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SUR L' ELITISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' élitisme connait décidément en France un curieux destin. Après avoir symbolisé le progrès, par la substitution à l' élitisme aristocratique fondé sur la naissance d' un élitisme bourgeois puis petit-bourgeois basé sur le mérite, le voici de plus en plus remis en question au nom du lien social et de l' égalité citoyenne.

L' existence d' une oligarchie coupée , à quelques exceptions près servant d' alibis, des couches populaires, fait l' objet de critiques multiples qui s' adressent en priorité au mode de reproduction de la classe dirigeante, responsable d' une évidente fracture socio-culturelle.

L' illustration spectaculaire de la situation est fournie par le recrutement des "Grandes Ecoles", sorte de garantie offerte aux jeunes issus de milieux favorisés dans la répartition des postes de pouvoir politiques (Grands Corps de l' Etat), économiques ( Banques,Entreprises du CAC 40) et médiatiques (Groupes de Presse). S'en dégagent un entre-soi et une unité de vue qui semblent peu conformes à l' exercice démocratique.

Un tel élitisme transparaît également au niveau des pratiques culturelles. Il cristallise, en dépit d'une facilité accrue d' accès aux musées et de la multiplication de festivals, des groupes sociaux souvent étrangers les uns aux autres dans le choix de leurs loisirs et de leur éducation artistique. L' élite voit-elle un inconvénient à cet apartheid? Il l' enferme en la flattant .

De façon générale, l' élite d' aujourd'hui, ouverte quant aux choix partisans légalistes (la social-démocratie diplômée y est la bienvenue), mais rigide sur les privilèges de classe liés à la domination  intellectuelle, est, par nature, l' alliée de la Finance. Il n' est pour s' en convaincre qu' à se référer au dîner mensuel du "Siècle" , club créé il y a une vingtaine d' années où se mêlent parlementaires, banquiers, hauts fonctionnaires et éditocrates non communistes et non lepénistes. Rien d' un rendez-vous snob ou bobo. On est là pour cerner calmement les "orientations" qui, en marge des assemblées élues, des instances communautaires et des conférences internationales, sauront conserver et protéger l' Ordre social. Au fond, rien de très neuf.

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SUR LE "DECLINISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' annonce de la décomposition d' une France chargée de plus de mille ans d' Histoire est à la mode dans une certaine intelligentsia. Un écrivain comme Houellebecq, un journaliste comme Zemmour, un philosophe comme Onfray, un économiste comme Baverez, produits médiatisés de la culture hexagonale, proclament en choeur que c' en est fini du pays obsolète de Clovis, Jeanne d' Arc, Louis XIV, Napoléon, Clémenceau et de Gaulle.

Les Français les lisent en faisant la part des choses: d' un côté un opportunisme provocateur (et rémunérateur) saisissant l' aubaine d' une situation confuse, de l' autre les difficultés d' une vieille nation pour s' articuler avec. la mondialisation et la justice sociale.

Si le "déclin" consiste à comparer le pouvoir du Roi Soleil avec celui de Macron quatre siècles plus tard, on sombre dans le ridicule. La France était, au XVIIème siècle, et de loin, le pays le plus peuplé d' Europe, le reste du monde demeurant pratiquement inconnu de la civilisation judéo-chrétienne. La langue française était, comme l' a souligné Rivarol, d' usage dans tous les milieux "évolués", plus influente alors que ne l' est aujourd'hui l' anglais commercial. L' émergence économique de nouveaux continents a rebattu les cartes : recul épisodique ou déclin mortel?

Cette redistribution géopolitique et démographique n' exonère pas pour autant la France des fautes et défaites accumulées, qui ont souvent contribué à la baisse de son audience : déroute de 1870, débâcle de 1940, instabilité institutionnelle chronique, échec de la décolonisation, stupide désindustrialisation, incapacité à juguler le chômage et la dette, pour ne prendre que quelques exemples. La France est mal gouvernée. La pagaille y semble congénitale.

