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LE MESSAGE CHEDID

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les dynasties artistiques ne sont pas rarissimes. Celle des Chédid marque par une continuité qui lui confère un côté tribal qu' illustre en 2015 une tournée collective et une Victoire de la Musique l' année d'après.

La fondatrice de la lignée est une poétesse d' origine syro-libanaise, Andrée, qui aurait aujourd'hui 117 ans. Née au Caire, mariée au médecin-biologiste Louis- Sélim Chédid, elle s' installe en 1946 à Paris où son époux devient chercheur à l' Institut Pasteur.

Les premiers textes francophones de la jeune femme datent du début des années 50 et sont publiés par le poète-éditeur des Surréalistes Guy Lévis-Mano, sous le label des Cahiers G.L.M.

Son oeuvre qui ne cesse de s' élargir, tout comme son audience, englobe dès lors poésie,romans, nouvelles et pièces de théâtre que couronnent deux prix Goncourt : celui de la Poésie et celui de la Nouvelle.
Le propos principal d' Andrée Chédid est l' interrogation sur le Sens de notre vie, à la fois riche et fragile. Le "goût des autres" et l' empreinte indélébile de l' Orient sont des éléments qui lui donnent sa coloration multiculturaliste. Elle confie : " Je cherche à nommer quelque chose qui est au fond de l' homme, et dont la mort est la signature."

C' est le message qu' elle transmet à ses deux enfants, Michèle, artiste peintre, et Louis, chanteur-compositeur. Celui-ci, d' abord membre des "Petits chanteurs à la croix de bois", puis monteur de cinéma, se lance dans la carrière musicale en 1973. Il se hisse en quelques années au hit-parade avec "T' as beau être pas beau " comme interprète et guitariste de jazz proche de Django  Reinhardt.

Son fils Matthieu, devenu -M-, assure le relais, mettant à l' occasion en musique rock les poèmes de sa grand-mère. Dès l' enfance, il figurait dans les choeurs accompagnant  son père. Bientôt aussi populaire que lui, il s' associe au projet familial d' un spectacle réunissant sur scène Louis et trois de ses enfants, Matthieu, Joseph dit Sélim, et Anna, alias Nach, chantant en semble leurs créations personnelles supervisées par Emilie, leur mère.

C' est alors une tournée de cinq mois et 37 concerts dans les pays francophones ( mai-septembre 2015) et, l' année suivante, l' album enregistré en studio récompensé par la Victoire de la Musique. Ultime hommage rendu à la  poétesse, l' Aïeule sublimée, venue au monde presque un siècle plus tôt dans ce Liban déchiré où elle n' avait cessé de puiser son inspiration. Pour elle encore le titre n°1 de Louis, le fils prodigue de cette saga : "On ne dit jamais assez à ceux qu' on aime qu' on les aime."

 

 

 

 

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Satie, musicien de l' Ironie

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Erik Satie est aujourd'hui célèbre. Les spectacles le revendiquant se sont multipliés tant en France qu' à l' étranger ( l' Américain John Cage a repris "Vexations", partition à jouer 840 fois de suite). On est loin du temps où les critiques le traitaient de "fumiste" pour les plus indulgents et de "pauvre type" pour les plus hargneux.

Nul ne songerait plus à rayer du paysage culturel un homme qui a inspiré Mallarmé, été le disciple de Vincent d' Indy à la Scola Cantorum, l' animateur du "Groupe des Six" (Auric, Durey,Honegger, Milhaud, Poulenc, Taillefer), de l' "Ecole d' Arcueil" (Sauguet, Emié,Lizotte), avant d' être annexé par les dadaïstes (Tzara, Picabia), le Théâtre de l'Absurde (Ionesco, Bekett) et une foule de créateurs allant de Cocteau à Picasso,Stravinsky, Diaghilev, Braque, Debussy, Man Ray, Breton  Désormière ou René Clair.

Né à Honfleur en 1866, Satie arrive à Paris à 12 ans, échoue comme élève au Conservatoire National de Musique et pour échapper au service militaire n' hésite pas à s' exposer nu dehors une nuit d' hiver. Effectivement, il contracte une pleurite et est réformé.

