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QUESTION A LA GENERATION DES " TRENTE GLORIEUSES "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les "trente Glorieuses" ont débuté avec de Gaulle et se sont achevées sous Giscard, lors du choc pétrolier orchestré par l' Américain Kissinger avec les monarchies arabes pour affaiblir les économies européenne et japonaise qui prenaient trop d' importance mais n' avaient pas de ressources énergétiques.

Cet arrêt brutal de la croissance en 1974 correspond à l' irruption sur le marché du travail français de la génération du "baby-boom" de l' après-guerre, et  amorce l' interminable montée du chômage. Parallèlement, l' époque vivait une confrontation idéologique qu' il fallait d' autant moins sous-estimer que l' Europe en ruines offrait une capacité de moindre résistance aux deux "Grands". Les nantis, effrayés comme d' habitude par la peur des " Rouges ", étaient prêts à tout pour se garantir le "bouclier américain". Les classes populaires attendaient du Parti communiste, soutenu par l' URSS, la Révolution sociale annoncée par la victoire sur l' hitlérisme.

La jeunesse se trouvait alors partagée entre les séductions d' une société de consommation envahissante et les promesses d' avènement d' une société plus juste et plus égalitaire, sur fond de "guerre froide" et de course à l' armement nucléaire.

La logique a voulu que l' opulence capitaliste l' emporte sur une pénurie privative de libertés. Les "baby-boomers" se sont affirmés des consommateurs tous azimuts : transistor, électrophone, téléviseur, crédit automobile, équipement électro ménager, location de vacances, ils sont peu à peu devenus des complices enthousiastes de l' aliénation moderne. Celle découlant du crédit, lié au maintien de l' emploi et à l' état d' une économie non régulée, menacée en permanence par la spéculation financière.

Sur l' autre trottoir, un puissant Parti communiste continuait de faire miroiter aux masses de laissés pour compte de l' économie libérale,  les "lendemains qui chantent" au paradis du socialisme, malgré des fausses notes à Budapest et à Prague. L' un de ses atouts résidait dans son engagement contre les guerres à forte tonalité coloniale d' Indochine et surtout d' Algérie, où était requis le "contingent".

En mai 68, les léninistes ont renversé le courant favorable aux amateurs de westerns et de hamburgers. Les étudiants se sont mis à lire le philosophe marxiste Althusser tout en manifestant contre le Général et le déversement de défoliants sur les forêts du Vietnam. Les luttes de libération africaines et sud américaines ont pris le relais. Castro, Guévara, Lumumba, sont devenus les héros de la nouvelle ère. La contre-culture, les premiers mouvements écologiques, le rêve autogestionnaire, ont émergé des brumes sanglantes orchestrées par le conflit Est-Ouest. Les "Trente Glorieuses" se mouraient sur une scène que ses principaux acteurs quittaient un à un, des derniers dictateurs européens aux politiciens usés par des années " de bruit et de fureur ".

Trente ans. Souvenez- vous un instant, les témoins se font rares. Il y a quarante trois ans de cela : c' est maintenant entré dans l' Histoire. Alors, on a envie de poser la question à la génération qui a vécu ce temps-la : l' avez-vous trouvé vraiment  "glorieux"?

 

Publié dans histoire

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SUR L' ILLUSIONNISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

" Donner l' illusion..."  est, à mon sens, une réponse à l' appel d' un imaginaire ancré dans la nature humaine. C' est ce que j' ai éprouvé quand,encore étudiant, je jouais, avec le peintre et marionnettiste Raymond Charriaud, aujourd'hui décédé, une pièce d' Henri Michaux dont nous avions fait, de nos mains peintes et nues, les personnages dans un décor à la Chirico. Nous prenions nos références dans le monde des illusionnistes...