Malgré tout, le pays continue de bénéficier d' un acquis particulier. D' abord d' une situation stratégique privilégiée entre Europe du nord et du sud, et sur le chemin de l' Europe à l' Amérique. D'une tradition agricole et de savoirs industriels de premier plan, d' une présence planétaire (second domaine maritime mondial, nombreux territoires ultramarins, siège au Conseil de sécurité de l' ONU, participation au G7), d' une enviable capacité diplomatique et nucléaire, d' un fort  rayonnement culturel et touristique, de chercheurs et ingénieurs appréciés.

Le sort de la France qui a connu les épidémies, les guerres de religion, les Révolutions, la saignée de 14-18, l' exode, l' occupation, maintenant le terrorisme, souffre en réalité moins d' une "crise de civilisation" récurrente ou de la taille de sa superficie que de son fonctionnement politique baroque, du conservatisme égoïste de ses élites et d' un système de classe qui démobilise une partie de son peuple. C' est là le point qui aurait dû inquiéter nos Cassandres patentés. Leur cri d' alarme reste du parisianisme.

 

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SUR LE NARCISSISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le vieillissement de la population occidentale est un fait d' observation. Il est, certes, d' abord dû aux progrès de l' hygiène, de la médecine et des conditions de vie. On peut toutefois ajouter à cela une donnée psychologique associée à la période : l' avancée de l' individualisme, effet du système libéral-marchand (le consumérisme en est l' une des manifestations : ah, l' ivresse du shopping capricieux !...), et, par là, d' un déficit sensible de la solidarité puis, a fortiori, de l' esprit de sacrifice.

Le narcissisme conservateur qui en découle, fruit d' une recherche d' identification dans des situations d' acculturation massive, s' accompagne à force d' une perte de l' empathie, voire d' une méfiance généralisée envers les autres. La hantise de la sécurité personnelle et familiale ( caméras video, raccordement à un organisme de surveillance, système d' alarme sophistiqué et onéreux) en témoigne: " Je me protège d' autant plus que je m' admire et me sens rare. Je me donne ainsi plus de chances de vieillir". CQFD.

Garantir une existence qu' on croit incomparable mais menacée, et se réfugier à cet effet dans le repli est aujourd' hui une pathologie que n' explique pas une simple peur. C' est pourquoi la question relève autant du responsable politique que du psychanalyste.

Le culte de soi, héritage du mythe de Narcisse tombé amoureux de son image reflétée dans l' eau, tel qu' énoncé par Ovide dans les "Métamorphoses", connait apparemment une actualité inédite. Il fait écho à plusieurs types de phénomènes socio-économiques contemporains et à une organisation sociale où les comportements relevant d'une logique autocentrée incarnent le "malaise de la modernité".

Ce néo narcissisme se répand en dessinant une spécificité particulière du souci de soi. Loin de se satisfaire de la domination du Moi, il se nourrit de fantasmes trahissant en vérité son impuissance fondamentale. La transmutation de la subjectivité qu' est en train d' opérer la mondialisation aboutit à une fragmentation croissante de la société humaine.

En résulte un isolement qui engendre, au milieu même de la foule, un moi appauvri et un ego surdimensionné. C' est ici que Narcisse nargue nos gouvernants : dans la détérioration sans entrave du lien social, base pourtant de toute vie en commun.

 

 

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SIX ANS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ce blog comptera six ans le 11 du mois prochain. Il rassemble aujourd'hui 383 chroniques touchant six domaines : société (83 ),actualité (80 ), politique (67), culture (62), histoire (46), littérature (45).

Le nombre de ses lecteurs mensuels a triplé, celui de ses URL doublé, alors que le travail de son rédacteur s' est trouvé ralenti pour plusieurs raisons (autres sollicitations d' écriture, hospitalisation de longue durée suite à un accident).

L' interminable période électorale française (pratiquement une année) a également pesé sur le rythme de production. Ce blog n' est pas un journal. Il n' entend pas coller aux péripéties de l' actualité politique, et moins encore électorale, ne se voulant le porte-voix d' aucun mouvement, parti, ou tendance. Dans cette phase de polémiques où les coups de théâtre et les proclamations contradictoires pleuvaient de toutes parts, il y avait apparemment peu place pour une forme d' expression relevant de notre style.