Commencent alors pour lui des années de bohème montmartroise. Il tient l' harmonium au 'Chat Noir", cabaret où officie également Aristide Bruant. Il a 22ans, tombe amoureux de celle qui peint son portrait, Suzanne Valadon, la mère d' Utrillo. Une liaison de cinq mois qui, en rompant, laisse Satie inconsolable.
Le réseau de ses relations pourrait lui permettre de vivre et travailler confortablement. Il choisit le dénuement, quitte le "placard" où il célèbre le rite d' une Eglise vouée au combat social par la musique, dont il est l' unique membre,pour s' installer à trois kilomètres au sud de Paris, à Arcueil, dans une chambre sans eau ni éclairage que lui abandonne le fondateur du "Chat noir". Satie y vit comme, tout près, à L' Häÿ-les- Roses, un autre original, l' écrivain Paul Léautaud: solitaire et sans confort,

Dans cette banlieue déshéritée,Satie se rallie au socialisme, devient l' un des premiers adhérents du nouveau Parti communiste tout en refusant de s'intéresser aux théories marxistes. Il n' est pas doctrinaire, seulement ouvriériste, avec une sorte de ferveur mystique..

Satie a aussi marqué son passage par une ironie féroce qui le hisse au niveau des Léon Bloy, Alfred Jarry et Alphonse Allais.. De Ravel qui vient de refuser la Légion d' Honneur, il dit simplement :" Mais toute sa musique l' accepte"..Il écrit des "Mémoires d' un amnésique", au total 50 pages blanches qu' il distribue autour de lui, et griffonne des centaines de billets du genre: "Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux"

Lui, sans demander secours à personne, meurt d' une poussée d' absinthe sur le foie, à 59 ans, dans son taudis après un ultime scandale: " Socrate",, musique vocale "sur un texte de Platon". Pied de nez aux chiens de garde de la farce bien pensante qu' il n' a cessé de fustiger.

 

 

PS- Satie n' a pas que des amis...En 2016, un conseiller municipal du Front National s' est opposé, Don Camillo d' un nouveau genre, à la commémoration du 150 ème anniversaire de la naissance d' un "communiste alcoolique", proposée par le maire écologiste d' Arcueil. Voilà sans doute qui  ravirait, s' il pouvait l' apprendre, l' ironique compositeur.

 

 

 

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Boutique

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paris ne s' enseigne pas en voiture, ni dans un car, ni dans des guides. Une ville aussi bourrée d' Histoire s' apprend à pied, au hasard plus que dans des circuits imposés. Elle est alors un luxe capricieux qui réclame du temps.

Si donc la fantaisie du badaud vous mène vers le quartier de la Nouvelle Athènes, berceau du romantisme français,récemment réhabilité sous le nom de Sopi (South Pigalle), empruntez la rue Clauzel. Elle va s' achever dans la rue des Martyrs, à côté de là où le clarinettiste Milton Mezz Mezzrow a longtemps animé un club de jazz réputé. Le peintre Ernest Hébert y a eu aussi son atelier.

Au n°14, une galerie d' estampes japonaises tenue par Akihiru Aoyagi occupe l' ancienne boutique du Père Tanguy, célèbre marchand de couleurs peint par Van Gogh et Monet. Quand on connait l' influence de l' estampe (ukiyo-e) sur les artistes de l' époque, on  admet vite quelque parenté avec la galerie actuelle.

Au-dessus de la porte cochère de cet immeuble sans caractère particulier, une plaque : " Ici se trouvait la boutique du Père Tanguy. S' y rencontraient Anquetin, Bernard, Cézanne, Gauguin,Guillaumin, Renoir, Russel, Toulouse-Lautrec et Van Gogh". Auxquels on peut ajouter Pissaro, Monet, Vignon et Sisley.

Julien Tanguy, originaire des Côtes du Nord, était venu à Paris où il avait choisi de s' établir marchand de couleurs en 1870. Anarchiste militant, il avait participé à la Commune de 71 et échappé de justesse à la déportation en Nouvelle Calédonie. Après 4 ans de prison, il regagne sa boutique qu' il ne quittera plus jusqu' en 1892, deux ans avant sa mort.

Le père Tanguy est tout ce temps la parfaite illustration de la chanson de Brassens "Les Copains d' abord", en l' occurrence  des inconnus qui se nomment Monet, Renoir ou Van Gogh. Il achète leurs premières toiles six francs six sous. Les critiques le repèrent et commencent à affluer, attirés également par les oeuvres d' un petit nouveau, Paul Cézanne.

A ces glorieux rapins, le Père Tanguy offre des couleurs et des repas, et prend en dépôt, dans son étroite arrière boutique, leurs tableaux qu' il est chargé de vendre. Sans lui, qui sait si l' Impressionnisme aurait connu le même destin?

 

Publié dans culture

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" L' ami Pissaro "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Si l'on s' accorde à voir en William Turner (1775-1851) un précurseur de l' Impressionnisme, on s' entend également pour considérer Camille Pissaro (1830-1903) comme l' un de ses pères.

