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"RAPHAËL DES FLEURS"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Bonne idée que de présenter en ce printemps au "Musée parisien de la Vie romantique", dans le quartier même où est née la version française du mouvement, une exposition du maître de la Rose, Pierre-Joseph Redouté.
Artiste à l' embranchement du dessin et des sciences de la nature, Redouté, né en 1759 dans les Ardennes belges, arrive à Paris à 24 ans et y meurt à 81, après avoir traversé sans encombre une tumultueuse époque : la fin de l' Ancien Régime, la Révolution, l' Empire, la Restauration et une bonne partie de la Monarchie de Juillet.

Elève du Hollandais Van Spaendonck, il devient dès 1793 (l' année de la Terreur), responsable du département des vélins au Museum et l' illustrateur de nombreux ouvrages de botanique. Dès lors, on fait appel à son inspiration poétique et à sa technique rigoureuse : aux Manufactures de Sèvres et des Gobelins, au Musée des Beaux-Arts de Lyon comme au Château de la Malmaison. Il est bientôt le peintre floral attitré des "Grands", de l' impératrice Joséphine de Beauharnais à la reine Marie-Amélie et au roi Charles X qui lui remet les insignes de la Légion d' Honneur.

Spécialiste de l' aquarelle sur vélin, on le surnomme le "Raphaël des fleurs" en un temps où le goût des plantes exotiques rapportées par les botanistes de leurs explorations en Amérique du sud et en Australie fait fureur. On se dispute ses gouaches et ses gravures. Ses illustrations de recueils inspirent les céramistes, les peintres sur soie, les brodeurs, les concepteurs de papier peint, c' est-à-dire les acteurs d' arts appliqués et décoratifs qui viennent témoigner d' une société où le pouvoir des fleurs ne  fane jamais.

" L' iconographie végétale, affirme Redouté vers la fin de sa vie, n' est plus simplement un art du luxe." Il défend jusqu' au bout l' idée que ses "précieux modèles", les roses immortelles, doivent profiter à tous grâce aux outils qui peuvent rendre la Beauté accessible à chacun. Le message de Redouté n' est pas demeuré lettre morte: le pinceau et la machine poursuivent un fructueux dialogue. 

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CONTRIBUTION à l' HISTOIRE SOCIALE en FRANCE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Ainsi va le mouvement populaire dans notre pays qu' il grandit, se scinde, décline, puis , tel le Sphinx, renaît de ses cendres et verdit à nouveau, engendrant au passage des " avancées" qui ne sont parfois qu' un rattrapage de mesures existant ailleurs, mais qu'un patronat local rétrograde a freinées par tous les moyens (il a été, de ce fait, toujours aisé de demander à un égoïsme aussi forcené pourquoi, selon lui, il y a des communistes, mais bon...) L' Allemagne de l' Empereur Guillaume II, où dominait la social-démocratie, était plus ouverte en matière de retraites ouvrières, d'hygiène d' entreprise et de sécurité maladie que la IIIème République française, où des dispositions identiques étaient immédiatement soupçonnées de "collectivisme" et annonciatrices de ruine générale. C' est seulement en 1936 (Front populaire) qu' ont été octroyés 15 jours de congé payé aux salariés (et en 1945 qu' a été accordé le droit de vote aux femmes.) Désolé, mais notre fameux modèle social n' est pas partout à l' avant-garde : syndicalisme anémique, paupérisation que ne compensent pas des aides en déclin, services publics en déficit alarmant, salaires féminins dévalorisés, pénibilité contestée, maladies et accidents du travail mal reconnus, emplois saisonniers peu réglementés, etc. Encore faut-il préciser que bien des conquêtes ont été historiquement précédées de grèves dures, voire accompagnées d' émeutes et de sanglantes répressions (1830, 1848, 1871, 1906 pour les principales). La lutte des classes en France n' a jamais été une légende. Même les "hussards noirs de la République", ces instituteurs issus des couches populaires, n' ont pu modifier en profondeur les mécanismes de reproduction des élites ni augmenter de façon concluante les occasions de mobilité sociale.

