Du droit d' espionner les amis

Publié le par memoire-et-societe

Je pense depuis longtemps que les Etats-Unis d' Amérique ne sont pas effectivement une démocratie. Construite sur un génocide et un esclavage indissociables de son accès à l'' indépendance, cette société est aujourd'hui une sorte de théocratie implicite ( "in God we trust", affirme le dollar) qui se prend pour la référence admirée d' un monde forcément envieux. Les faits démentent cette prétention. On brûle chaque jour, ici ou là, des drapeaux américains.

Il y a peu de temps, la droite ultraconservatrice du Congrès a failli mettre l' Etat fédéral en cessation de paiement (shut down). Trente deux représentants du "Tea party" menaçaient, en refusant le vote du budget, de faire basculer le pouvoir et de perturber toutes les Economies nationales pour empêcher l' application d' une loi sur l' assurance-maladie obligatoire ( "Obamacare") qui concerne 40 millions d' Américains sans couverture médicale. Le colosse a des pieds d' argile.

Par le biais de cette histoire, qui n' est d' ailleurs pas définitivement enterrée, remonte à la surface un problème récurrent : le maintien du statut privilégié du dollar datant des accords de Bretton Woods en 1944, quand on sait que le billet vert a plongé de 98% depuis le début des années 70. Détail qui n' a apparemment jamais inquiété les autorités d' outre-atlantique. "Le dollar est notre devise et votre problème", résumait en 1971 le Secrétaire au Trésor, John Connolly. Autrement dit, aux autres de garantir nos déficits.

Les choses cependant ne s' arrêtent pas à cette aimable arnaque, évaluée par nos ex libérateurs comme une juste rétribution de leurs efforts pour nous épargner la dictature : hitlérienne certes, mais aussi communiste. Sinon l' Armée rouge arrivait à Brest, estiment-ils volontiers.

Aujourd'hui il ne s' agit plus de leur conception singulière du libre échange (" tu baisses tes droits de douane et je protège les miens" ), ou de la totale osmose entre Entreprises US et Etat US dans le cadre de la mondialisation... Il s'agit de ce qu'on peut appeler, sans antiaméricanisme excessif, une agression immatérielle généralisée, dénoncée par l' ancien président Jimmy Carter, même si les protestations qu' elle provoque font, parait-il, plier de rire la presse de ,New York et de Washington, la seule du pays qui s'intéresse un peu à pareille anecdote : un ancien informaticien de la " National Security Agency ", Edward Snowden, a décidé de balancer, preuves à l' appui, l' existence d' un réseau de cyberespionnage anglo-saxon par câbles sous-marins . Lequel regroupe par hasard les "five eyes"- USA, Angleterre bien sûr, Canada, Australie et Nouvelle Zélande, membres du Commonwealth - et comporte plusieurs programmes de captage : PRISM, XKeyscore, Tempora. Son action, qui couvre la planète, concerne, autant que les menées terroristes, toute information publique et privée .

Vague réaction de la Maison Blanche : " Tout le monde espionne tout le monde, on ne va pas se fâcher pour ça ". Autrement dit : l' espionnage est notre coutume et votre problème.

Cinquante cinq pour cent des compatriotes de l' informaticien en question le considèrent, selon une formule délicieuse, comme un " lanceur d' alerte". Les autres, simplement comme un "traitre". Snowden, s' il rentre, risque sa peau. Cohn-Bendit suggère de lui attribuer le Prix Sakharov, du nom du célèbre dissident soviétique. Pour Mélanchon, c' est un "héros" à qui la France devrait offrir refuge. Mais Poutine le couve. La chancelière Merkel n' a guère goûté que Grandes Oreilles consacre du temps à écouter ses conversations perso, et Fabius a, fort discrètement, confirmé à John Kerry qu' Hollande n' était pas content. Nétanyahou se tait (et pour cause).

Dans tout ça, la novation est la divulgation, pour une fois, d' écoutes classées "top secret". Il y a belle lurette que les "Services" savaient. Mais à ce point là ... Quant à l' auteur de ces lignes, il se plait à songer que, quelque part dans le Maryland, ce qu' il est en train d' écrire sera stocké, avec des milliards de messages de toutes sortes, dans les armoires électroniques géantes de Big Brother. Salut, old chap !

Ainsi va l' Hyperpuissance, de dieu au renseignement et au racisme anti-Obama ... Alors, farce entre amis ou liberté surveillée?

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