Attachante figure que celle de ce très grand artiste, à l' honneur en ce moment à Paris, tant au musée Marmottan qu' à celui du Luxembourg.

Né aux îles Vierges, alors possession danoise aux Antilles, et issu d' une famille de commerçants juifs portugais, le jeune peintre quitte tout pour rejoindre la capitale française. Là, d'atelier en atelier, il s' intègre bientôt à l' avant-garde artistique, admirant Corot, Courbet,Millet, avant d' inspirer Cézanne, Gauguin et Sisley. D' Ingres à Monet, de Renoir à Degas, Pissaro fréquente tous ceux qui comptent alors dans le milieu de l' Art.

Il s' installe à Pontoise, voisin du docteur Gachet, médecin de Van Gogh, et de Daubigny, habitant tous deux Auvers sur Oise. Pissaro se focalise ainsi sur les paysages fluviaux et agrestes qu' il découvre entre Pontoise et Paris, et qu'il peint sur le motif . S' amorce dès ce moment le "Chemin des Impres sionnistes", devenu désormais l' objet d' une intense curiosité culturelle ( le circuit Pissaro proprement dit va de Louveciennes à Bougival par Marly le Roi et comporte une quinzaine de reproductions d' oeuvres sur les lieux de leur création).

Pissaro ne quitte cette patrie artistique qu' à deux reprises. En 1870, quand les Prussiens pillent son atelier et y dérobent plusieurs centaines de toiles. Il se réfugie à Londres où séjourne Monet.Puis une seconde fois, lors de la fièvre anarchiste de 1894, quand, menacé d' arrestation, il fuit en Belgique et y retrouve le libertaire Elisée Reclus.

Car "l' ami Pissaro", connu pour sa générosité de coeur et d' esprit, a de solides convictions qu' il partage avec la plupart des peintres du quartier de "La Nouvelle Athènes" à Montmartre, écolos avant la lettre. Adepte des théories de Proudhon et de Bakounine, Pissaro milite aux côtés d' Emile Pouget, anarcho-syndicaliste à l' origine de la naissance de la CGT, et de Louise Michel, la célèbre "Vierge rouge" de la Commune. Il collabore au journal "Les Temps nouveaux" de Jean Grave où il défend la position de "l' art pour l'art" contre Kroptkine.

Pissaro était ce qu' on nomme un anarchiste individualiste, plus enclin à la non violence qu' à la terreur, au débat d' idées qu' à l' usage des armes, plus tenté par les réunions du "Club social" que fréquentait également Rodin qu' à l' attaque des agences bancaires. Son idéalisme transpire dans l' exceptionnelle sérénité que dégage sa vision des bords de Seine à l' époque heureuse où des champs, des chemins de terre, des arbres et des fleurs y régnaient encore.

 

 

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LESSIVEUSE ROSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jean Stern est journaliste à "Libération", juif et homosexuel. Il publie : " Mirage gay à Tel Aviv " (éditions Libertalia) où il aborde un sujet rarement évoqué : l' instrumentalisation du tourisme gay par le pouvoir israëlien dans le but d' enjoliver une image internationale écornée en consolidant au passage les finances locales.

Ainsi, quelques jours à peine avant de bombarder pour la ènième fois Gaza, les autorités militaires ont-elles accueilli un groupe d' homosexuels américains envoyé par le "Jewish Community Center Association" pour vanter la liberté de moeurs régnant dans l' Armée modèle que serait Tsahal.Pour mémoire,rappelons que  depuis 1967 au moins, celle-ci poursuit imperturbablement une colonisation dite sécuritaire en contradiction avec les engagements pris('accords d' Oslo)..

Tsahal se veut donc aussi libérale que l' armée néerlandaise dans un pays aussi impopulaire que la Corée du Nord.. La tâche est rude. D' où une stratégie marketing mythifiant la capitale, Tel Aviv, promue au niveau de San Francisco, Mykonos et Ibiza, et qualifiée ,de ce fait; de "lessiveuse rose".