C' est pourquoi "Mémoire et société" s' est prioritairement intéressé aux opportunités culturelles (livres,expositions, spectacles). Le blog s' efforcera de poursuivre son chemin en ce sens, sans s' écarter pour autant des  questions de géopolitique qui promettent maints rebondissements dans les mois à venir.
Merci d' avance à celles et à ceux qui voudront bien entériner ces options et leur demeurer fidèles.  

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SUR LE MESSIANISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On va célébrer dans peu de semaines le centenaire de la Révolution soviétique. Le recul commence à permettre d' embrasser avec moins de passion - immense espérance pour les uns, haine inextinguible pour d' autres- les quelques journées de 1917 qui ont, comme l' a écrit le journaliste américain John Reed, "ébranlé le monde".

Au-delà du caractère scientifique qu' entendait conférer à ses travaux théoriques le philosophe Karl Marx, référent premier des révolutionnaires de Russie, on perçoit avec plus de netteté la nature messianique du message bolchévik : l' annonce de la fin du Capitalisme et l' avènement de la Société socialiste. Cela autorise à esquisser le rapprochement avec la fondation, dix neuf siècles plus tôt, du christianisme, et à établir une sorte d' audacieuse passerelle entre le penseur athée et Jésus, envoyé de Dieu, sinon entre Saint-Paul et Lénine.

Frisant la provocation, on notera que parmi les douze dirigeants qui ont décidé le déclenchement de l' insurrection de Saint-Pétersbourg figurait une majorité de Russes juifs, comme ce fut le cas, jusqu'aux procès staliniens des années 36-38, au sein du Politburo du Parti communiste, du Conseil des Commissaires du Peuple et de la Commission Extraordinaire ( la Tchéka, ancêtre du KGB).
Ces nouveaux apôtres sont-ils rattachables à l' un des éléments constitutifs du monothéisme, le messianisme tel que l' illustrent les prophètes de l' Ancien Testament? Des observateurs et historiens n' hésitent pas à  poser la question.

Autre point de comparaison : christianisme et bolchévisme ont tous deux vécu de sanglantes périodes d' intolérance et de violences : l' Inquisition par ici, le Goulag par là, la tyrannie de l' empereur Constantin ou la dictature de Joseph Staline.

L' Union soviétique s' est éteinte d' elle-même en 1991. Le Judéo-christianisme poursuit une longue et silencieuse décadence, entamée, selon Michel Onfray, dès la Renaissance et l' émergence de la pensée bourgeoise.
Le messianisme n' est plus d' actualité, ni en religion ni en politique. Les prophètes connus ont pris leur retraite. Seuls, quelques-uns de leurs épigones continuent de s' entretuer, par habitude, dans l' attente d' une hypothétique Victoire ou le souvenir douloureux d'un "Messager".

  

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"RAPHAËL DES FLEURS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Bonne idée que de présenter en ce printemps au "Musée parisien de la Vie romantique", dans le quartier même où est née la version française du mouvement, une exposition du maître de la Rose, Pierre-Joseph Redouté.
Artiste à l' embranchement du dessin et des sciences de la nature, Redouté, né en 1759 dans les Ardennes belges, arrive à Paris à 24 ans et y meurt à 81, après avoir traversé sans encombre une tumultueuse époque : la fin de l' Ancien Régime, la Révolution, l' Empire, la Restauration et une bonne partie de la Monarchie de Juillet.

Elève du Hollandais Van Spaendonck, il devient dès 1793 (l' année de la Terreur), responsable du département des vélins au Museum et l' illustrateur de nombreux ouvrages de botanique. Dès lors, on fait appel à son inspiration poétique et à sa technique rigoureuse : aux Manufactures de Sèvres et des Gobelins, au Musée des Beaux-Arts de Lyon comme au Château de la Malmaison. Il est bientôt le peintre floral attitré des "Grands", de l' impératrice Joséphine de Beauharnais à la reine Marie-Amélie et au roi Charles X qui lui remet les insignes de la Légion d' Honneur.

