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IMMIGRATION OU INTEGRATION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' immigration figure déjà dans les préoccupations majeures qui vont animer le proche débat présidentiel français. Rien de surprenant tant l' acuité acquise par la question implique la solidité même du tissu social.

Certains réclament maintenant un referendum urgent sur le sujet, l' associant au problème sécuritaire. C' est en vérité depuis la fin de la décolonisation qu' une ligne politique claire et continue fait défaut en la matière. Il n' était pas besoin d' être un génie pour anticiper les effets vraisemblables de la chute de l' Empire colonial : d' abord la précipitation du patronat pour recruter dans les territoires anciennement annexés une main d' oeuvre bon marché, puis l' attraction conséquente du niveau de vie de l' ex métropole sur les masses misérables d' outre mer.

Un homme d' Etat conséquent aurait alors évité d' aboutir à un simple transfert de bidonvilles. Mais face à cette évolution  prévisible, l' ensemble de la classe politique, communistes exceptés, n' a esquissé aucune proposition de solution, ni sérieusement distingué immigration et intégration. On continuait de débiter, comme un voeu pieux ou une promesse non datable, un vague discours assimilationniste que le nombre croissant d' immigrants, partiellement analphabètes, rendait illusoire. Cet attentisme ne pouvait qu' ouvrir la route au communautarisme.  Les rares voix qui mettaient alors le pouvoir en garde étaient aussitôt balayées par une démission consensuelle. Elles gènaient.

C' est donc faute de clairvoyance, sinon de courage, que, touchant l' immigration, s' est installée pendant des décennies une sorte de laxisme embarrassé, parfois un peu honteux, mais parfaitement immobile. Illégaux, clandestins, faux étudiants et pseudo réfugiés politiques, alourdissaient annuellement les statistiques d' individus sans perspective d' insertion ou d' accompagnement. Un lit de camp chez un marchand de sommeil et un emploi éreintant au black ne constituent pas des garanties d' avenir. La situation se voyait escamotée par des assurances démagogiques et électoralistes qui n' abusaient plus personne.

A force, le nombre devient un déterminant négatif. Se sont accumulées au seuil de banlieues désindustrialisées, des générations de chômeurs sans grande formation, suscitant bientôt une économie parallèle et rejetant le mode de vie du pays récepteur. Quand équipements et subventions sont arrivés, c' était souvent trop tard. Une insertion réussie se fait d' abord dans les têtes et les coeurs. On n' y était pas. Des enclaves gagnées à la cause jihadiste commençaient à miter le terrain, y semer de petits "remplacements" (cités et quartiers) pour user de la terminologie du moment. De jeunes Français "de droit" s' expatriaient pour passer à l' ennemi absolu, le terrorisme. Le séparatisme s' officialisait.

L' enjeu de l' insertion est donc devenu l' unité nationale. Son abandon serait un cadeau aux irresponsables qui réclament de plus en plus fort une "reconquête militaire des zones infectées.". De la flopée hétérogène des candidats aux dorures de l' Elysée, on est, pour le moins, en droit d' espérer une offre de réponse à une problématique vieille d' un demi-siècle : faire plus d'  insertion avec moins d' immigration.

Publié dans société

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A L' OUEST, QUE DU NOUVEAU (*)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Vietnam, Irak, Afghanistan, trois échecs humiliants pour l' armée améric aine et, par contre-coup, pour l' image de l' Occident. Kaboul semble bien sonner le glas de la période écoulée depuis la fin de la dernière guerre mondiale. L' Asie, puis le Monde musulman et le Continent noir, s' émancipent de plus en plus d' une domination impérialiste blanche engagée il y a plusieurs siècles (**)

C' est maintenant à l' EURAMERIQUE de se trouver en position défensive. Certes le budget militaire US demeure, et de loin, le n°1 mondial. Mais ni les populations américaines ni les nations européennes ne se montrent favorales à une nouvelle croisade préventive ou punitive derrière le drapeau d' une démocratie elle-même contestée de l' intérieur. Le coup des "armes de destruction massive" ne prend plus.

