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L'AMI BIRAGO DIOP

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sur la scène du Théâtre National Daniel-Sorano du Sénégal, on joue Birago Diop comme on joue Molière sur celle de la Comédie française, c' est à dire comme un auteur relevant d'un patrimoine collectif.

Birago Diop, que je me flatte d'avoir eu comme ami, était né en 1906 à Ouakam, dans la banlieue de Dakar. C' était un homme d' une grande simplicité, direct et fraternel, que son destin "historique" ne semblait guère soucier.

L' Administration coloniale veillait, à l' époque de son enfance, à orienter les meilleurs élèves africains vers des études comme celles de vétérinaire, pour les éloigner des Lettres et du Droit, susceptibles de les pousser à la mise en cause de la colonisation. Birago a donc été élève de l' Ecole vétérinaire de Toulouse et s' y est marié. Une vie toute tracée paraissait s' offrir à lui.

Mais en 1934, le jeune Diop rencontre Senghor, actif  leader de la Négritude et animateur du journal " L'Etudiant noir". Tous deux étaient faits de la même pâte humaniste: Birago publie là ses premiers poèmes, avant d' entamer une carrière professionnelle qui le mène dans plusieurs territoires de l' ouest africain.

C' est à cette occasion qu'il se met à recueillir avec soin contes et fables des griots, bientôt réunis en un recueil à succès : "Les contes d' Amadou Koumba", et qu'il rédige la plaquette "Lueurs", où l' on retrouve "Souffles", texte anticolonial déjà paru dans "L'Etudiant noir."

A l' avènement de l' Indépendance, Senghor le nomme ambassadeur en Tunisie, poste qu' il occupe trois ans. De retour à Dakar, il y ouvre une clinique, mais le gôut de l' écriture ne l' a pas quitté. Le conteur devient dramaturge avec la tragi-comédie "L' os de Mort Lam" qui, mise en scène par Peter Brook, rencontre un succès populaire international.

Dans la dernière phase de son passage sur terre, et jusqu'à sa mort en 1989, Birago Diop se fait, avec "La Plume raboutée", le mémorialiste de son propre parcours.
Son oeuvre, pionnière de la littérature noire francophone post coloniale, a évidemment suscité bon nombre d' analyses et de commentaires de sympathie admirative.

Je ne citerai que ce passage éclairant du critique haïtien Roger Dorsinville à propos du villageois de Mor Lam, histoire d' un homme trahi puis enterré vivant par la faute de son égoïsme:

"Il y a lieu de féliciter l' auteur pour l' exemplaire fidélité à la culture traditionnelle qui est la marque de son génie. Il est remarquable que (...) voulant redresser, il n' ait pas entrepris de prêcher en chrétien ou en scientifique, mais ait choisi, à l' africaine, d' approfondir, sous des apparences ludiques, les caractérisations, les contradictions."

J' aime écouter Birago Diop.
 

Publié dans littérature

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CNews, cluster de l' ultradroite

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le risque de contamination n' existe pas qu' en médecine. Il sévit sous d' autres formes, par exemple dans les médias, avec un virus identifié mais non maîtrisé : la haine.

Trump a longtemps disposé du concours de Fox News, chaîne de propagande continue du milliardaire Rupert Murdoch. Un Français a puisé l' inspiration dans les mêmes eaux en acquérant CNews, Vincent Bolloré, milliardaire lui aussi, et en offrant l' antenne aux voix racistes et fascisantes.
Il suffit en effet d'ouvrir un récepteur d' images pour en faire la constatation. A patir de 17heures  défilent sur CSNews des "consultants","experts", "chroniqueurs", "animateurs" et "éditorialistes" voués à l' éducation des masses par des considérations dont, depuis des lustres, on avait fini par oublier l' incomparable parfum.

Etrange coîncidence, le phénomène se développe "en même temps" que la Gauche s' effondre (voir chronique  " Le Mouvement social méritait mieux" du 18 mars dernier) et que la France se droitise encore.

La tête de gondole de ce renouveau ne semble plus Marine Le Pen mais Eric Zemmour, idéologue de grande consommation au service des citoyens rendus disponibles par 40 ans d' incompétence et d' absence de vision historique. Ainsi, le nommé Zemmour profite-t-il, par la grâce de M. Bolloré, de 5 heures hebdomadaires d' écran pour matraquer le bon peuple avec des élucubrations fumeuses et des nostalgies hors sol qui le placent à droite toute du "Rassemblement National". En temps de crise, aucun ridicule n' est exclu.