Le calcul n' est pas absurde :des dizaines de milliers de "consommateurs" ont en 2016  laissé sur place plusieurs centaines de millions de dollars, amortissant et au- delà les voyages tous frais payés offerts à la presse et l' organisation de multiples manifestations susceptibles d' attirer la communauté gay occidentale. C' est le triomphe de la "pinkwashing". Vous viendrait-il l'idée de contester un point de la politique israëlienne, par exemple la négation de l' existence d' un peuple palestinien? hop, vous filez faire un tour au soleil-sexe-mer de Tel Aviv t.t.c et le malaise est dissipé. Vous croyez que la colonisation ("crime contre l' humanité"), le racisme, le capitalisme sauvage et ses inégalités peuvent exister dans le coin ? gagnez cette terre bénie où se côtoient fraternellement homos, bi et transsexuels de tous pays sauf arabes, et vous serez définitivement lavé de tout soupçon d' antisémitisme.

Vous contribuerez en même temps  à une oeuvre de salubrité publique en étouffant la réalité palestinienne sous les ébats onéreux d' étrangers protégés par une armée gay-friendly. L' homonationalisme couronné par le cynisme d' Etat : il fallait le faire. Nétanyaou l' a fait, Jean Stern s' en désole.

 

 

Publié dans actualité

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LE PATRIOTISME A BON DOS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je me considère patriote en ce sens que je ne dissocie pas mon pays de sa geste populaire, de sa langue forgée par les siècles, de sa culture inépuisable. Ma famille a payé son tribut à la Patrie : grand'oncle tombé à Verdun, père déporté de la Résistance, oncle évadé puis emprisonné en Espagne franquiste.
Or voilà que Marine Le Pen distingue deux catégories de Français : les "vrais patriotes", autrement dit ceux qui partagent ses idées, et les autres, les "non patriotes" qui les contestent. C' est quand même un peu court, et je ne me sens pas prêt, quant à moi, à reconnaître à qui que ce soit l' exclusivité du "patriotisme", surtout comme camouflage d' un national-populisme des plus discutables. 

 Les dernières générations ont en effet  appris à se méfier. En 14-18, ceux que les Surréalistes dénommaient les "littérateurs du territoire" exhortaient, MAIS DE L' ARRIERE, les "patriotes des tranchées" au "sacrifice suprême". C' était :" Armons-nous...et partez !". Un million et demi de patriotes anonymes y sont restés. Pas Déroulède. Pas Barrès. Pas Maurras.

En 1940, un nombre non négligeable de patriotes professionnels se sont mis au service de la collaboration avec l' Occupant, après lui avoir abandonné deux millions de prisonniers en chemin. Enfant, je les ai vus, fuyant  dans leur voiture personnelle, ces galonnés qui, quelques semaines plus tard, dénonçaient les "traîtres" continuant la lutte en Angleterre. Toutefois, c'est le maurrassien Brasillach qui a été fusillé pour trahison.

En mai 1968, des "patriotes" d' un autre genre faisaient la queue à la frontière suisse pour aller déposer leur argent dans les banques genevoises (le fait est amplement relaté dans la presse de l' époque).

C' est pourquoi je suis parfois tenté de juger sur pièces. Il parait facile et gratifiant de "sauver la France" en parole. Encore faut-il savoir qui sauve qui, pourquoi, et surtout qui est finalement et réellement chargé d' assumer les frais. Sinon ce patriotisme là a trop bon dos.

Publié dans politique

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TRUMP AU PAYS DES LUMIERES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les observateurs se posent la question : l' élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis d' Amérique aura-t-elle une incidence, directe ou indirecte, sur l' élection présidentielle française d' avril prochain?

Si c'était bien le cas, ce serait actuellement plutôt un effet repoussoir. Pas un responsable politique hexagonal, sinon Marine Le Pen, ne s' est félicité de la victoire du milliardaire new yorkais. Dans un monde en mutation généralisée, le choix du nationalisme, de l' isolationnisme et de la discrimination se situe, de l' avis majoritaire, à contre-courant historique. Il parait paradoxal que la première puissance planétaire se barricade derrière des barrières douanières, des murs racistes et des comportements sexistes au moment où sa rivale, la Chine, affirme habilement son ouverture, comme l' a fait, il y a peu à Davos, le Premier ministre de Pékin.

L' axe néo-conservateur et ultralibéral anglo-saxon que, à la grande satisfaction de Wall street et de la City, sont en train de relancer Trump et Theresa May, produit du Brexit, ressuscitant ainsi l' alliance Reagan-Thatcher, est une régression qui, inéluctablement, va rapprocher l' Union Européenne , menacée, des Pays émergents. Ce nouveau clivage, où Poutine  promet de s' ébattre librement, n' est pas un pas vers la Paix.