Les problèmes de la répartition globale des richesses et de la co-existence des modèles socio-culturels connaissent donc un regain d'acuité sur le terrain. Cette évolution ne se poursuivra pas sans autres crises et secousses dont la durée et les effets humains  sont  imprévisibles. Par l' enchaînement des phénomènes économiques, technologiques, démographiques, culturels, religieux, climatiques, sinon sanitaires, les peuples risquent ainsi de se voir vite confrontés à des difficultés qui, en s' accumulant et se politisant, mettront en cause le concept de plus en plus mal perçu de l' Etat gendarme.

C' est la lecture qu' on peut tirer aussi, de manière apparemment extensive, de la méfiance de  ceux qui, face à l' épidémie de covid, refusent, contre vents et marées, de se laisser vacciner. Quel rapport avec Kaboul et ses talibans? direz-vous. La conscience diffuse d' une impasse générale grandissante. Les défilés du samedi, inspirés des "Gilets jaunes" et comiquement comptabilisés par M.Darmanin, transcendent, à l' évidence, une piqûre au bras déjà subie, parait-il, par plusieurs milliards de personnes dont certaines figurent parmi les manifestants eux-mêmes. 

C'est qu' il s' agit de l' expression collatérale mais fondée d' une lassitude et d' un scepticisme dont on peut chercher  une source indirecte  dès  le "choc pétrolier" de 1974. Rappelons-nous du tandem Nixon-Kissinger  cassant par la hausse brutale du pétrole séoudien  l' essor devenu menaçant pour les Etats-Unis des économies de l' Europe et du Japon. La France, quant à elle, pleurant ses "30 glorieuses", ne s' est jamais tout à fait remise du mauvais coup, traînant derrière elle des générations de chômeurs et une augmentation de ses prix à la production provoquant la  désindustrialisation du pays. Le civisme et la foi en la réponse politique s' en sont depuis trouvés  sér ieusement affectés.

Champs de ruines, massacres d'innocents, camps immondes de réfugiés, migrations sauvages, ukases diplomatiques,  Washington peut-il continuer à jouer indéfiniment, avec ses défoliants, son napalm, maintenant ses drones, ses fusées, ses droits de douane ou ses interdits commerciaux, les apprentis-sorciers et à conduire, de defaite en défaite, selon l' incarnation momentanée du Mal désignée par lui,  l' humanité vers sa perte ? Le rapport de forces mondial tend à s'inverser : le lamentable spectacle de l' aéroport de Kaboul en est l' illustration. L'usure du Système n' est pas niable : l' Ouest a besoin de penser d' urgence sa rénovation et d' en tirer sans arrogance une dynamique de justice et de paix.

 

 

(*) cf. Erich Maria Remark :  "A l' ouest rien de nouveau" (1929)

 

 

(**) J-P Biondi :  "Le Tiers-socialisme" (Flammarion 1976)

 

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UN CIEL NOIR D'INCERTITUDES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Aurons-nous même une "rentrée", puisque le samedi 31 juillet plus de 200.000 personnes (chiffre officiel) non "parties" sont encore descendues manifester, cette fois sous couleur de liberté sanitaire, leur opposition au pouvoir dans la rue, de Lille à Toulon et de Montpellier à Paris? L' agitation et la perplexité sont devenues chroniques  depuis le mouvement des "gilets jaunes" dont on réalise qu'il a été l' événement social le plus retentissant en France depuis Mai 68 (mais pas le seul : il y a eu les " bonnets rouges" et "nuit debout", entre autres) . Une tension qui ne désarme pas aboutit à la création d' un climat pré-révolutionnaire. L'Histoire nous en fournit maints exemples.