Le contribuable, vous et moi, finançons un CSA (Conseil Supérieur de l' Audio-visuel) en charge du juste équilibre de la parole poltique. Ne serait'il pas opportun qu' il demande à cette occasion la diminution du temps de parole d' un "essayiste" dont on dit par ailleurs qu'il serait candidat aux présidentielles de 2022? 

Et serait-ce une censure que de réguler pour le coup le flot des missionnaires qui font qotidiennement cortège à l' idéologue en chef, les Praud, Rioufol, Goldnagel, Béglé, Dassier, Cluzel, Elisabeth Lévy, G.Lejeune ou Ménard, dont la raison d' être  est  la haine pathologique de l' Arabe (sans pétrole ni dollar)?  Tous ces gens tissent peu à peu, en alternant insultes, menaces, mensonges, omissions calculées et hypocrites insinuations, un climat dépressif dont la nocivité accuse effectivement le danger de " séparatisme", et rapproche le pays du régime de propagande et de conditionnement qui est l' objectif de ces stratèges en studio.

Le problème est donc bien politique: la puissance financière instrumentalise, par l' emploi des sorciers- idéologues et des intervenants complices de CSNews, une partie de l'opinion. Elle attise la division et cherche à opposer des Français les uns aux autres. La classe politique, qui n' a que le mot " démocratie" à la bouche, devrait montrer qu' elle se soucie aussi de la pollution programmée des esprits.

 

 

Publié dans politique

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LA FLAMME DU PUNCH

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il était Martiniquais et Normalien. Elle était Normalienne et Martiniquaise. Nés la même année : 1913. Ils se sont rencontrés à Paris, puis mariés. Ils ont été tous deux professeurs au lycée Schoelcher de Fort-de-France, militants communistes et pro indépendantistes. Comment ne se seraient-ils pas "trouvés"?

Lui se nommait Aimé Césaire. Elle, Suzanne, née Roussi. Il n' était pas aisé de se forger un nom à soi quand on était la compagne, d' origine modeste, d' un écrivain et homme politique vite devenu célèbre. Ce n' était d'ailleurs pas le souci de Suzanne. Dotée d' une intelligence hors pair et d' un charme élancé devant lesquels ne manqua pas de s' extasier, au su et au vu de tous, y compris de sa propre femme, André Breton, elle fut décrétée par le Pape du surréalisme " belle comme la flamme du punch".

Cependant, madame Césaire n' était pas prête à succomber au  marivaudage poétique, aussi flatteur soit-il . Mère de plusieurs enfants et enseignante, elle était, en parallèle, dévorée par le besoin d' expression et le combat pour les droits de la Femme noire, "victime de la double peine". 

Après avoir étudié en profondeur les travaux de l' africaniste allemand Frobenius et ceux de Marcus Garvey, à l' origine de la Negro Renaissance aux Etats Unis, elle s' est voulue une initiatitrice du surréalisme aux Antilles. Elle a participé à cet effet, avec son époux et avec le philosophe René Ménil et le peintre cubain Wilfredo Lam, à la fondation de la revue "Tropismes" ( 14 numéros de 1941 à 1945 ) qui a influencé toute l' intelligentsia caribéenne et négro-américaine de l' époque.

Suzanne Césaire a joué un rôle essentiel dans le choix des orientations (aujourd'hui sans doute en partie obsolètes...et encore!) de la publication, notamment :

- l' affirmation, appuyée sur le mouvement de la Négritude et le Surréalisme, de l' identité antillaise et le rejet de la culture "doudou", illustration méprisante du paternalisme colonial.

- la solidarité avec toutes les luttes antiimpérialistes et un tiers-mondisme assumé, de l' Inde au Congo ou, surtout, à l' Algérie, motif d' un début de distanciation avec le Parti Communiste Français que les Césaire finiront par quitter.

- un engagement déterminé en faveur de la cause féministe. " C' est la première fois, révèle son exégète, Jacqueline Leiner, où la femme, dans le surréalisme, n' apparait pas simplement comme instrumentalisée par le désir de l' homme."