Robert Houdin, qui fut le meilleur prestidigitateur de son temps. Il organisait dans son théâtre parisien des "Soirées fantastiques" qui rencontraient, sous le Second Empire, un triomphe. Son spectacle a été par la suite plagié par un Américain au pseudonyme éclairant, Harry Houdini ,qui dénigrait la victime de son plagiat. Heureusement, c' est cet Houdini qui a été oublié.

Sculpteur et caricaturiste, Alfred Grévin qui a gagné la notoriété grâce aux mannequins et sosies de cire à l' origine du musée qui porte toujours son nom. Illusion de pénétrer alors dans l' Histoire sous les traits de François Ier, Bonaparte ou Gambetta. Le lieu demeure l' une des haltes obligées du Paris touristique.

Georges Méliès, prestidigitateur lui aussi, qui avait acheté le théâtre de Houdin pour y réaliser sa "grande Illusion", en l' occurrence cinq cents courts-métrages meublés d' autant de trucages. Calomnié puis ruiné, Méliès a presque tout détruit. Les Surréalistes ont réhabilité ce pionnier de l' imaginaire cinématographique dont les vestiges valent des fortunes.

Le mime Marcel Mangel, dit Marceau, décédé en 2007, qui venait du théâtre où il avait été l' élève de Charles Dullin. Marceau a créé au défunt Théâtre de l' Ambigu le personnage irréel de Bip, mélange de Pierrot lunaire et de Charlot dont le mutisme éloquent , né de l' imagination du mime, a conquis le monde.

Magiciens, marionnettistes, cinéastes, mimes, ces faiseurs d' illusions remplissent une fonction sociale. Ils se mettent au service de notre besoin, à un moment ou l' autre, d' imaginaire. Ils négocient pour nous la rencontre avec une autre vérité que celle du quotidien.

 

 

 

 

Publié dans culture

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SANTELLI, IN MEMORIAM

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai rencontré Claude Santelli pendant les événements de mai 68 à l' ORTF. Nous étions du même côté de la barricade. En grève pour défendre la liberté d' expression contre un régime qui, par l' intermédiaire de ses "ministres de l' Information", Peyrefitte puis Guéna, avait mis sans vergogne la main sur le Service public de la radio et de la télévision, nous risquions tous notre emploi. D' ailleurs, une "épuration" et une grêle de "mises au placard"  plus ou moins longues conclurent effectivement le mouvement. Mais ceci est une autre histoire.

J' avais été frappé par la simplicité, la générosité d' esprit, et l' attitude fraternelle de Santelli qui comptait parmi les grandes figures d' une télévision d' auteur, non encore happée par les lois de l' AUDIMAT. Contrairement à d' autres "stars", lui ne jouait pas de sa notoriété pour influer sur l' Intersyndicale qui siégeait jour et nuit et d' où les soucis corporatistes n' étaient pas toujours absents.

Il ne haussait jamais le ton et ne se revendiquait pas à tout bout de champ d' un  "auditoire populaire" auquel pourtant ses valeurs l' attachaient profondément, son oeuvre est là pour le prouver. Fils d' un enseignant corse, Lorrain de naissance, il avait surgi un peu par hasard sur les plateaux de la télévision encore héroïque des années 1950.

C' était le comédien Jacques Fabbri qui lui avait mis le pied à l' étrier comme scénariste d' émissions "jeunesse", aux côtés d' un autre inconnu, Jean-Christophe Averty. Premier succès du réalisateur en 1957 avec "Le Tour de France de deux enfants", qui inaugure le genre du feuilleton télévisé .

La série suivante, "Le Théâtre de la jeunesse", collectionne les lauriers. Santelli ouvre aux garçons et aux filles les portes du patrimoine littéraire, de Maupassant à Cervantès, de Diderot à Jules Verne ou Mark Twain. Puis une suite de 39 épisodes vient illustrer, dans "Les Cent livres des hommes", les portraits d' écrivains comme Malraux, Stendhal, Proust (dans lequel Isabelle Huppert effectue ses premiers pas), Jack London, entre autres.