C' est donc un paradoxe relatif que de voir "la Gauche", terme qui en vérité se réfère plus au parlementarisme bourgeois qu' à la défense des intérêts prolétariens (un adjectif fleurant désormais l' archaïsme), que de voir, oui, la Gauche installée lessiver en moins de quarante ans le mouvement progressiste: Mitterrand, originaire du centre droit, a étranglé un parti communiste déjà discrédité par le système stalinien, Hollande, par son insuffisance, vidé de sa substance le Parti façonné par le même Mitterrand. Phénomène qui n' est sans doute pas étranger à un affaiblissement syndical simultané.

Sans remonter aux Jacobins et aux Girondins, aux Blanquistes et aux Proudhoniens, aux Sociaux-Démocrates et aux Anarcho-Syndicalistes, sans allusion à la dégénérescence mondiale des modèles dérivés (nationalistes et autoritaires, exotiques, planistes, religieux, césariens, libéralo-libertaires et autres), rappelons qu' il y a plus d'un siècle déjà, en 1905, les formations se réclamant du "socialisme" avaient réussi à fusionner en Section Française de l' Internationale Ouvrière (SFIO). Quinze ans plus tard, l' ensemble éclatait sous la pression d' un courant majoritaire rallié à la nouvelle Internationale Communiste. Plusieurs tentatives de réunification ont eu lieu entre les deux guerres puis à la Libération, entravées chaque fois par le stalinisme et la guerre froide, par dessus la tête de millions d' électeurs unitaires frustrés.

A l' intérieur même de la vieille SFIO, qu' avaient désertée les ouvriers, les microscissions se succédaient: "néo-socialistes" sur la droite, "parti socialiste ouvrier et paysan" sur la gauche, "parti socialiste autonome" puis "unifié" lors de la guerre d' Algérie, fractures en général suivies de regroupements en "clubs" et "conventions" jusqu'à la réunification du Congrès d' Epinay en 1971. Cela dit, l' échec ultérieur et définitif de "la génération Mitterrand" ne saurait gommer la prégnance de la question sociale. La Nature, c' est connu, a horreur du vide.

Parallèlement a prospéré au fil des ans une kyrielle de chapelles ultrarévolutionnaires et de sectes panmarxistes au discours inaccessible aux non initiés, mais dépensant beaucoup d' énergie doctrinale à s'excommunier mutuellement. De Krivine à Laguillier ou de Lambert à Pablo, Bezancenot et Poutou, elles constituent encore un élément plutôt anecdotique mais familier, sans lequel la saga révolutionnaire se sentirait amputée. Maintes carrières y ont d' ailleurs débuté depuis quelques décennies avant de trouver leur chemin de Damas : celles de Jospin, Mélanchon, Drai, Cambadélis, entre autres.

Aujourd'hui le courant communiste est partagé en une dizaine de groupes "refondateurs" et le courant socialiste, après implosion électorale, cloisonné en tribus gauloises allant d' un macronisme tempéré à un extrémisme mélanchonien replié sur lui même. Les rescapés de cette Gauche décomplexée s' apprêtent déjà à se positionner en continuateurs de leur oeuvre.

On redoute alors le scénario : leurs organisations aux adhérents raréfiés risquent  de s' entredéchirer des années avant que surgisse l' homme providentiel qui révélera que l' union fait la force. Un Congrès historique supplémentaire rapprochera des agrégats militants d' accord sur l' essentiel qui devront expliquer, le pouvoir conquis dans l' urne, l' inusable obligation d' opter pour  l' opposé de leurs promesses d' opposants, de jongler avec la ligne programmatique, de sacrifier, à l' abri de motivations alambiquées, à l' électoralisme et au clientélisme , bref de renoncer  en chemin. 

La phalange des insatisfaits mettra alors en accusation les "félons pouvoiristes" devant des masses ainsi poussées vers l' abstention... Cette fascination  récurrente pour la rupture entre soi (fut-ce au prétexte de la place d' une virgule dans une motion, d' un ego froissé ou d'un coup de com' narcissique) est, chez des "leaders" éléphantisés par leur entourage, d' ordre culturel, génétique et vaniteux (plutôt n°1 d' un groupuscule que n°2  d' un parti  étoffé). Il relève de la taquinerie théorique ou de l' occasion tactique à saisir plus que de l'analyse approfondie des mutations cycliques du capitalisme. Le problème est, par conséquent, devenu autant celui de la fiabilité de l' engagement que celui de l' étendue du "dégagisme" en cours.