Nous en sommes là , tant semblent bafouées l' autorité en général , et celle de l' Etat en particulier. On ne va pas récapituler ici les  agressions verbales et physiques perpétrées depuis des mois et des mois contre tout détenteur  ou représentant d'une responsabilité. Les gouvernants ont donc à lutter sur trois fronts à la fois:

-le sanitaire, bien sûr, avec les rebonds successifs de l' épidemie du Covid, la résistance d' une fraction de la population à la vaccination, et les lourdes retombées socio- économiques qui s' ensuivent

-le sécuritaire avec la persistance de la menace terroriste et la montée spectaculaire de violences souvent associées à  des visées séparatistes ou communautaristes

-le politique enfin avec l' approche d' élections présidentielles qui s'annoncent pour le moins peu lisibles

Partout ce sont les institutions et services publics qui se voient impliqués au premier chef, donc l' avenir même de la Nation et de  son homogénéité (Santé,Education,Police,Justice, Budgets). Comme si,derrière la question  de pass sanitaire, remontait soudain un flot de griefs et de frustrations refoulés et accumulés au fil des ans.

On se surprend à pleurer  le temps heureux des défilés de septembre canalisés par le service d' ordre de la CGT, ou le retour  saisonnier de Mélanchon, qui n' a jamais fait trembler personne.

En s' archipèlisant, notre société est, depuis plus de trente ans, l' objet de multiples glissements et reclassements longtemps feutrés et, par suite, sous-estimés. Les déplacements de terrains, activés par la mondialisation libérale, le chômage endémique, la difficile intégration d' immigrés, le poids de la bureaucratie européenne et les nouvelles conditions de travail (numérisation, distanciation) affectent l' architecture précédente. Des pans sont en train de lâcher au risque de provoquer une secousse dont on ignore l' ampleur. Notre Contitution, base de consensus, est, à l' évidence,obsolète...mais intouchable(?)

Pour la premiére fois depuis 1945, les strates inférieures de la volumineuse classe moyenne française, bénéficiaires des "trente glorieuses",se sentent globalement paupérisées et déclassées. Leur colère n' est pas celle d' un mouvement prolétarien ou d'une revendication catégorielle mais celle d' une révolte citoyenne par son caractère interclassiste et intergénérationnel. De nombreuses mères de famille isolées, des masses de petits commerçant endettés, des légions de retraités insolvables, des groupes de jeunes actifs sans emploi, se retrouvent soudain dans la rue au voisinage de militants anti-Système radicaux dont l' objectif est clairement idéologique.  Une convergence, a priori improbable, établit une manière de porosité  entre des "quartiers" de banlieue à majorité  d'immigrés et des populations issues de zones urbaines et rurales considérées jusque là sans problème. Ce sont à leur tour les lotissements périphériques et les cités dortoirs qui se mobilisent (voir l' identité des manifestants violents jugés en comparution immédiate). Bref, le Peuple dans la réalité de ses composants.

A l' opposé, les partisans inquiets des dysfonctionnements de l' Etat démocratique,  électeurs habituellement  fidèles aux partis de gouvernement, se montrent, à l' occasion, plus perméables à certains arguments du discours autoritaire et nationaliste des Zemmour, Dupont-Aignan et consorts, qui, eux, classent sans hésiter Marine Le Pen "à gauche" (sic).

Attendons-nous donc à des redistributions des cartes, revirements, apparentements, alliances ou coalitions inattendus, voire indécents, s' appuyant sur le malaise et le déclin générés par plusieurs décennies d' insuffisance gouvernementale. Mais ces combinaisons sauront-elles suffire? Ce sont aussi les règles du jeu qui ne collent pas dans le contexte d' urgence actuelle.

 

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L'AMI BIRAGO DIOP

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Sur la scène du Théâtre National Daniel-Sorano du Sénégal, on joue Birago Diop comme on joue Molière sur celle de la Comédie française, c' est à dire comme un auteur relevant d'un patrimoine collectif.

Birago Diop, que je me flatte d'avoir eu comme ami, était né en 1906 à Ouakam, dans la banlieue de Dakar. C' était un homme d' une grande simplicité, direct et fraternel, que son destin "historique" ne semblait guère soucier.