Suzanne Césaire est morte du cancer à 50 ans, partageant depuis peu la vie d' un compagnon dont l' identité ne fut pas révélée ( on a évoqué Henri Michaux, avec lequel elle a expérimenté la mescaline dans les années 50 ). Elle avait posé la plume et cessé de vendre la presse communiste en banlieue parisienne. Aimé Césaire, lui, est parti à 95 ans, en 2008, après une tentative vaine et indécente de récupération électorale par Sarkozy. 

-

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Publié dans littérature

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LE MOUVEMENT SOCIAL MERITERAIT MIEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Constat banal et navrant : jamais depuis les débuts de l'industrialisation (1820-40), le mouvement social en Europe (on ne dit plus "ouvrier") ne s' est trouvé à un étiage aussi bas, malgré une multiplication record d' organisations et de manifestations .

Les motifs du phénomène sont divers et déterminants : mondialisation et nomadisme des marchés, donc de l' emploi, extension des formes de plus en plus nombreuses d' intelligence artificielle, crainte des classes moyennes pour leur avenir, absorption de la social-démocratie par le libéralisme, effacement du communisme, mouvements migratoires de masse et défaut de reconnaissance des minorités, avènement de l' urgence écologique, part croissante des problèmes sociétaux (rôle des femmes, liberté sexuelle, euthanasie).

De l' anarchie et du marxisme aux communautarismes ethno-religieux, le mouvement populaire est devenu objectivement complice de son déclin. Les solidarités de classe dérivent vers l' individualisme petit-bourgeois, l' internationalisme prolétarien vers l' exclusion culturelle. La perte d' influence du monde du travail face à la modernité est la rançon de tels tropismes.

La Gauche a un problème majeur de représentation. La pauvreté d' une production théorique qui peine à accompagner les mutations sociales, le manque conséquent de vraisemblance économique, l' amertume laissée par l' échec de différentes expérimentations socialistes, ont taillé des croupières au potentiel militant et , plus largement au peuple de gauche.

Démobilisation, abstention,démission, sont, du coup, des comportements accueillis avec faveur par l' autre monde, celui de l' argent, dénoncé pourtant sur les trétaux électoraux. Une fraction non négligeable des électrices et électeurs français à gauche ont déjà annoncé qu'ils resteraient à la maison en cas de nouveau duel Le Pen-Macron au second tour des élections présidentielles de 2022. Voilà qui illustre le désarroi d' une force politique qui, en 1981, totalisait, toutes sensibilités confondues, la majorité des citoyens et n'en compte plus qu' à peine 30%.

Soit une perte de prés d' un électeur sur deux. A ce stade ne surnage qu' un vote de principe, protestation abstraite, sans perspective. L'idée de justice sociale où avaient ensemencé il y a un siècle et demi Proudhon, Pelloutier, Jaurès et tant d' autres, se voit ainsi supplantée  par la tyrannie consumériste, la police bancaire, l' esclavage toxicomaniaque, la violence pour la violence.

Le redressement, idéologique mais aussi éthique,prendra du temps. Ce n' est pas l'affaire d' un Sauveur suprême mais d' un sursaut collectif qui devrait donner jour à un personnel poltique moins déconsidéré par son électoralisme , sa démagogie, ses divisions et ses reniements. Attention ! Le mouvement, sans lequel, aucune société ne fonctionne, le mérite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L' AVENIR D'UNE ELECTION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On sent, sauf à fermer obstinément les yeux, que les  systèmes actuels de gouvernement, centralisés ou pas, ne répondent plus, dans les sociétés occidentales, aux attentes et aux besoins populaires concrets. Le modèle démocratique européen, relooké façon nord américaine, a pris un sérieux coup de vieux auquel ni  un Joe Biden ni une Cour Suprême ultraconservatrice, ne semblent en mesure d' assurer les soins chirurgicaux nécessaires.