Le style de Santelli est déjà reconnaissable par ses mouvements de caméra lents et étendus, ses travelling audacieux, ses nombreux plans-séquences qui réduisent les travaux de montage et donnent au récit une impression particulière de fluidité.

Aussi l' objectif du combat majeur de Santelli était-il, dès mai 68, la survie d'un pouvoir de création face au déferlement des productions d' images standardisées à l' américaine et comptabilisées par une vague de néo gestionnaires issus de l' ENA et d' HEC. Contre cette industrialisation autoritaire, il défend, dix ans durant, à la tête de la "Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques" et de sa filiale, l" Association Beaumarchais", la cause de " l' exception française", source de bien des polémiques.

Hélas, Claude Santelli a connu, à 78 ans, la mort la plus cruelle. Faisant répéter, en septembre 2001, "La Flûte enchantée" sous le chapiteau du cirque Grüss dans une scène prévoyant, selon Mozart lui-même, "l' entrée d' animaux sauvages", il est brutalement renversé par un éléphant. Dos brisé, il décède trois mois plus tard à l' hôpital de Garches, emportant avec lui  la poésie du spectacle télévisé artisanal qu' il avait su imposer jusqu' à la fin de ses jours.

 

 

Publié dans culture

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FLUIDITE DE LA GEOPOLITIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Après une disgrâce due à l' usage qu' en a fait le nazisme à propos de la notion d' "espace vital", la géopolitique a connu, il y a une bonne trentaine d' années, une forte résurrection.

Pionnier en la matière, l' Allemand Ratzel a concentré, dans les dernières années du XIXème siècle, ses travaux sur la nature de l' Etat, qu' il considérait comme un organisme vivant, évoluant sans cesse, de son apparition à sa disparition. Le Suédois Kjellen, poursuivant cette recherche, a alors eu recours au terme "géopolitique", que lui a emprunté après la première guerre mondiale Jacques Ancel.

Mais c' est vers 1980 que la géopolitique a acquis la notoriété en France, grâce notamment à la revue "Hérodote" dirigée par Yves Lacoste. Partant de l' influence des facteurs géographiques sur les relations internationales, la géopolitique régénérée a abordé aussi bien les questions d' appartenance territoriale, d' urbanisation ou de démographie, que celles touchant aux ressources naturelles, à la démocratisation des sociétés et aux revendications religieuses.

Lacoste, élève du géographe anticolonialiste Jean Dresch, aujourd'hui disparu, est devenu le chef de file de la discipline, suite à une longue enquête au Vietnam pendant l' invasion américaine. Il publie bientôt "La géographie, ça sert d' abord à faire la guerre", texte selon lequel l' enseignement officiel de celle-ci aide à masquer la géostratégie des Etats pour qui prime leur pouvoir sur l' espace. Il s' agit dès lors d' un savoir politisé qui, combinant sciences physiques et sciences humaines, rend impossible, dans un domaine aussi hétérogène et fluctuant, l' élaboration de lois véritables.

C' est au nom d' une telle fluidité qu' Yves Lacoste, membre du Parti communiste jusqu' en 1956, militant pro-castriste, réhabilite d' abord le géographe libertaire Elisée Reclus, effacé des radars universitaires pour son soutien à la Commune de Paris, puis publie en 2010 "La question postcoloniale", analyse de la situation des enfants immigrés de la deuxième génération "ne comprenant pas pourquoi ils sont nés en France" et "possèdent la nationalité du colonisateur". Il est vrai qu' on ne s' interroge pas assez sur l' attente de territoire de cette jeunesse assise entre deux chaises. La Cité est leur foyer, l' Etat islamique leur patrie.