Spécialiste de l' aquarelle sur vélin, on le surnomme le "Raphaël des fleurs" en un temps où le goût des plantes exotiques rapportées par les botanistes de leurs explorations en Amérique du sud et en Australie fait fureur. On se dispute ses gouaches et ses gravures. Ses illustrations de recueils inspirent les céramistes, les peintres sur soie, les brodeurs, les concepteurs de papier peint, c' est-à-dire les acteurs d' arts appliqués et décoratifs qui viennent témoigner d' une société où le pouvoir des fleurs ne  fane jamais.

" L' iconographie végétale, affirme Redouté vers la fin de sa vie, n' est plus simplement un art du luxe." Il défend jusqu' au bout l' idée que ses "précieux modèles", les roses immortelles, doivent profiter à tous grâce aux outils qui peuvent rendre la Beauté accessible à chacun. Le message de Redouté n' est pas demeuré lettre morte: le pinceau et la machine poursuivent un fructueux dialogue. 

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CONTRIBUTION à l' HISTOIRE SOCIALE en FRANCE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ainsi va le mouvement populaire dans notre pays qu' il grandit, se scinde, décline, puis , tel le Sphinx, renaît de ses cendres et verdit à nouveau, engendrant au passage des " avancées" qui ne sont parfois qu' un rattrapage de mesures existant ailleurs, mais qu'un patronat local rétrograde a freinées par tous les moyens (il a été, de ce fait, toujours aisé de demander à un égoïsme aussi forcené pourquoi, selon lui, il y a des communistes, mais bon...) L' Allemagne de l' Empereur Guillaume II, où dominait la social-démocratie, était plus ouverte en matière de retraites ouvrières, d'hygiène d' entreprise et de sécurité maladie que la IIIème République française, où des dispositions identiques étaient immédiatement soupçonnées de "collectivisme" et annonciatrices de ruine générale. C' est seulement en 1936 (Front populaire) qu' ont été octroyés 15 jours de congé payé aux salariés (et en 1945 qu' a été accordé le droit de vote aux femmes.) Désolé, mais notre fameux modèle social n' est pas partout à l' avant-garde : syndicalisme anémique, paupérisation que ne compensent pas des aides en déclin, services publics en déficit alarmant, salaires féminins dévalorisés, pénibilité contestée, maladies et accidents du travail mal reconnus, emplois saisonniers peu réglementés, etc. Encore faut-il préciser que bien des conquêtes ont été historiquement précédées de grèves dures, voire accompagnées d' émeutes et de sanglantes répressions (1830, 1848, 1871, 1906 pour les principales). La lutte des classes en France n' a jamais été une légende. Même les "hussards noirs de la République", ces instituteurs issus des couches populaires, n' ont pu modifier en profondeur les mécanismes de reproduction des élites ni augmenter de façon concluante les occasions de mobilité sociale.

C' est donc un paradoxe relatif que de voir "la Gauche", terme qui en vérité se réfère plus au parlementarisme bourgeois qu' à la défense des intérêts prolétariens (un adjectif fleurant désormais l' archaïsme), que de voir, oui, la Gauche installée lessiver en moins de quarante ans le mouvement progressiste: Mitterrand, originaire du centre droit, a étranglé un parti communiste déjà discrédité par le système stalinien, Hollande, par son insuffisance, vidé de sa substance le Parti façonné par le même Mitterrand. Phénomène qui n' est sans doute pas étranger à un affaiblissement syndical simultané.

Sans remonter aux Jacobins et aux Girondins, aux Blanquistes et aux Proudhoniens, aux Sociaux-Démocrates et aux Anarcho-Syndicalistes, sans allusion à la dégénérescence mondiale des modèles dérivés (nationalistes et autoritaires, exotiques, planistes, religieux, césariens, libéralo-libertaires et autres), rappelons qu' il y a plus d'un siècle déjà, en 1905, les formations se réclamant du "socialisme" avaient réussi à fusionner en Section Française de l' Internationale Ouvrière (SFIO). Quinze ans plus tard, l' ensemble éclatait sous la pression d' un courant majoritaire rallié à la nouvelle Internationale Communiste. Plusieurs tentatives de réunification ont eu lieu entre les deux guerres puis à la Libération, entravées chaque fois par le stalinisme et la guerre froide, par dessus la tête de millions d' électeurs unitaires frustrés.