Parallèlement s' affirme une conception différente de l' organisation mondiale: le communisme de marché, synthèse de l' idéologie et du développement sous le contrôle étroit de l' Etat. Rallié au système, seule mais indispensable condition, libre à vous d' entreprendre, produire, commercer, et tirer profit de vos capacités. L' Etat n' intervient ici que pour assurer à la société que votre réussite ne vous confère pas un pouvoir sur elle et risque ainsi de fausser la répartition globale des richesses,

Cette opposition radicale (chinoise, sûrement, mais pas que...) au capitalisme sauvage et non régulé fait du modèle américain un épouvantail qui ne séduit plus que les monarchies pétrolières. Dans ce contexte de tension croissante, l' Europe affaiblie et divisée fait figure de "ventre mou", mi libéral mi social, et de ce fait marginalisé, alors qu' elle rêve naïvement d' un statut d' arbitre qui lui est inaccessible.

Le bruyant barnum des élections américaines ne parait dès lors qu' un événement anecdotique masquant des enjeux beaucoup plus déterminants. On sait que ce n' est pas le bon vieux Joe qui va les règler.  Significatif est le score plus important que prévu qu' a encore enregistré un individu comme Trump. Il n' est pas qu'un facteur: c' est aussi un produit. Il témoigne quelque part de l' angoisse du déclassement dans les classes moyennes et du chômage dans les masses ouvrières face aux mutations techno-économiques. Finalement d' une crise, souvent évoquée ici, d' identité et de civilisation où flotte la silhouette indécise de l'homme de demain, harcelé par le danger climatique (le globe sera-t-il vivable longtemps?), les épidémies et une géopolitique qui contredit l' arrogance mondialiste. Laquelle aggrave les inégalités couvertes  par la démocratie  formelle.

 Biden, des jeunes gens qui dansent dans les rues, très bien. Mais cela s' arrête à l' émotion si personne ne propose un mode rénové d' organisation sociale qui laisse une chance à chacun d' entre eux sur cette mélancolique planète, et  épargne à celle-ci un néo trumpisme, avec ou sans Trump.

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PERENNITE D'OSCAR WILDE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Quel pays de 5 millions d'habitants à peine peut-il se targuer d' avoir, en un demi-siècle, donné naissance à six écrivains de renommée internationale : Oscar Wilde en 1854, George-Bernard Shaw en 1856, William Butler Yeats en 1865, John Millington Synge en 1871, William Joyce en 1882 et Samuel Beckett en 1906 ? Réponse: l' Eire, ou République d' Irlande. Trois d' entre eux, Shaw, Yeats et Beckett, ont obtenu le Prix Nobel de Littérature. On peut dire que tous ont contribué au renouveau des Lettres au tournant du XXème siècle, au point d' influencer encore la poésie, le roman et le théâtre d' aujourd'hui.

Je veux m' arrêter un instant sur la postérité d' Oscar Wilde , dramaturge abondant mais auteur d' un unique roman, qui a assis sa notoriété, " Le portrait de Dorian Gray": une oeuvre sulfureuse parue en 1890, ayant valu à son créateur une cascade de déboires et de procès conclue par deux ans de prison et un exil définitif à Paris où il s' est éteint dans la misère en 1900.

Il se trouve que le tombeau de Wilde, au cimetière du Père Lachaise, est tout proche de celui de mes parents. Cela me permet de constater, à chacune de mes visites familiales, combien le souvenir du romancier irlandais demeure vivace, plus d' un siècle après sa mort dans notre pays. Il n' est pas de fois que je ne voie, hiver comme été, une personne ou un groupe   arrêtés devant le monument, sans cesse fleuri, qui lui est consacré.

Issu de la bonne bourgeoisie protestante de Dublin, Wilde, devenu critique littéraire à Londres, y incarnait le modèle du dandy homosexuel,. scandaleux à une époque où la morale victorienne régnait sans partage. Le "Portrait" qui a, par la suite, inspiré une foule de cinéastes, mêle éléments autobiographiques et références à son jeune amant.

Il tient à la fois du conte philosophique et du mythe faustien. Le héros, Dorian, qui sacrifie son image pour pouvoir garder éternellement jeunesse amoureuse et beauté, est symbolique des
 rêves et fantasmes de chacun, comme le sont, d' une autre façon, Emma Bovary, la femme adultère, ou Raskolnikov, étudiant et meurtrier.

L' inattendue popularité - pérennité d' Oscar Wilde n' est pas sans signification. Elle témoigne de la force d' imprégnation dans les esprits des  personnages littéraires entendus comme acteurs rebelles ayant trouvé en eux-mêmes le courage de la transgression.