 

 

 

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SPLENDEUR ET MISERE DE PAUL POIRET

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paul Poiret est un nom célèbre de la "Vie parisienne" de l' avant première guerre mondiale pour deux raisons : styliste, il est un pionnier de l' "Art déco" qui triomphera dans les années 20, couturier, il "libère" la femme de la tyrannie des corsets, en instituant la taille haute et en puisant l' inspiration dans l' orientalisme en vogue dans la peinture et la littérature.

Fils d' un marchand de drap de l' ancien quartier des Halles de Paris, oncle par sa soeur des futures écrivaines Benoîte et Flora Groult, Poiret déborde d' idées neuves qui le situent, avec des artistes comme ses amis Raoul Dufy ou Max Jacob, au croisement de la mondanité et de la modernité.

Le premier, il associe parfums et haute couture, créant trente cinq marques aux noms exotiques tirés de ses voyages par le monde. Il organise dans son hôtel particulier de l'Avenue d' Antin (aujourd'hui Avenue Franklin Roosevelt), sa résidence estivale de Saint-Cloud, et sa villa finistérienne de l'Ile-Toudy, des fêtes somptueuses où se pressent princes, ministres et célébrités. Il est, bien avant le Gatsby de Scott Fitzgerald, Poiret le Magnifique, celui qui habille les vedettes, lance le "manteau d' automobile", imagine la jupe culotte et l' audacieuse jupe "entravée".

1914 vient soudain stopper cette impressionnante réussite. Quatre ans plus tard, le monde a changé. Poiret perd la main, malgré quelques sursauts spectaculaires comme sa participation en péniche à l' Exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925. De nouveaux visages apparaissent, tels ceux de Jeanne Lanvin et Coco Chanel. La situation financière de Paul Poiret se détériore à tel point qu' il interrompt la construction de la villa que l' architecte du moment, Robert Mallet-Stevens, édifie à l' intention du couturier à Mézy sur Seine. Ce dernier n' en sera jamais l' occupant. C'est l' actrice Elvire Popesco qui fera achever le chantier.

Alors qu' un de ses concurrents, Jean Patou, rachète une autre de ses propriétés, une villa à Biarritz cette fois, Poiret se change les idées en montant sur les planches jouer "La Vagabonde" aux côtés de Colette. Le krach boursier de 1929 finit d' emporter la maison de couture. Poiret est ruiné au même moment qu' un autre visionnaire, de l' automobile celui-la, André Citroën. La tardive création de la gaine, flexible remplaçante du corset maudit, ne ralentit pas la chute. Poiret publie ses mémoires avant de s' enfoncer dans l' oubli. Il s' éteint anonymement en avril 1944, à quelque semaines de la libération d' un Paris qui n' existe plus: la société élitiste et festive plébiscitant le "chic" anticonformiste de ce natif du quartier des Halles.

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PASSAGES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La vie est un passage : ce lieu commun comporte une part de vérité quand on considère la

rapidité avec laquelle s' efface le souvenir de certains auteurs (français en tout cas) qui ont en

leur temps fait rire nos parents en soulignant l' absurde de notre condition. L' intention ici est de

donner, sans prétention à l' exhaustivité, l' envie, dans la période assez chagrine qui est la nôtre,

de lire ou relire quelques-uns de ces moralistes modernes.(1) Encore joués ou cités, mais guère

lus, chacun d' eux démontre que l'humour de qualité n' est pas qu' anecdotique. Il est inusable

parce que totalement humain :

Alphonse Allais(1854-1905)- "L' argent, tout compte fait, aide à supporter la pauvreté".

Georges Courteline(1858-1929)- "Il ne faut pas gifler un sourd. Il perd la moitié du plaisir  en

sentant la gifle sans l' entendre."

Jules Renard(1864-1910)- " La modestie, c' est de n' être rien et d' être quand même modeste. "

Erik Satie(1866-1925)- " Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux."

Tristan Bernard(1866-1947)- " Que ne suis-je riche pour venir en aide au pauvre que je suis."

Sacha Guitry(1885-1957)- " C' est entre trente et trente et un ans que les femmes vivent les dix

meilleures années de leur vie."

Pierre Dac(1893-1975)- " Il vaut mieux qu' il pleuve aujourd'hui plutôt qu 'un jour où il fait beau."

Henri Jeanson(1900-1970)- " Les maris se choisissent les yeux ouverts et les amants les yeux

fermés."