Puis, peu après, tout semble se retourner. Sa réflexion sur l' identité nationale aboutit à un virage que Lacoste qualifie de "patriotique". Cette glissade géopolitique s' achève sur un livre de témoignage co-signé avec un ancien étudiant, Frédéric Ensel, dont les convictions sionistes, c' est son droit, sont connues. Défilent l' enfance marocaine, le grand engagement tiers-mondiste et anti-impérialiste, enfin le "réenchantement de la nation" avec l' intervention de "nos Rafale " en Syrie. On croirait entendre un général cinq étoiles. Yves Lacoste a 89 ans. Est-ce encore lui qui parle?
 

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L' ISLAM SELON MAXIME RODINSON

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Plusieurs Français figurent parmi les meilleurs orientalistes de ce temps : Massignon, Berque, Blachère, Rodinson. L' oeuvre de ce dernier retient l' attention dans la mesure où Juif, autodidacte et communiste, il a été l' adversaire du sionisme, été difficilement reconnu par l' Université, puis, in fine, exclu du Parti communiste.

Fils d' ouvriers polonais immigrés, Rodinson a appris près d' une trentaine de langues dont l' arabe, l' araméen, l' hébreu, l' éthiopien ancien ou guèze, l' amharique et le turc. Adhérent du P.C en 1937, il vit sept ans au Moyen Orient, refusant de rallier Israël, et en conflit avec les "dérives dogmatiques" de Moscou. Erudit indépendant, il se consacre à l' approfondissement et au rapprochement des disciplines qu' il étudie : l' ethnologie et l' histoire, la sociologie et l' orientalisme.

Il publie en 1961 une biographie de Mahomet qui fait date, puis " Islam et capitalisme" où il nie l' incompatibilité des deux idéologies. L' ouvrage suivant "Israël et le refus arabe" lui vaut de nombreuses injures et menaces de mort. " Moi qui espérais une option universaliste des Juifs, écrit-il, je constate que leur unité se fait dans le sens d' un nationalisme obtus". Et de poser en 1967 dans la revue de Sartre, "Les Temps Modernes", la question : "Israël, fait colonial ?". Hostile à l' essentialisme, il privilégie l' analyse des faits socio-économiques pris dans leur contexte historique, et se range à la solution, audacieuse à l' époque sur le sujet, des "deux Etats".

Voilà qui n' arrange pas tout le monde, à commencer par l' extrême droite, autrefois antisémite passionnée, qui surfe désormais sur "l' islamo-fascisme", à la grande joie des sionistes...On dénonce soudain le voile, la viande hallal dans les cantines, la situation de la femme musulmane à l' hôpital ou à la piscine, de l' adolescent maghrébin à l' école ou dans les prisons, les cléricaux se dépensent en faveur de la laïcité, les nostalgiques de Vichy (il en reste) pour la démocratie, des essayistes se lèvent qui proclament l' Identité en danger.

Le mérite de Rodinson est d' avoir, il y a des décennies déjà, renversé la problématique en la plaçant sur le plan du développement du Tiers-monde et du soutien, non du retard, que peut lui apporter l' Islam progressiste. Textes à l' appui,auxquels il adjoint Marx, Renan et Max Weber, il affirme que le Coran pris à la lettre n' est ni obscurantiste ni fataliste, mais sollicite au contraire le "djihad", qui signifie l' effort en général, non limité au sens guerrier actuel, qu' il ne récuse ni le commerce ni la propriété, mais seulement l' usage irrationnel des biens et une répartition injuste de ceux-ci, qu' il n' a pas engendré de bourgeoisie égoïste, mais prolongé contre la colonisation acculturante des traditions qui, il est vrai, ne sont pas encore toutes débarrassées de leur tonalité féodale.
Cette approche de la réalité islamique aurait pu épargner à nos gouvernants l' erreur de leur onéreuse politique d' immigration : la recherche d' une assimilation immédiate et forcée qui a poussé la seconde génération de migrants vers le salafisme.