A l' intérieur même de la vieille SFIO, qu' avaient désertée les ouvriers, les microscissions se succédaient: "néo-socialistes" sur la droite, "parti socialiste ouvrier et paysan" sur la gauche, "parti socialiste autonome" puis "unifié" lors de la guerre d' Algérie, fractures en général suivies de regroupements en "clubs" et "conventions" jusqu'à la réunification du Congrès d' Epinay en 1971. Cela dit, l' échec ultérieur et définitif de "la génération Mitterrand" ne saurait gommer la prégnance de la question sociale. La Nature, c' est connu, a horreur du vide.

Parallèlement a prospéré au fil des ans une kyrielle de chapelles ultrarévolutionnaires et de sectes panmarxistes au discours inaccessible aux non initiés, mais dépensant beaucoup d' énergie doctrinale à s'excommunier mutuellement. De Krivine à Laguillier ou de Lambert à Pablo, Bezancenot et Poutou, elles constituent encore un élément plutôt anecdotique mais familier, sans lequel la saga révolutionnaire se sentirait amputée. Maintes carrières y ont d' ailleurs débuté depuis quelques décennies avant de trouver leur chemin de Damas : celles de Jospin, Mélanchon, Drai, Cambadélis, entre autres.

Aujourd'hui le courant communiste est partagé en une dizaine de groupes "refondateurs" et le courant socialiste, après implosion électorale, cloisonné en tribus gauloises allant d' un macronisme tempéré à un extrémisme mélanchonien replié sur lui même. Les rescapés de cette Gauche décomplexée s' apprêtent déjà à se positionner en continuateurs de leur oeuvre.

On redoute alors le scénario : leurs organisations aux adhérents raréfiés risquent  de s' entredéchirer des années avant que surgisse l' homme providentiel qui révélera que l' union fait la force. Un Congrès historique supplémentaire rapprochera des agrégats militants d' accord sur l' essentiel qui devront expliquer, le pouvoir conquis dans l' urne, l' inusable obligation d' opter pour  l' opposé de leurs promesses d' opposants, de jongler avec la ligne programmatique, de sacrifier, à l' abri de motivations alambiquées, à l' électoralisme et au clientélisme , bref de renoncer  en chemin. 

La phalange des insatisfaits mettra alors en accusation les "félons pouvoiristes" devant des masses ainsi poussées vers l' abstention... Cette fascination  récurrente pour la rupture entre soi (fut-ce au prétexte de la place d' une virgule dans une motion, d' un ego froissé ou d'un coup de com' narcissique) est, chez des "leaders" éléphantisés par leur entourage, d' ordre culturel, génétique et vaniteux (plutôt n°1 d' un groupuscule que n°2  d' un parti  étoffé). Il relève de la taquinerie théorique ou de l' occasion tactique à saisir plus que de l'analyse approfondie des mutations cycliques du capitalisme. Le problème est, par conséquent, devenu autant celui de la fiabilité de l' engagement que celui de l' étendue du "dégagisme" en cours.

 

 

 

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SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

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PASSAGES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La vie est un passage : ce lieu commun comporte une part de vérité quand on considère la

rapidité avec laquelle s' efface le souvenir de certains auteurs (français en tout cas) qui ont en

leur temps fait rire nos parents en soulignant l' absurde de notre condition. L' intention ici est de

donner, sans prétention à l' exhaustivité, l' envie, dans la période assez chagrine qui est la nôtre,

de lire ou relire quelques-uns de ces moralistes modernes.(1) Encore joués ou cités, mais guère

lus, chacun d' eux démontre que l'humour de qualité n' est pas qu' anecdotique. Il est inusable

parce que totalement humain :

Alphonse Allais(1854-1905)- "L' argent, tout compte fait, aide à supporter la pauvreté".