Frédéric Dard(1921-2000)- " Les gens qu' on couche sur son testament ne dorment que d' un

oeil."

Pierre Desproges(1939-1988)- " La démocratie est la pire des dictatures : celle exercée par le

plus grand nombre sur la minorité.

(1) On peut, bien sûr, se référer aussi  à la longue lignée de chansonniers, paroliers,

  dialoguistes talentueux et influents aujourd'hui parfaitement  ignorés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LE MESSAGE CHEDID

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les dynasties artistiques ne sont pas rarissimes. Celle des Chédid marque par une continuité qui lui confère un côté tribal qu' illustre en 2015 une tournée collective et une Victoire de la Musique l' année d'après.

La fondatrice de la lignée est une poétesse d' origine syro-libanaise, Andrée, qui aurait aujourd'hui 117 ans. Née au Caire, mariée au médecin-biologiste Louis- Sélim Chédid, elle s' installe en 1946 à Paris où son époux devient chercheur à l' Institut Pasteur.

Les premiers textes francophones de la jeune femme datent du début des années 50 et sont publiés par le poète-éditeur des Surréalistes Guy Lévis-Mano, sous le label des Cahiers G.L.M.

Son oeuvre qui ne cesse de s' élargir, tout comme son audience, englobe dès lors poésie,romans, nouvelles et pièces de théâtre que couronnent deux prix Goncourt : celui de la Poésie et celui de la Nouvelle.
Le propos principal d' Andrée Chédid est l' interrogation sur le Sens de notre vie, à la fois riche et fragile. Le "goût des autres" et l' empreinte indélébile de l' Orient sont des éléments qui lui donnent sa coloration multiculturaliste. Elle confie : " Je cherche à nommer quelque chose qui est au fond de l' homme, et dont la mort est la signature."

C' est le message qu' elle transmet à ses deux enfants, Michèle, artiste peintre, et Louis, chanteur-compositeur. Celui-ci, d' abord membre des "Petits chanteurs à la croix de bois", puis monteur de cinéma, se lance dans la carrière musicale en 1973. Il se hisse en quelques années au hit-parade avec "T' as beau être pas beau " comme interprète et guitariste de jazz proche de Django  Reinhardt.

Son fils Matthieu, devenu -M-, assure le relais, mettant à l' occasion en musique rock les poèmes de sa grand-mère. Dès l' enfance, il figurait dans les choeurs accompagnant  son père. Bientôt aussi populaire que lui, il s' associe au projet familial d' un spectacle réunissant sur scène Louis et trois de ses enfants, Matthieu, Joseph dit Sélim, et Anna, alias Nach, chantant en semble leurs créations personnelles supervisées par Emilie, leur mère.

C' est alors une tournée de cinq mois et 37 concerts dans les pays francophones ( mai-septembre 2015) et, l' année suivante, l' album enregistré en studio récompensé par la Victoire de la Musique. Ultime hommage rendu à la  poétesse, l' Aïeule sublimée, venue au monde presque un siècle plus tôt dans ce Liban déchiré où elle n' avait cessé de puiser son inspiration. Pour elle encore le titre n°1 de Louis, le fils prodigue de cette saga : "On ne dit jamais assez à ceux qu' on aime qu' on les aime."

 

 

 

 

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SATIE, MUSICIEN DE L' IRONIE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Erik Satie est aujourd'hui célèbre. Les spectacles le revendiquant se sont multipliés tant en France qu' à l' étranger ( l' Américain John Cage a repris "Vexations", partition à jouer 840 fois de suite). On est loin du temps où les critiques traitaient ce jumeau musical d'un Marcel Duchamp ou d' un Antonin Artaud, de "fumiste" pour les plus indulgents et de "pauvre type" pour les plus hargneux.

Nul ne songerait plus à rayer du paysage culturel un homme qui a inspiré Mallarmé, été le disciple de Vincent d' Indy à la Scola Cantorum, l' animateur du "Groupe des Six" (Auric, Durey,Honegger, Milhaud, Poulenc, Taillefer), de l' "Ecole d' Arcueil" (Sauguet, Emié, Lizotte), avant d' être annexé par les dadaïstes (Tzara, Picabia), le Théâtre de l'Absurde (Ionesco, Bekett) et une foule de créateurs allant de Cocteau à Picasso,Stravinsky, Diaghilev, Braque, Debussy, Man Ray, Breton  Désormière ou René Clair.