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LE CAS LEWIS CARROLL

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Pourquoi la pédophilie est-elle relativement fréquente dans le monde artistique? Gauguin , Degas , Nabokov , le photographe David Hamilton, les cinéastes Polanski et Woody Allen, le romancier Matzneff : autant de noms associés à des affaires mettant en cause leur relation aux enfants.

Le cas du célèbre auteur d' " Alice au pays des merveilles", l' Anglais Lewis Carroll, est, de ce point de vue, particulier. Qui était Lewis Carroll, pseudo de Charles Lutwidge Dodgson, né en 1832 dans une famille de pasteurs anglicans? Un timide et assez quelconque professeur de mathématiques d' Oxford, tombé un jour passionnément amoureux de la fille du doyen de l' école où il enseigne, la Christ Church. Un problème : elle n' a encore que six ans.

Le psychanalyste Jacques Lacan a diagnostiqué la déviance de Carroll (il bégaie, sauf en compagnie d' enfants) comme obsession d'un "renversement", que peut en effet confirmer le texte "De l' autre côté du miroir" . Selon Lacan, toujours, Carroll assume un idéal contradictoire fondé sur le désir d' abolir le désir tout en demeurant globalement "désirant".
Complexe, certes, mais la spécificité de cet auteur est bien  de mêler sans cesse réalité et imagination. C' est pourquoi son oeuvre déploie un fantastique qui, dans une atmosphère onirique, a donné vie à un genre littéraire où le non-existant se pose comme acquis.

En d' autres termes, il s' agit du "Nonsense", qui permet à Carroll d' inventer créatures artificielles, jeux et énigmes pour enfants, dont l' illogisme fera le bonheur des surréalistes. Il n' est donc pas surprenant de voir l' artiste se tourner très tôt vers la magie et la manie de la photographie, et emmagasiner, comme des oeuvres d' art, plus de 3.000 clichés de fillettes à moitié nues. Jusqu' au jour où les choses semblent dérailler puisque Madame Liddell finit par interdire à Carroll toute approche de ses trois filles.

Cependant, le succès de ses ouvrages est déjà acquis, au grand scandale de la morale victorienne. Un montage montre ultérieurement Alice et Carroll s'embrassant avec fougue. Les uns dénoncent le document comme un faux. D' autres  affirment son authenticité, entretenant autour de l' écrivain une réputation d' original, qu' il se garde d' ailleurs de démentir, voire de criminel, que son statut de diacre et son austère réserve  rendent inconcevables.

La pédophilie a maintes motivations, des plus primaires aux moins déchiffrables. Chez Carroll, où le mobile purement sexuel ne semble pas avoir été dominant, j' attribuerai l'inversion en question   à une extrème sensibilité l' éloignant de la rudesse des adultes et de l' hypocrisie puritaine, en vue de réhabiter la fraîcheur et la vaste liberté d'invention et d' innovation de l' enfance.

L' écrivain a imposé une Féerie sans fées.que peuplent des êtres inconnus parlant le langage humain. Le nonsense triomphe, et avec lui la contestation d' un monde.  Dès lors,ce n' est pas hasard si, sans être pédophiles, des hommes comme Jarry, Raymond Roussel, Joyce, Benjamin Péret et même, dit-on, Charlie Chaplin, ont voulu se reconnaître en lui.

Publié dans culture

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CAÏD

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je m' avance. Je donne ce jour Trump perdant. Voilà qui détendrait l' atmosphère. D' abord avec la Chine, sans supprimer pour autant la compétition. Ensuite avec l' Europe qui est la bête noire des ultraconservateurs américains. Voilà qui éclaircirait par la même occasion les relations pour le moins troubles de la Maison Blanche avec Poutine.

Le successeur potentiel, Jo Biden, 78ans, n' est peut-être pas l' homme providentiel, apte à harmoniser un monde devenu multipolaire et bouleversé par l' épidémie du Covid. Au moins parait-il accessible aux difficultés des autres.

Emmanuel Macron, quant à lui, s' efforce de tirer profit de l' incertitude générale pour se présenter comme l' homme d' Etat occidental européen susceptible d' arbitrer les conflits les plus menaçants pour la paix. C'est d' autant plus hardi que, depuis la crise des Gilets jaunes, il y a plus de deux ans, la situation intérieure de la France n' est pas idéale.

