension régnant au Moyen Orient depuis des décennies.

La désescalade politique de la crise syrienne à l' issue de négociations américano-russes positives sur le déstockage des armes chimiques détenues par Damas, l' accès au pouvoir d' un président de le République plus enclin au dialogue en Iran, le désaveu de la menace terroriste salafiste, autorisent la diplomatie à se faire désormais mieux entendre.

De l' affaire syrienne, Poutine sort sans conteste le principal vainqueur. Assad demeure, et Moscou sauve sa fenêtre sur la Méditerranée. Obama s' est-il battu ? on retire l' impression qu' à trois ans du terme de son dernier mandat, le président américain s' est promis de laisser à son successeur un dossier "propre" sur le sujet. Cela pour deux raisons aisément compréhensibles: d' une part les U.S.A, exploitation des gaz de schiste aidant, vont non seulement atteindre l' indépendance énergétique mais devenir premier producteur mondial, d' autre part l' opinion publique intérieure est maintenant lasse d' expéditions militaires tous azimuts qui se soldent par des échecs onéreux, du Vietnam à la Somalie, l' Irak ou l' Afghanistan, et elle penche vers un isolationnisme qui la rend plus indifférente à des conflits ne lui ayant valu que des déboires, y compris sur son sol( 11 septembre).

L' Américain moyen, quand il s' intéresse au reste de la planète, tourne en priorité les yeux vers la Chine et l' Asie, qui s' affirment des rivaux et créanciers sérieux. Celles- ci annoncent en effet le retour vers un monde multipolaire, et avec l' effacement de l' hyperpuissance, la fin du monopole du dollar comme unique monnaie d' échange. L' ombre tenace du " shut down", sous forme de dépôt de bilan fédéral, encourage en outre la résistance de certains membres de l' Union à la régulation de l' économie, la restriction du commerce des armes, l' extension d' une couverture médicale aux plus nécessiteux, et souligne a contrario leur faveur pour l' interdiction de l' avortement, le maintien de la peine de mort , voire, de façon globale, l' opposition au pouvoir de Washington. Des minorités ultraconservatrices comme le Tea Party, dont les 32 Représentants ont fait trembler le système il y a peu,révèlent qu' au sein des U.S.A aussi se passe quelque chose.

Dans ce contexte, l' irruption sur la scène en août dernier d' un nouveau président iranien, Hassan Rohani, en remplacement de Mahmoud Ahmadinejad, n' est pas neutre. Son action modératrice sur Assad, parallèle à celle de Poutine, est une indication. Son entretien téléphonique avec le président américain, le premier entre dirigeants des deux pays depuis 33 ans, une confirmation. Le " changement de ton" de Washington pourrait inciter l' Iran à reprendre la place qui lui revient dans la communauté internationale, ce qui serait un incontestable gage pour la paix, et une occasion d' ouverture pour la société iranienne.

Enfin, l' unanimité contre lui qu' est en train de faire, de l' Afrique de l' ouest à la Turquie, le salafisme, ne peut que faciliter la recherche d'une solution qui, en isolant les djihadistes, rapproche l' ensemble de leurs adversaires.

Le seul à qui ces diverses évolutions ne sourient guère est, logiquement, le premier ministre israëlien Nétanyahou, qui a besoin, pour justifier sa politique, de l' instabilité régionale et de la division du monde arabe. Le manque d' enthousiasme d' Obama pour ce bellicisme, la fermeté de Poutine, les signes conciliateurs de Rohani, rien de tout cela ne l' arrange, ni lui ni, ici et là, les lobbys qui finiront peut- être par mesurer l' étendue des dommages que cause à Israël lui-même le choix d' une illégalité désavouée par la très large majorité des Nations-Unies.

Publié dans actualité

Commenter cet article