Né à Honfleur en 1866, Satie arrive à Paris à 12 ans, échoue comme élève au Conservatoire National de Musique et pour échapper au service militaire n' hésite pas à s' exposer nu dehors une nuit d' hiver. Effectivement, il contracte une pleurite et est réformé.

Commencent alors pour lui des années de bohème montmartroise. Il tient l' harmonium au 'Chat Noir", cabaret où officie également Aristide Bruant. Il a 22ans, tombe amoureux de celle qui peint son portrait, Suzanne Valadon, la mère d' Utrillo. Une liaison de cinq mois qui, en rompant, laisse Satie inconsolable.
Le réseau de ses relations pourrait lui permettre de vivre et travailler confortablement. Il choisit le dénuement, quitte le "placard" où il célèbre le rite d' une Eglise vouée au combat social par la musique, dont il est l' unique membre,pour s' installer à trois kilomètres au sud de Paris, à Arcueil, dans une chambre sans eau ni éclairage que lui abandonne le fondateur du "Chat noir". Satie y vit comme, tout près, à L' Häÿ-les- Roses, un autre original, l' écrivain Paul Léautaud: solitaire et sans confort,

Dans cette banlieue déshéritée,Satie se rallie au socialisme, devient l' un des premiers adhérents du nouveau Parti communiste tout en refusant de s'intéresser aux théories marxistes. Il n' est pas doctrinaire, seulement ouvriériste, avec une sorte de ferveur mystique..

Satie a aussi marqué son passage par une ironie féroce qui le hisse au niveau des Léon Bloy, Octave Mirbeau, Alfred Jarry et Alphonse Allais. De Ravel qui vient de refuser la Légion d' Honneur, il dit simplement :" Mais toute sa musique l' accepte". Il écrit des "Mémoires d' un amnésique", au total 50 pages blanches qu' il distribue autour de lui, et griffonne des centaines de billets du genre: "Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux"

Lui, sans demander secours à personne, meurt d' une poussée d' absinthe sur le foie, à 59 ans, dans son taudis après un ultime scandale: " Socrate", musique vocale "sur un texte de Platon". Pied de nez aux chiens de garde de la farce bien pensante qu' il n' a cessé de fustiger.

 

 

PS- Satie n' a pas que des amis...En 2016, un conseiller municipal du Front National s' est opposé, Don Camillo d' un nouveau genre, à la commémoration du 150 ème anniversaire de la naissance d' un "communiste alcoolique", proposée par le maire écologiste d' Arcueil. Voilà sans doute qui  ravirait, s' il pouvait l' apprendre, l' ironique compositeur.

 

 

 

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BOUTIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paris ne s' enseigne pas en voiture, ni dans un car, ni dans des guides. Une ville aussi bourrée d' Histoire s' apprend à pied, au hasard plus que dans des circuits imposés. Elle est alors un luxe capricieux qui réclame du temps.

Si donc la fantaisie du badaud vous mène vers le quartier de la Nouvelle Athènes, berceau du romantisme français,récemment réhabilité sous le nom de Sopi (South Pigalle), empruntez la rue Clauzel. Elle va s' achever dans la rue des Martyrs, à côté de là où le clarinettiste Milton Mezz Mezzrow a longtemps animé un club de jazz réputé. Le peintre Ernest Hébert y a eu aussi son atelier.

Au n°14, une galerie d' estampes japonaises tenue par Akihiru Aoyagi occupe l' ancienne boutique du Père Tanguy, célèbre marchand de couleurs peint par Van Gogh et Monet. Quand on connait l' influence de l' estampe (ukiyo-e) sur les artistes de l' époque, on  admet vite quelque parenté avec la galerie actuelle.

Au-dessus de la porte cochère de cet immeuble sans caractère particulier, une plaque : " Ici se trouvait la boutique du Père Tanguy. S' y rencontraient Anquetin, Bernard, Cézanne, Gauguin,Guillaumin, Renoir, Russel, Toulouse-Lautrec et Van Gogh". Auxquels on peut ajouter Pissaro, Monet, Vignon et Sisley.