C' est même toute l' Europe qui semble secouée par des questions remettant en cause les unités nationales : l' Espagne avec les Catalans, la Grande Bretagne avec les Ecossais, l' Italie avec la Ligue du nord ou la Belgique avec les Flamands. Le concept d' Etat-nation se trouve directement interpellé par la montée de violences individuelles et collectives. La peur, le repli se développent, faisant de la sécurité une priorité.
Les agresseurs du quotidien sont des solitaires, des marginaux, des déclassés. Les victimes, les délégués de tout pouvoir ou savoir (élus, policiers et gendarmes, pompiers, agents d' administration et employés des transports, enseignants, personnels médicaux). Tout uniforme est désormais une cible.
Y a-t-il une stratégie de renversement social derrière ce phénomène grandissant? Celle, par exemple, comme l' a noté le président lui-même, d' une volonté séparatiste? Ou bien une exacerbération de l' individualisme accentué par les nouvelles technologies? Ce n' est pas une question forcément étrangère ou détachée des premières lignes de cet article.

C' est pourquoi, quand on voit le chef de l' Etat plonger la tête la première dans le bourbier moyen oriental, on s' interroge. On n' ose retenir le propos du Turc Erdogan qui accuse Macron "de jouer au caïd en Méditerranée". Mais on se demande quels intérets majeurs et lointains peut avoir la France pour y dépenser de l' argent qu' elle n' a pas et  y faire éventuellement tuer des soldats d' élite. Les proclamations élyséennes en la matière ne sont pas "reçues" par une opinion publique déboussolée. Elles peuvent à la rigueur flatter au passage la fibre tricolore. Elles ont peu d' impact sur les réalités glissantes du terrain. 

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LA "GAUCHE" ET LE PEUPLE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' impuissance de la Gauche actuelle, ou de ce qu' il en reste, à réaliser une "révolution" conforme aux doctrines énoncées depuis des lustres, la conduit à chercher à atténuer et compenser, autant que faire se peut, son échec sur le plan social par des "avancées" électoralement payantes sur le sociétal : les minorités ethniques, les femmes, les homosexuels, causes assurément progressistes, mais combats sectoriels, ne remettent cependant à l' ordre du jour ni la lutte des classes ni la domination écrasante du Capital. Ce ne sont de vieilles lunes que pour ceux qui  redoutent d' en entendre parler.

La masse du peuple, elle, lasse d' espérer un succès de fond reporté d' élection en élection sous des emballages variés, se replie dans l' abstention ou le populisme protestataire, autrement dit dans la résignation  qui mène à la jacquerie facile à dénoncer ( " les classes dangereuses") et réprimer ( juin 1848, la Commune de 1871) qu' affectionne le pouvoir en France.

Dans ce contexte, les promesses mensongères, notamment celles qui ont prévalu de Mitterrand à Hollande, ne valent que mépris. Les mitterrandolâtres du type Fabius, Jospin, Lang, Bérégovoy, et autres Ségolène Royal ou Drai, ont été, je pèse les mots, des agents déterminants de la décadence et de la déconstruction historique du mouvement ouvrier et social français. Il faut les nommer.

On ne distingue, hélas, pas davantage de salut dans le souverainisme d' Onfray béni par de Villiers (plus fort que: "et en même temps"), ou dans l' oecuménisme de Joffrin visant à  rassembler dans un suprème effort le fantôme du P.S et l' écume du mélanchonisme. On n' en est plus là! 

Des "think tank" élitistes, des "groupes de réflexion" technocratiques, des clubs de "concertation démocratique", oui, sans doute, mais cela ne fait pas le compte. Aucune proposition théorique ne sert si, aprés toilettage préalable, elle reste théorique, s'il lui manque l' adhésion du nombre, du grand flot uni qui sait se mobiliser et se rassembler quand il s' est convaincu que l' enjeu le mérite. 

L' adhésion confiante du nombre, là aussi se situe le coeur de la problématique quand on voit des Partis séculaires vidés de leurs militants, sections et fédérations, des syndicats dégénérer en corporations et associations professionnelles, ou se décomposer en micro organisations et en boutiques rivales autour de petits chefs.