L' Administration coloniale veillait, à l' époque de son enfance, à orienter les meilleurs élèves africains vers des études comme celles de vétérinaire, pour les éloigner des Lettres et du Droit, susceptibles de les pousser à la mise en cause de la colonisation. Birago a donc été élève de l' Ecole vétérinaire de Toulouse et s' y est marié. Une vie toute tracée paraissait s' offrir à lui.

Mais en 1934, le jeune Diop rencontre Senghor, actif  leader de la Négritude et animateur du journal " L'Etudiant noir". Tous deux étaient faits de la même pâte humaniste: Birago publie là ses premiers poèmes, avant d' entamer une carrière professionnelle qui le mène dans plusieurs territoires de l' ouest africain.

C' est à cette occasion qu'il se met à recueillir avec soin contes et fables des griots, bientôt réunis en un recueil à succès : "Les contes d' Amadou Koumba", et qu'il rédige la plaquette "Lueurs", où l' on retrouve "Souffles", texte anticolonial déjà paru dans "L'Etudiant noir."

A l' avènement de l' Indépendance, Senghor le nomme ambassadeur en Tunisie, poste qu' il occupe trois ans. De retour à Dakar, il y ouvre une clinique, mais le gôut de l' écriture ne l' a pas quitté. Le conteur devient dramaturge avec la tragi-comédie "L' os de Mort Lam" qui, mise en scène par Peter Brook, rencontre un succès populaire international.

Dans la dernière phase de son passage sur terre, et jusqu'à sa mort en 1989, Birago Diop se fait, avec "La Plume raboutée", le mémorialiste de son propre parcours.
Son oeuvre, pionnière de la littérature noire francophone post coloniale, a évidemment suscité bon nombre d' analyses et de commentaires de sympathie admirative.

Je ne citerai que ce passage éclairant du critique haïtien Roger Dorsinville à propos du villageois de Mor Lam, histoire d' un homme trahi puis enterré vivant par la faute de son égoïsme:

"Il y a lieu de féliciter l' auteur pour l' exemplaire fidélité à la culture traditionnelle qui est la marque de son génie. Il est remarquable que (...) voulant redresser, il n' ait pas entrepris de prêcher en chrétien ou en scientifique, mais ait choisi, à l' africaine, d' approfondir, sous des apparences ludiques, les caractérisations, les contradictions."

J' aime écouter Birago Diop.
 

Publié dans littérature

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CNews, cluster de l' ultradroite

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le risque de contamination n' existe pas qu' en médecine. Il sévit sous d' autres formes, par exemple dans les médias, avec un virus identifié mais non maîtrisé : la haine.

Trump a longtemps disposé du concours de Fox News, chaîne de propagande continue du milliardaire Rupert Murdoch. Un Français a puisé l' inspiration dans les mêmes eaux en acquérant CNews, Vincent Bolloré, milliardaire lui aussi, et en offrant l' antenne aux voix racistes et fascisantes.
Il suffit en effet d'ouvrir un récepteur d' images pour en faire la constatation. A patir de 17heures  défilent sur CSNews des "consultants","experts", "chroniqueurs", "animateurs" et "éditorialistes" voués à l' éducation des masses par des considérations dont, depuis des lustres, on avait fini par oublier l' incomparable parfum.

Etrange coîncidence, le phénomène se développe "en même temps" que la Gauche s' effondre (voir chronique  " Le Mouvement social méritait mieux" du 18 mars dernier) et que la France se droitise encore.

La tête de gondole de ce renouveau ne semble plus Marine Le Pen mais Eric Zemmour, idéologue de grande consommation au service des citoyens rendus disponibles par 40 ans d' incompétence et d' absence de vision historique. Ainsi, le nommé Zemmour profite-t-il, par la grâce de M. Bolloré, de 5 heures hebdomadaires d' écran pour matraquer le bon peuple avec des élucubrations fumeuses et des nostalgies hors sol qui le placent à droite toute du "Rassemblement National". En temps de crise, aucun ridicule n' est exclu.