Julien Tanguy, originaire des Côtes du Nord, était venu à Paris où il avait choisi de s' établir marchand de couleurs en 1870. Anarchiste militant, il avait participé à la Commune de 71 et échappé de justesse à la déportation en Nouvelle Calédonie. Après 4 ans de prison, il regagne sa boutique qu' il ne quittera plus jusqu' en 1892, deux ans avant sa mort.

Le père Tanguy est tout ce temps la parfaite illustration de la chanson de Brassens "Les Copains d' abord", en l' occurrence  des inconnus qui se nomment Monet, Renoir ou Van Gogh. Il achète leurs premières toiles six francs six sous. Les critiques le repèrent et commencent à affluer, attirés également par les oeuvres d' un petit nouveau, Paul Cézanne.

A ces glorieux rapins, le Père Tanguy offre des couleurs et des repas, et prend en dépôt, dans son étroite arrière boutique, leurs tableaux qu' il est chargé de vendre. Sans lui, qui sait si l' Impressionnisme aurait connu le même destin?

 

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" L' AMI PISSARO "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Si l'on s' accorde à voir en William Turner (1775-1851) un précurseur de l' Impressionnisme, on s' entend également pour considérer Camille Pissaro (1830-1903) comme l' un de ses pères.

Attachante figure que celle de ce très grand artiste, à l' honneur en ce moment à Paris, tant au musée Marmottan qu' à celui du Luxembourg.

Né aux îles Vierges, alors possession danoise aux Antilles, et issu d' une famille de commerçants juifs portugais, le jeune peintre quitte tout pour rejoindre la capitale française. Là, d'atelier en atelier, il s' intègre bientôt à l' avant-garde artistique, admirant Corot, Courbet,Millet, avant d' inspirer Cézanne, Gauguin et Sisley. D' Ingres à Monet, de Renoir à Degas, Pissaro fréquente tous ceux qui comptent alors dans le milieu de l' Art.

Il s' installe à Pontoise, voisin du docteur Gachet, médecin de Van Gogh, et de Daubigny, habitant tous deux Auvers sur Oise. Pissaro se focalise ainsi sur les paysages fluviaux et agrestes qu' il découvre entre Pontoise et Paris, et qu'il peint sur le motif . S' amorce dès ce moment le "Chemin des Impres sionnistes", devenu désormais l' objet d' une intense curiosité culturelle ( le circuit Pissaro proprement dit va de Louveciennes à Bougival par Marly le Roi et comporte une quinzaine de reproductions d' oeuvres sur les lieux de leur création).

Pissaro ne quitte cette patrie artistique qu' à deux reprises. En 1870, quand les Prussiens pillent son atelier et y dérobent plusieurs centaines de toiles. Il se réfugie à Londres où séjourne Monet.Puis une seconde fois, lors de la fièvre anarchiste de 1894, quand, menacé d' arrestation, il fuit en Belgique et y retrouve le libertaire Elisée Reclus.

Car "l' ami Pissaro", connu pour sa générosité de coeur et d' esprit, a de solides convictions qu' il partage avec la plupart des peintres du quartier de "La Nouvelle Athènes" à Montmartre, écolos avant la lettre. Adepte des théories de Proudhon et de Bakounine, Pissaro milite aux côtés d' Emile Pouget, anarcho-syndicaliste à l' origine de la naissance de la CGT, et de Louise Michel, la célèbre "Vierge rouge" de la Commune. Il collabore au journal "Les Temps nouveaux" de Jean Grave où il défend la position de "l' art pour l'art" contre Kroptkine.

Pissaro était ce qu' on nomme un anarchiste individualiste, plus enclin à la non violence qu' à la terreur, au débat d' idées qu' à l' usage des armes, plus tenté par les réunions du "Club social" que fréquentait également Rodin qu' à l' attaque des agences bancaires. Son idéalisme transpire dans l' exceptionnelle sérénité que dégage sa vision des bords de Seine à l' époque heureuse où des champs, des chemins de terre, des arbres et des fleurs y régnaient encore.

 

 

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LESSIVEUSE ROSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jean Stern est journaliste à "Libération", juif et homosexuel. Il publie : " Mirage gay à Tel Aviv " (éditions Libertalia) où il aborde un sujet rarement évoqué : l' instrumentalisation du tourisme gay par le pouvoir israëlien dans le but d' enjoliver une image internationale écornée en consolidant au passage les finances locales.