La leçon non entendue de Rodinson est qu' une idéologie, religieuse ou politique, ne se moule jamais sur une société dans sa totalité. Ce sont les classes qui s' y constituent qui en dessinent le contour en un dialogue combattant non seulement l' "arriération", mais aussi la misère et la haine.

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G. TARDE ET LA PSYCHOLOGIE SOCIALE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La psychologie sociale, qui passe souvent pour une science nouvelle, est en fait une vieille affaire. Le relais, avec une légère différence d' orientation, de chercheurs américains lui confère, de nos jours, un air de jeunesse imméritée et une aura scientifique repeinte à neuf.

De quoi s' agit-il ? de la façon dont nos pensées, nos émotions et par là nos comportements et attitudes, interagissent avec l' environnement humain. Au carrefour de la psychologie et de la sociologie, cette discipline mêle social et mental, analysant à ce titre, en priorité, l' engagement, la mise en condition, la manipulation de masse et les phénomènes sectaires, communautaires ou totalitaires. La littérature d' ailleurs ( Poe, Baudelaire, Zola, Huysmans, Céline) a, de son côté et de longue date, relevé l' alchimie produite par le rapport de l' homme avec la foule, de l' influence de tous sur chacun.

Auguste Comte, philosophe positiviste du XIXème siècle, prônant la "physique sociale", peut figurer comme un précurseur. Derrière lui, Gabriel Tarde et Gustave Le Bon balisent, dans les années 1890, en plein "naturalisme" donc, le terrain où apparaît pour la première fois le terme de "psychologie sociale".

Je m' attarderai ici sur Tarde, cible favorite de Durkheim, pour avoir placé la psychologie "au coeur de la sociologie", au grand dam de l' élite universitaire d' alors.

Tarde n' était pas philosophe de profession mais magistrat, en prise directe avec les misères de la réalité sociale. " Je fais des hypothèses", s' excusait-il. Son souci premier allait à un modèle plus rationnel de socialisation de l' individu. Lire Tarde, visionnaire appelant, tel Jaurès, jusqu' à sa mort en 1904 à une Paix dont on sait ce qu' il est advenu, n' a donc rien d' archaïque.

C' est si vrai que sa pensée a fait, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l' objet d' une attention aussi soutenue que tardive : de Raymond Aron à Michel Foucault et François Furet, de Régis Debray et Gilles Deleuze à Jacques Derrida, les éloges n' ont  pas fait défaut de la part de certains qui l' auraient peut-être combattu de son vivant.

A ceux qui, au nom de la pureté scientifique, le suspectaient de faire le lit de l' " Ordre moral ", Tarde, impassible, continuait d' opposer sa démarche essentiellement humaniste en un débat sans concession. Selon une logique rigoureuse, il récusait les "trouvailles intellectuelles travesties en faits sociaux" et ne se lassait jamais de dénoncer les "relents théologiques saupoudrant les théories les plus modernistes."

Il liait, fort de son expérience d' empires et de monarchies successives, sa conception du monde au respect des Droits de l' Homme, susceptibles de freiner une "barbarie endémique".

Ce disant, Tarde n' a pu que dénoncer en vain les options d' où allaient inéluctablement découler les pires dictatures. On ne l' a guère écouté. Pour autant, ses propositions ne semblent pas périmées.
 

 

Bibliographie :

Gabriel Tarde : Les Lois de l' imitation. (l' imitation comme lien social) 

Gustave Le Bon : La Psychologie des foules. (sur l' âme des foules)

Serge Tchakhotine : Le Viol des foules. (la propagande politique)

Serge Moscovici : L' Age des foules.  (sur Tarde, Le Bon et Marx)

Jean-Pierre Biondi :  Foules. (poèmes sur "les groupes de l'instant")

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POUR UNE REPUBLIQUE MIEUX REPUBLICAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai grandi parmi des républicains fervents, tant du côté maternel que paternel. A la maison, le régime ne se discutait pas : il était la voie offerte, grâce à l' Ecole laïque, à la promotion du Citoyen. ll incarnait le Progrès.