Le contribuable, vous et moi, finançons un CSA (Conseil Supérieur de l' Audio-visuel) en charge du juste équilibre de la parole poltique. Ne serait'il pas opportun qu' il demande à cette occasion la diminution du temps de parole d' un "essayiste" dont on dit par ailleurs qu'il serait candidat aux présidentielles de 2022? 

Et serait-ce une censure que de réguler pour le coup le flot des missionnaires qui font qotidiennement cortège à l' idéologue en chef, les Praud, Rioufol, Goldnagel, Béglé, Dassier, Cluzel, Elisabeth Lévy, G.Lejeune ou Ménard, dont la raison d' être  est  la haine pathologique de l' Arabe (sans pétrole ni dollar)?  Tous ces gens tissent peu à peu, en alternant insultes, menaces, mensonges, omissions calculées et hypocrites insinuations, un climat dépressif dont la nocivité accuse effectivement le danger de " séparatisme", et rapproche le pays du régime de propagande et de conditionnement qui est l' objectif de ces stratèges en studio.

Le problème est donc bien politique: la puissance financière instrumentalise, par l' emploi des sorciers- idéologues et des intervenants complices de CSNews, une partie de l'opinion. Elle attise la division et cherche à opposer des Français les uns aux autres. La classe politique, qui n' a que le mot " démocratie" à la bouche, devrait montrer qu' elle se soucie aussi de la pollution programmée des esprits.

 

 

Publié dans politique

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LA FLAMME DU PUNCH

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il était Martiniquais et Normalien. Elle était Normalienne et Martiniquaise. Nés la même année : 1913. Ils se sont rencontrés à Paris, puis mariés. Ils ont été tous deux professeurs au lycée Schoelcher de Fort-de-France, militants communistes et pro indépendantistes. Comment ne se seraient-ils pas "trouvés"?

Lui se nommait Aimé Césaire. Elle, Suzanne, née Roussi. Il n' était pas aisé de se forger un nom à soi quand on était la compagne, d' origine modeste, d' un écrivain et homme politique vite devenu célèbre. Ce n' était d'ailleurs pas le souci de Suzanne. Dotée d' une intelligence hors pair et d' un charme élancé devant lesquels ne manqua pas de s' extasier, au su et au vu de tous, y compris de sa propre femme, André Breton, elle fut décrétée par le Pape du surréalisme " belle comme la flamme du punch".

Cependant, madame Césaire n' était pas prête à succomber au  marivaudage poétique, aussi flatteur soit-il . Mère de plusieurs enfants et enseignante, elle était, en parallèle, dévorée par le besoin d' expression et le combat pour les droits de la Femme noire, "victime de la double peine". 

Après avoir étudié en profondeur les travaux de l' africaniste allemand Frobenius et ceux de Marcus Garvey, à l' origine de la Negro Renaissance aux Etats Unis, elle s' est voulue une initiatitrice du surréalisme aux Antilles. Elle a participé à cet effet, avec son époux et avec le philosophe René Ménil et le peintre cubain Wilfredo Lam, à la fondation de la revue "Tropismes" ( 14 numéros de 1941 à 1945 ) qui a influencé toute l' intelligentsia caribéenne et négro-américaine de l' époque.

Suzanne Césaire a joué un rôle essentiel dans le choix des orientations (aujourd'hui sans doute en partie obsolètes...et encore!) de la publication, notamment :

- l' affirmation, appuyée sur le mouvement de la Négritude et le Surréalisme, de l' identité antillaise et le rejet de la culture "doudou", illustration méprisante du paternalisme colonial.

- la solidarité avec toutes les luttes antiimpérialistes et un tiers-mondisme assumé, de l' Inde au Congo ou, surtout, à l' Algérie, motif d' un début de distanciation avec le Parti Communiste Français que les Césaire finiront par quitter.

- un engagement déterminé en faveur de la cause féministe. " C' est la première fois, révèle son exégète, Jacqueline Leiner, où la femme, dans le surréalisme, n' apparait pas simplement comme instrumentalisée par le désir de l' homme."