Encore faut-il que la conquête du grand nombre n' aboutisse pas à l' affadissement du contenu, à la décoloration du projet, aux sauts de côté et à des ersatz de solution. Un nouvel enthousiasme, c' est à partir de là que tout peut être refondé, à partir de l' irresponsabilité crédible, de l' impossible à portée de main, de l' invraisemblable dépollué.

Démagogie? Le mouvement social n' a jamais été aussi faible depuis 1830. Ce n' est pas lui qui peut ruiner l' Etat! Mais il lui faudra  une créative diète gouvernementale s'il ne veut pas ramener, une fois encore, le peuple au bord du Rubicon pour taquiner le goujon.

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ANSCHLUSS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L'Etat d' Israel annonce qu' il intégrera à son territoire mercredi prochain 1er juillet 2020 deux zones de Palestine actuellement occupées. "Il est temps d' annexer des pans de la Cisjordanie" a, en toute simplicité, proclamé le Premier Ministre Nétanyaou.

Ce nouveau viol du Droit international, discrètement relevé par les médias occidentaux, appelle pourtant un minimum d' observations :  

- qui ose encore s' opposer résolument à la stratégie de conquête menée par Israel depuis 1967 : annexion de Jérusalem-est, colonisation du plateau syrien du Golan, installation de 650.000 colons sur 150 implantations, transfert de la capitale à Jérusalem, et maintenant, annexion de la vallée du Jourdain et de la Judée- Samarie? Les justifications avancées peuvent varier : tantôt sécuritaires comme pour le plateau du Golan, tantôt historico-religieuses comme en Cisjordanie. Elles ne convainquent personne mais nul ne les sanctionne.

- comment neutraliser l' expansionnisme sioniste et sa volonté d' évacuer de l' Histoire l' existence et le souvenir du peuple palestinien : retrait des accords de paix d' Oslo, meurtre du Premier Ministre Rabin favorable à la solution des 2 Etats que rend désormais impossible le projet d' annexion d' un tiers du territoire palestinien et qui créera une frontière commune avec la Jordanie, donc de nouvelles exigences et garanties de sécurité pour les immigrants israeliens?

- l' habitude du "fait accompli", surtout à la veille des élections présidentielles américaines, vient du sentiment d' impunité des dirigeants d' Israel, nourri par le soutien inconditionnel de Donald Trump et des communautés juives de l' étranger (cf chronique " La dédiabolisation en marche" du 21/12/2011). On se souviendra en passant de l' indignation spécialement véhémente de celles-ci quand Poutine a réannexé la Crimée en 2014 et, plus encore, au moment où Sadam Hussein a envahi le Koweit (1991).

- On peut noter la sérénité qu' engendre du côté israelien la domination d' une armée comme Tsahal, équipée des matériels les plus onéreux et les plus modernes face à une population dotée de pierres et de bâtons.

- Enfin , n' est-il pas quelque peu paradoxal de voir refusée la création d' un Etat à un peuple installé, par des arrivants continuant à se référer simultanément à d' autres nationalités qu' israelienne ( celles d'un pays de naissance ou d' adoption, par exemple )? Le cas est, à ma connaissance, unique au monde.

Au nom de quoi, de quelle justice, quelle morale, de quel respect d' autrui, se dressera-t-on désormais contre l' arbitraire ? Cet Anschluss ramène 80 ans en arrière, à l' Annexion en 1938 de l' Autriche. Ou à un colonialisme anachronique qui invite cyniquement les habitants d' un pays à "faire fleurir" un morceau de désert privé d' eau et de terres cultivables. Je réponds d' avance à d'intolérants contradicteurs , comme le faisait Stéphane Hessel , ancien déporté : critiquer la politique de force d' un Nétanyaou n' est pas de l' antisémitisme, de même que critiquer celle peu humaine de Mme Thatcher en Irlande n' était pas de l' antiféminisme.

Finissons-en avec ces commodités-là ! Je souhaite le maintien de l' Etat d' Israel mais dans ses frontières légitimes, tout comme je défendrai encore et toujours l' égalité de droit entre  protestants et catholiques, Irlandais du nord et  du sud.

Merci encore de votre attention.

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