Ma grand-mère m' a enseigné, dès mon plus jeune âge, le martyrologe des héros-enfants de la Geste historique : Joseph Bara (14 ans), le tambour immortalisé par le tableau de David, Joseph-Agricol Viala (13 ans), célébré dans "Le chant du départ" puis par Victor Hugo (" L' année terrible"), Pierre Bayle (11 ans), autre tambour, tombé, celui-la , dans les rangs de l' Armée du général Dugommier. Légendes d' une épopée un peu délavée. Médaillons d' une Institution devenue le cri de ralliement des discours électoraux de droite comme de gauche: " Vive la République et vive la France! ".

Fille de paysans, ma grand-mère gardait la certitude que la fin de l' illettrisme réglerait la question sociale. L' ivresse révolutionnaire était dissipée. Restauration, Second Empire, Vichy, Algérie, passons. On retient plutôt de Marianne le sage profil de nurse veillant sur le pays sous un amas de dorures soigneusement entretenues, et conviant désormais, une fois l' an, les Français d' en bas à faire la queue pour admirer leur propre patrimoine, ordinairement réservé à la poignée de privilégiés qu' ils élisent en ronchonnant. 

Simplement, le coût de notre bonne Fée est hors norme. L' équivalent, insinue la Cour des Comptes, de celui de la Couronne britannique. La France serait-elle une république monarchiste qui s' ignore? On s' interroge. On a coupé la tête de Louis XVI, mais on ne s' est pas défait du souvenir grandiose du Roi Soleil. Ainsi avons-nous pu voir défiler, depuis un demi siècle, sous nos yeux nostalgiques, un faux aristo, un prince se disant socialiste et mystique, un roi fainéant nobelisable et deux petits marquis à talons rouges, avant d' essayer Jupiter en personne. Les Français, en tout cas certains d' entre eux, n' ont pas, pour autant, l' air ravi.

Chère et vieille République,                                                                                                              Tu cherches des économies. Bruxelles t' épie. Tes jeunes sont chômeurs. Tes industries ont le hoquet. Tes paysans gémissent. Le maintien de ton séculaire décorum vaut fortune. Puisqu' après tout, l' Etat "c' est nous", supprime, par exemple, ton Sénat, dont chacun sait bien qu' il ne sert, comme cent autres sinécures, qu' à recaser de vieux copains et copines. Mets la résidence versaillaise de "La Lanterne" en location à la semaine. Réduis le nombre et le prix des "missions d' étude" de tes ministres et hauts fonctionnaires. Négocie avec Trump l' usage des Champs-Elysée pour la Fête nationale américaine. Vends le fort de Brégançon par appartement. Il y a encore largement de quoi gratter. Prends exemple sur la chancelière d' Allemagne et les rois -oui, les rois- de Scandinavie. Ils ne manquent pas d' argent de poche, eux. C' est ton anachronique folie des grandeurs qui gâche la soirée. 

En un mot, avoue que ta République pourrait être républicaine autrement. Moins oligarchique, moins gaspilleuse d' argent public et plus généreuse avec les sans-culottes, moins salonnarde et plus attentive aux mal logés, moins contente de toi, même si personne ne se déclare antirépublicain. 

" Vive la République ! " aurait de toute façon conclu ma grand-mère.                                        

 

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LA MONDIALISATION CONTRE L' INTERNATIONALISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jusqu' à la fin de la "guerre froide" , le mot d' internationalisme, opposé à celui d' impérialisme, se référait principalement au "mouvement ouvrier". Cet internationalisme était une composante fondamentale de la théorie socialiste, incarnée dans des organisations successives : l' "Association Internationale des Travailleurs" (A.I.T) ou Première Internationale (Londres,1864), la Seconde, social-démocrate (Londres,1889), la Troisième, communiste (Moscou,1919), puis la Quatrième, dite précisément communiste-internationaliste (Paris,1938). Sans omettre la "Deuxième et demi", marxiste unitaire née à Vienne, ni la résurrection d' une A.I.T de tendance libertaire qui a vu le jour à Berlin. 