Suzanne Césaire est morte du cancer à 50 ans, partageant depuis peu la vie d' un compagnon dont l' identité ne fut pas révélée ( on a évoqué Henri Michaux, avec lequel elle a expérimenté la mescaline dans les années 50 ). Elle avait posé la plume et cessé de vendre la presse communiste en banlieue parisienne. Aimé Césaire, lui, est parti à 95 ans, en 2008, après une tentative vaine et indécente de récupération électorale par Sarkozy. 

-

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LE MOUVEMENT SOCIAL MERITERAIT MIEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Constat banal et navrant : jamais depuis les débuts de l'industrialisation (1820-40), le mouvement social en Europe (on ne dit plus "ouvrier") ne s' est trouvé à un étiage aussi bas, malgré une multiplication record d' organisations et de manifestations .

Les motifs du phénomène sont divers et déterminants : mondialisation et nomadisme des marchés, donc de l' emploi, extension des formes de plus en plus nombreuses d' intelligence artificielle, crainte des classes moyennes pour leur avenir, absorption de la social-démocratie par le libéralisme, effacement du communisme, mouvements migratoires de masse et défaut de reconnaissance des minorités, avènement de l' urgence écologique, part croissante des problèmes sociétaux (rôle des femmes, liberté sexuelle, euthanasie).

De l' anarchie et du marxisme aux communautarismes ethno-religieux, le mouvement populaire est devenu objectivement complice de son déclin. Les solidarités de classe dérivent vers l' individualisme petit-bourgeois, l' internationalisme prolétarien vers l' exclusion culturelle. La perte d' influence du monde du travail face à la modernité est la rançon de tels tropismes.

La Gauche a un problème majeur de représentation. La pauvreté d' une production théorique qui peine à accompagner les mutations sociales, le manque conséquent de vraisemblance économique, l' amertume laissée par l' échec de différentes expérimentations socialistes, ont taillé des croupières au potentiel militant et , plus largement au peuple de gauche.

Démobilisation, abstention,démission, sont, du coup, des comportements accueillis avec faveur par l' autre monde, celui de l' argent, dénoncé pourtant sur les trétaux électoraux. Une fraction non négligeable des électrices et électeurs français à gauche ont déjà annoncé qu'ils resteraient à la maison en cas de nouveau duel Le Pen-Macron au second tour des élections présidentielles de 2022. Voilà qui illustre le désarroi d' une force politique qui, en 1981, totalisait, toutes sensibilités confondues, la majorité des citoyens et n'en compte plus qu' à peine 30%.

Soit une perte de prés d' un électeur sur deux. A ce stade ne surnage qu' un vote de principe, protestation abstraite, sans perspective. L'idée de justice sociale où avaient ensemencé il y a un siècle et demi Proudhon, Pelloutier, Jaurès et tant d' autres, se voit ainsi supplantée  par la tyrannie consumériste, la police bancaire, l' esclavage toxicomaniaque, la violence pour la violence.

Le redressement, idéologique mais aussi éthique,prendra du temps. Ce n' est pas l'affaire d' un Sauveur suprême mais d' un sursaut collectif qui devrait donner jour à un personnel poltique moins déconsidéré par son électoralisme , sa démagogie, ses divisions et ses reniements. Attention ! Le mouvement, sans lequel, aucune société ne fonctionne, le mérite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L' AVENIR D'UNE ELECTION

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On sent, sauf à fermer obstinément les yeux, que les  systèmes actuels de gouvernement, centralisés ou pas, ne répondent plus, dans les sociétés occidentales, aux attentes et aux besoins populaires concrets. Le modèle démocratique européen, relooké façon nord américaine, a pris un sérieux coup de vieux auquel ni  un Joe Biden ni une Cour Suprême ultraconservatrice, ne semblent en mesure d' assurer les soins chirurgicaux nécessaires.