Georges Courteline(1858-1929)- "Il ne faut pas gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir  en

sentant la gifle sans l' entendre."

Jules Renard(1864-1910)- " La modestie, c' est de n' être rien et d' être quand même modeste. "

Erik Satie(1866-1925)- " Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux."

Tristan Bernard(1866-1947)- " Que ne suis-je riche pour venir en aide au pauvre que je suis."

Sacha Guitry(1885-1957)- " C' est entre trente et trente et un ans que les femmes vivent les dix

meilleures années de leur vie."

Pierre Dac(1893-1975)- " Il vaut mieux qu' il pleuve aujourd'hui plutôt qu 'un jour où il fait beau."

Henri Jeanson(1900-1970)- " Les maris se choisissent les yeux ouverts et les amants les yeux

fermés."

Frédéric Dard(1921-2000)- " Les gens qu' on couche sur son testament ne dorment que d' un

oeil."

Pierre Desproges(1939-1988)- " La démocratie est la pire des dictatures : celle exercée par le

plus grand nombre sur la minorité.

(1) On peut, bien sûr, se référer aussi  à la longue lignée de chansonniers, paroliers,

  dialoguistes talentueux et influents aujourd'hui parfaitement  ignorés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE MESSAGE CHEDID

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les dynasties artistiques ne sont pas rarissimes. Celle des Chédid marque par une continuité qui lui confère un côté tribal qu' illustre en 2015 une tournée collective et une Victoire de la Musique l' année d'après.

La fondatrice de la lignée est une poétesse d' origine syro-libanaise, Andrée, qui aurait aujourd'hui 117 ans. Née au Caire, mariée au médecin-biologiste Louis- Sélim Chédid, elle s' installe en 1946 à Paris où son époux devient chercheur à l' Institut Pasteur.

Les premiers textes francophones de la jeune femme datent du début des années 50 et sont publiés par le poète-éditeur des Surréalistes Guy Lévis-Mano, sous le label des Cahiers G.L.M.

Son oeuvre qui ne cesse de s' élargir, tout comme son audience, englobe dès lors poésie,romans, nouvelles et pièces de théâtre que couronnent deux prix Goncourt : celui de la Poésie et celui de la Nouvelle.
Le propos principal d' Andrée Chédid est l' interrogation sur le Sens de notre vie, à la fois riche et fragile. Le "goût des autres" et l' empreinte indélébile de l' Orient sont des éléments qui lui donnent sa coloration multiculturaliste. Elle confie : " Je cherche à nommer quelque chose qui est au fond de l' homme, et dont la mort est la signature."

C' est le message qu' elle transmet à ses deux enfants, Michèle, artiste peintre, et Louis, chanteur-compositeur. Celui-ci, d' abord membre des "Petits chanteurs à la croix de bois", puis monteur de cinéma, se lance dans la carrière musicale en 1973. Il se hisse en quelques années au hit-parade avec "T' as beau être pas beau " comme interprète et guitariste de jazz proche de Django  Reinhardt.

Son fils Matthieu, devenu -M-, assure le relais, mettant à l' occasion en musique rock les poèmes de sa grand-mère. Dès l' enfance, il figurait dans les choeurs accompagnant  son père. Bientôt aussi populaire que lui, il s' associe au projet familial d' un spectacle réunissant sur scène Louis et trois de ses enfants, Matthieu, Joseph dit Sélim, et Anna, alias Nach, chantant en semble leurs créations personnelles supervisées par Emilie, leur mère.

C' est alors une tournée de cinq mois et 37 concerts dans les pays francophones ( mai-septembre 2015) et, l' année suivante, l' album enregistré en studio récompensé par la Victoire de la Musique. Ultime hommage rendu à la  poétesse, l' Aïeule sublimée, venue au monde presque un siècle plus tôt dans ce Liban déchiré où elle n' avait cessé de puiser son inspiration. Pour elle encore le titre n°1 de Louis, le fils prodigue de cette saga : "On ne dit jamais assez à ceux qu' on aime qu' on les aime."

 

 

 

 

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