L' internationalisme ouvrier, aujourd'hui en hibernation, se revendique d' une action collective de classe dont la finalité est l' abolition des frontières étatiques bourgeoises et l' instauration de la solidarité des peuples. Perspective idéaliste compromise par deux guerres impérialistes et une scission ouvrière qui, en dépit de la révolution bolchévique de 1917, ont renforcé le capitalisme.

Ce recul historique s' est accompagné de l' émergence d' un internationalisme institutionnel (Société des Nations en 1920, Organisation des Nations Unies en 1945, Traité européen de 1957) visant la gestion de la planète par la coopération multilatérale. Le système s' est cependant vite transformé en tremplin d' un libéralisme prônant la circulation, hors de toute règle, des marchandises et, surtout, des capitaux. Cette mondialisation, d' inspiration américaine et d' essence marchande, implique en fait l' interdépendance des économies, l' intensification d' une concurrence faussée à la base, bref la domination d' un Centre capitaliste se prémunissant contre toute tentative révolutionnaire.

Ironie de l' Histoire, l' universalisation du Marché par les Multinationales aboutit à défier les structures étatiques qui ont jugulé l' internationalisme ouvrier. C' est que cette mondialisation s' exprime dans un processus inexorable de dictature bancaire enjambant les frontières et se gaussant ouvertement des souverainetés nationales. Là où, autrefois, les Etats hurlaient à la trahison de la Patrie par l' internationalisme ouvrier, ne règne plus qu' un silence à peine rompu par les éclats d' un terrorisme mondialisé lui aussi. Seul, le fanatisme religieux semble trouver la détermination suffisante pour affronter la Finance.

 De cette jungle ne peuvent alors surgir, sous couvert de démocratie et de liberté, que nationalismes et racismes, et qu' un populisme pour tenter de répondre à la déliquescence du pouvoir politique devant l' Argent. Ils sont déjà tous à l' oeuvre parce que les immigrations anarchiques, les disparités sociales et fiscales, les délocalisations, le chômage, le réchauffement climatique, sont bien les effets d'une recherche permanente du profit immédiat, autrement dit le contraire d' un véritable internationalisme. Subsiste le déplacement erratique de la misère humaine sous l' égide de Firmes géantes hantées par la peur de la Paix et le ralentissement du business...

Publié dans politique

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CONFUSIONS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le "politiquement correct", actuellement en vogue, consiste en la substitution, à certains termes jugés agressifs, d' expressions ou périphrases plus urbaines. La pratique n' est pas sans risque, car source parfois de polysémie et de confusion.

Ainsi," ethnisme" peut-il faire écho à une intention nationaliste, ou "insularisme" introduire un sous-entendu séparatiste. Ces mots sont troubles.

Ferdinand de Saussure a, au début du siècle dernier, ressuscité dans son "Cours de linguistique générale", le terme d' ethnisme depuis longtemps employé en Europe orientale. Certains y ont vu une reformulation de "racisme". Ce n' est pas erroné dans la mesure où l' ethnie, se revendiquant du communautarisme (politique, religieux, linguistique) s' efforce d' exclure de son sein tout élément extérieur. Elle entre dès lors en conflit éventuel avec l' "impur", en l' occurrence le reste d' une société dont ladite ethnie peut constitutionnellement relever.

On sait quels ravages engendre aujourd'hui encore l' ethnisme en Afrique et en Asie. Autant le sauvetage d' une identité culturelle est-il souhaitable, autant les dérives de l' ethnisme replié sur lui- même engendrent-elles des fléaux dont l' humanité pourrait se dispenser.