Parallèlement s' affirme une conception différente de l' organisation mondiale: le communisme de marché, synthèse de l' idéologie et du développement sous le contrôle étroit de l' Etat. Rallié au système, seule mais indispensable condition, libre à vous d' entreprendre, produire, commercer, et tirer profit de vos capacités. L' Etat n' intervient ici que pour assurer à la société que votre réussite ne vous confère pas un pouvoir sur elle et risque ainsi de fausser la répartition globale des richesses,

Cette opposition radicale (chinoise, sûrement, mais pas que...) au capitalisme sauvage et non régulé fait du modèle américain un épouvantail qui ne séduit plus que les monarchies pétrolières. Dans ce contexte de tension croissante, l' Europe affaiblie et divisée fait figure de "ventre mou", mi libéral mi social, et de ce fait marginalisé, alors qu' elle rêve naïvement d' un statut d' arbitre qui lui est inaccessible.

Le bruyant barnum des élections américaines ne parait dès lors qu' un événement anecdotique masquant des enjeux beaucoup plus déterminants. On sait que ce n' est pas le bon vieux Joe qui va les règler.  Significatif est le score plus important que prévu qu' a encore enregistré un individu comme Trump. Il n' est pas qu'un facteur: c' est aussi un produit. Il témoigne quelque part de l' angoisse du déclassement dans les classes moyennes et du chômage dans les masses ouvrières face aux mutations techno-économiques. Finalement d' une crise, souvent évoquée ici, d' identité et de civilisation où flotte la silhouette indécise de l'homme de demain, harcelé par le danger climatique (le globe sera-t-il vivable longtemps?), les épidémies et une géopolitique qui contredit l' arrogance mondialiste. Laquelle aggrave les inégalités couvertes  par la démocratie  formelle.

 Biden, des jeunes gens qui dansent dans les rues, très bien. Mais cela s' arrête à l' émotion si personne ne propose un mode rénové d' organisation sociale qui laisse une chance à chacun d' entre eux sur cette mélancolique planète, et  épargne à celle-ci un néo trumpisme, avec ou sans Trump.

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PERENNITE D'OSCAR WILDE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Quel pays de 5 millions d'habitants à peine peut-il se targuer d' avoir, en un demi-siècle, donné naissance à six écrivains de renommée internationale : Oscar Wilde en 1854, George-Bernard Shaw en 1856, William Butler Yeats en 1865, John Millington Synge en 1871, William Joyce en 1882 et Samuel Beckett en 1906 ? Réponse: l' Eire, ou République d' Irlande. Trois d' entre eux, Shaw, Yeats et Beckett, ont obtenu le Prix Nobel de Littérature. On peut dire que tous ont contribué au renouveau des Lettres au tournant du XXème siècle, au point d' influencer encore la poésie, le roman et le théâtre d' aujourd'hui.

Je veux m' arrêter un instant sur la postérité d' Oscar Wilde , dramaturge abondant mais auteur d' un unique roman, qui a assis sa notoriété, " Le portrait de Dorian Gray": une oeuvre sulfureuse parue en 1890, ayant valu à son créateur une cascade de déboires et de procès conclue par deux ans de prison et un exil définitif à Paris où il s' est éteint dans la misère en 1900.

Il se trouve que le tombeau de Wilde, au cimetière du Père Lachaise, est tout proche de celui de mes parents. Cela me permet de constater, à chacune de mes visites familiales, combien le souvenir du romancier irlandais demeure vivace, plus d' un siècle après sa mort dans notre pays. Il n' est pas de fois que je ne voie, hiver comme été, une personne ou un groupe   arrêtés devant le monument, sans cesse fleuri, qui lui est consacré.

Issu de la bonne bourgeoisie protestante de Dublin, Wilde, devenu critique littéraire à Londres, y incarnait le modèle du dandy homosexuel,. scandaleux à une époque où la morale victorienne régnait sans partage. Le "Portrait" qui a, par la suite, inspiré une foule de cinéastes, mêle éléments autobiographiques et références à son jeune amant.