Ainsi, quelques jours à peine avant de bombarder pour la ènième fois Gaza, les autorités militaires ont-elles accueilli un groupe d' homosexuels américains envoyé par le "Jewish Community Center Association" pour vanter la liberté de moeurs régnant dans l' Armée modèle que serait Tsahal.Pour mémoire,rappelons que  depuis 1967 au moins, celle-ci poursuit imperturbablement une colonisation dite sécuritaire en contradiction avec les engagements pris('accords d' Oslo)..

Tsahal se veut donc aussi libérale que l' armée néerlandaise dans un pays aussi impopulaire que la Corée du Nord.. La tâche est rude. D' où une stratégie marketing mythifiant la capitale, Tel Aviv, promue au niveau de San Francisco, Mykonos et Ibiza, et qualifiée ,de ce fait; de "lessiveuse rose".

Le calcul n' est pas absurde :des dizaines de milliers de "consommateurs" ont en 2016  laissé sur place plusieurs centaines de millions de dollars, amortissant et au- delà les voyages tous frais payés offerts à la presse et l' organisation de multiples manifestations susceptibles d' attirer la communauté gay occidentale. C' est le triomphe de la "pinkwashing". Vous viendrait-il l'idée de contester un point de la politique israëlienne, par exemple la négation de l' existence d' un peuple palestinien? hop, vous filez faire un tour au soleil-sexe-mer de Tel Aviv t.t.c et le malaise est dissipé. Vous croyez que la colonisation ("crime contre l' humanité"), le racisme, le capitalisme sauvage et ses inégalités peuvent exister dans le coin ? gagnez cette terre bénie où se côtoient fraternellement homos, bi et transsexuels de tous pays sauf arabes, et vous serez définitivement lavé de tout soupçon d' antisémitisme.

Vous contribuerez en même temps  à une oeuvre de salubrité publique en étouffant la réalité palestinienne sous les ébats onéreux d' étrangers protégés par une armée gay-friendly. L' homonationalisme couronné par le cynisme d' Etat : il fallait le faire. Nétanyaou l' a fait, Jean Stern s' en désole.

 

 

Publié dans actualité

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LE PATRIOTISME A BON DOS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me considère patriote en ce sens que je ne dissocie pas mon pays de sa geste populaire, de sa langue forgée par les siècles, de sa culture inépuisable. Ma famille a payé son tribut à la Patrie : grand'oncle tombé à Verdun, père déporté de la Résistance, oncle évadé puis emprisonné en Espagne franquiste.
Or voilà que Marine Le Pen distingue deux catégories de Français : les "vrais patriotes", autrement dit ceux qui partagent ses idées, et les autres, les "non patriotes" qui les contestent. C' est quand même un peu court, et je ne me sens pas prêt, quant à moi, à reconnaître à qui que ce soit l' exclusivité du "patriotisme", surtout comme camouflage d' un national-populisme des plus discutables. 

 Les dernières générations ont en effet  appris à se méfier. En 14-18, ceux que les Surréalistes dénommaient les "littérateurs du territoire" exhortaient, MAIS DE L' ARRIERE, les "patriotes des tranchées" au "sacrifice suprême". C' était :" Armons-nous...et partez !". Un million et demi de patriotes anonymes y sont restés. Pas Déroulède. Pas Barrès. Pas Maurras.

En 1940, un nombre non négligeable de patriotes professionnels se sont mis au service de la collaboration avec l' Occupant, après lui avoir abandonné deux millions de prisonniers en chemin. Enfant, je les ai vus, fuyant  dans leur voiture personnelle, ces galonnés qui, quelques semaines plus tard, dénonçaient les "traîtres" continuant la lutte en Angleterre. Toutefois, c'est le maurrassien Brasillach qui a été fusillé pour trahison.

En mai 1968, des "patriotes" d' un autre genre faisaient la queue à la frontière suisse pour aller déposer leur argent dans les banques genevoises (le fait est amplement relaté dans la presse de l' époque).

C' est pourquoi je suis parfois tenté de juger sur pièces. Il parait facile et gratifiant de "sauver la France" en parole. Encore faut-il savoir qui sauve qui, pourquoi, et surtout qui est finalement et réellement chargé d' assumer les frais. Sinon ce patriotisme là a trop bon dos.

Publié dans politique

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