De père corse, de mère béarnaise, qui suis-je ? leur mère étant Alsacienne, à quelle "ethnie" appartiennent mes enfants? et mes petits enfants, y ajoutant de l' Auvergnat et du Bourguignon?

L' insularisme représente un autre risque de situation conflictuelle : l' équivoque entre ce concept et le fait d' insularité. L' insularisme lui aussi est un choix qui entend marquer une distanciation isolant la population  sur un espace fermé. Ce faisant, il peut non seulement marginaliser le territoire eu égard à l' évolution générale du monde, mais également affaiblir un ensemble plus large et remettre ainsi en cause des équilibres géo-politiques sensibles. Le pointillisme étatique satisfait en majorité des ambitions personnelles.

L' insularisme, sauf à se résigner à un rôle folklorique, se met alors en travers d' un mouvement de l' Histoire qui tend à la formation de blocs quasi continentaux. Scission vaine, acte d' une résistance sans vraie perspective, dont le propos, s' absentant des réalités, ne nourrit qu' un repli anachronique et anecdotique. De là vient le trouble : de la confusion entre un état objectif (l' insularité) et sa connotation idéologique ( l' insularisme).

Publié dans actualité

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DEFI

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La jeunesse est-elle en train de lancer à la société française un défi qui l' interpelle dans ses fondements ?

Une partie, issue souvent de l' immigration, récuse l' intégration : refus de la scolarisation, retrait civique, rancune contre l' ancienne colonisation, attirance pour le djihadisme, sont là pour l' illustrer.

Parallèlement, un mouvement de remise en cause paraît éloigner du corps social une fraction des nouvelles élites intellectuelles séduites par des modèles étrangers moins englués dans la bureaucratie et le conformisme.

Les deux branches, quoique différemment positionnés sur l' échiquier social, se rejoignent cependant dans leur attente d' une mutation rendue nécessaire par la mondialisation et ses effets. Des notions séculaires se voient remises en question : études, carrières, "installation",  pour les uns, ordre immuable, hiérarchisations culturelles, discrimination implicite, pour les autres. Liberté et justice sont devenues des exigences prioritaires et consensuelles.

On est en particulier frappé par le détachement progressif des diplômés qui, leurs cursus à peine achevé, s' expatrient, arguant qu' ils trouvent dans des contrées "neuves" et lointaines les espaces d' innovation et de mobilité que limitent les structures sclérosées et les législations paralysantes de leur pays d' origine.

Cette émigration sans fracas, ce glissement, mentionnent en réalité un fait de société qui  s' exprime de temps à autre par une brève éruption, un sursaut plus proche de la jacquerie que d' un changement conséquent : émeutes de banlieues, infiltrations de casseurs dans les défilés, mouvements de contestation collective du genre "Nuit debout" ou "Notre Dame des Landes". Les concerts de rock rassemblant des foules impressionnantes communient à leur façon  avec cette marginalisation protestataire où les slogans "antiflic", le mariage pour tous et le métissage des cultures font voler en éclat les préjugés bourgeois, les tabous chrétiens et les modèles parentaux...

Les palmarès universitaires publiés annuellement par les magazines américains, entachés de manipulation et de chauvinisme, n' ont , on le sait , aucun sens. Aussi, quand l' Ecole Polytechnique est reléguée par eux au ènième rang des établissements d' enseignement supérieur alors que mathématiciens et ingénieurs français sont recherchés dans la Silicone Valley , on s' en inquiète moins que du déficit de professeurs de sciences dans les lycées hexagonaux . C' est que la fuite de cerveaux formés avec l' argent public traduit ici la relation dégradée de sa jeunesse à la Nation.

Lorsque  Emmanuel Macron parle donc de "révolution", on espère qu' il songe notamment à un reclassement des valeurs susceptibles de retenir sur place ceux qui détiennent une faculté de rénover et de créer.

Publié dans société

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