Il tient à la fois du conte philosophique et du mythe faustien. Le héros, Dorian, qui sacrifie son image pour pouvoir garder éternellement jeunesse amoureuse et beauté, est symbolique des
 rêves et fantasmes de chacun, comme le sont, d' une autre façon, Emma Bovary, la femme adultère, ou Raskolnikov, étudiant et meurtrier.

L' inattendue popularité - pérennité d' Oscar Wilde n' est pas sans signification. Elle témoigne de la force d' imprégnation dans les esprits des  personnages littéraires entendus comme acteurs rebelles ayant trouvé en eux-mêmes le courage de la transgression.

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LE CAS LEWIS CARROLL

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Pourquoi la pédophilie est-elle relativement fréquente dans le monde artistique? Gauguin , Degas , Nabokov , le photographe David Hamilton, les cinéastes Polanski et Woody Allen, le romancier Matzneff : autant de noms associés à des affaires mettant en cause leur relation aux enfants.

Le cas du célèbre auteur d' " Alice au pays des merveilles", l' Anglais Lewis Carroll, est, de ce point de vue, particulier. Qui était Lewis Carroll, pseudo de Charles Lutwidge Dodgson, né en 1832 dans une famille de pasteurs anglicans? Un timide et assez quelconque professeur de mathématiques d' Oxford, tombé un jour passionnément amoureux de la fille du doyen de l' école où il enseigne, la Christ Church. Un problème : elle n' a encore que six ans.

Le psychanalyste Jacques Lacan a diagnostiqué la déviance de Carroll (il bégaie, sauf en compagnie d' enfants) comme obsession d'un "renversement", que peut en effet confirmer le texte "De l' autre côté du miroir" . Selon Lacan, toujours, Carroll assume un idéal contradictoire fondé sur le désir d' abolir le désir tout en demeurant globalement "désirant".
Complexe, certes, mais la spécificité de cet auteur est bien  de mêler sans cesse réalité et imagination. C' est pourquoi son oeuvre déploie un fantastique qui, dans une atmosphère onirique, a donné vie à un genre littéraire où le non-existant se pose comme acquis.

En d' autres termes, il s' agit du "Nonsense", qui permet à Carroll d' inventer créatures artificielles, jeux et énigmes pour enfants, dont l' illogisme fera le bonheur des surréalistes. Il n' est donc pas surprenant de voir l' artiste se tourner très tôt vers la magie et la manie de la photographie, et emmagasiner, comme des oeuvres d' art, plus de 3.000 clichés de fillettes à moitié nues. Jusqu' au jour où les choses semblent dérailler puisque Madame Liddell finit par interdire à Carroll toute approche de ses trois filles.

Cependant, le succès de ses ouvrages est déjà acquis, au grand scandale de la morale victorienne. Un montage montre ultérieurement Alice et Carroll s'embrassant avec fougue. Les uns dénoncent le document comme un faux. D' autres  affirment son authenticité, entretenant autour de l' écrivain une réputation d' original, qu' il se garde d' ailleurs de démentir, voire de criminel, que son statut de diacre et son austère réserve  rendent inconcevables.

La pédophilie a maintes motivations, des plus primaires aux moins déchiffrables. Chez Carroll, où le mobile purement sexuel ne semble pas avoir été dominant, j' attribuerai l'inversion en question   à une extrème sensibilité l' éloignant de la rudesse des adultes et de l' hypocrisie puritaine, en vue de réhabiter la fraîcheur et la vaste liberté d'invention et d' innovation de l' enfance.

L' écrivain a imposé une Féerie sans fées.que peuplent des êtres inconnus parlant le langage humain. Le nonsense triomphe, et avec lui la contestation d' un monde.  Dès lors,ce n' est pas hasard si, sans être pédophiles, des hommes comme Jarry, Raymond Roussel, Joyce, Benjamin Péret et même, dit-on, Charlie Chaplin, ont voulu se reconnaître en lui.

Publié dans culture

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