Dans ce schéma, où placer l' opinion française? La voie d' un "libéralisme protectionniste" spéculateur ne peut séduire que certains milieux d' affaires et cercles boursiers. Si Trump obtient des résultats rapides en matière de redynamisation économique, son exemple servira aussitôt de référence à une Droite que les problèmes actuels de chômage et d' endettement poussent à l' offensive.
Pour autant, le peuple de France ne donne guère l' impression de vouloir se rallier à des options si opposées aux valeurs humanistes qui inspirent depuis plus de deux siècles sa philosophie. Le populisme finit toujours par se révéler le poumon de la ploutocratie, l' adoubement des riches par les pauvres, ou, selon le vocabulaire marxiste, l' aliénation du Travail au Capital. Voyez, pour illustration de cela, la composition du nouveau gouvernement de Washington. Peu de risque, dès lors, de voir Trump devenir la coqueluche du pays des Lumières.

Publié dans société

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SUR LA COLLECTION CHTOUKINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La Fondation Vuitton à Paris expose pour plusieurs semaines encore "Icônes de l' Art moderne", la collection du Russe Sergueï Chtoukine (Moscou 1854-Paris 1936), devenue propriété des musées de l' Ermitage à Saint-Pétersbourg et Pouchkine à Moscou.

Le richissime collectionneur a connu et fréquenté tous ceux (artistes, marchands, critiques) qui ont animé l' avant-garde artistique de 1880 à 1914 et , du même coup, annoncé la révolution dans la peinture contemporaine.

On se sent noyé devant le déferlement de ces 130 oeuvres majeures. Tout le monde ou presque, en tout cas parmi les Français, est là, malgré quelques absents de marque (Caillebotte, Seurat, Berthe Morisot, Bonnard ou Boudin). Le plus révélateur dans ce fastueux bouquet est peut-être la hiérarchie qui, peu à peu, se dégage des choix de celui que son entourage traitait de "fou".

Chtoukine (par ses "conseils", Durand-Ruel, Vollard, Kahnweiler) laisse filtrer ses préférences : Monet, Cézanne, Gauguin, Matisse et Picasso ont droit à une salle entière. En 1910, c' était de la démence. Picasso, dont je ne suis pas un inconditionnel, s' impose indubitablement: de 1900 à la Révolution d' Octobre (laquelle,grâce à Lounatcharsky, Commissaire du Peuple à l' Instruction publique et à l' écrivain Gorki, a respecté la collection), Chtoukine a été son fidèle acheteur. Cela facilite la lisibilité du parcours de l' Espagnol (communiste quand son mécène était contraint à l' exil par les "Rouges") et le décryptage historico-artistique de cette époque pleine de contradictions, de bruit et de fureur.

La peinture d' avant-garde (fauvisme, constructivisme,cubisme) n' était pas spécialement la tasse de thé des bolchéviks. Lénine y voyait volontiers du snobisme petit-bourgeois et lui préférait un rassurant académisme. Staline, dans les années 30, a montré ce que devait être un art "prolétarien". N' empêche: le courant mondial a tout emporté. "Le déjeuner sur l' herbe", "La vigne rouge" et "La montagne Sainte Geneviève" ont poursuivi le récit séculaire sur l' Art dont Malraux disait qu' il posait la "question de la Transcendance".

 

Publié dans culture

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FILS DE LA NUIT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Mon enfance a été marquée par l' écho des drames liés à la guerre civile espagnole(1936-39). Saragosse, Teruel, Valence, Malaga, la Guadalajara, Barcelone, Guernica, sont des noms qui ont hanté mon esprit. Mes parents ont hébergé, au moment de la "retirada", une famille de réfugiés républicains. C' est dire combien ce conflit, prélude à la guerre mondiale, a imprégné mon histoire intime.

De ce fait, la récente publication par les éditions Libertalia de "Les Fils de la Nuit", 2 volumes consacrés à l' événement qui a causé plus d' un million de morts et mobilisé l' Europe progressiste contre le fascisme, revêt un particulier intérêt.

Le premier tome, "Souvenirs de la guerre d' Espagne", est le journal, publié pour la première fois en 2006, d' Antoine Gimenez (de son vrai nom Bruno Salvadori), milicien italien dans la Colonne de l' anarchiste Durruti, assassiné à Madrid fin 1936. Vraisemblablement par un agent de Staline. Ce récit - les batailles sur les bords de l' Ebre en 1936 et 37- se lit comme un polar.

A ce matériau brut, les "Giménologues", ses héritiers, ont ajouté, au prix d' un travail de dépouillement impressionnant, une suite intitulée " A la recherche des Fils de la Nuit". Il s' agit d' une étude, meublée de biographies, du "Groupe International"  (les "Brigades" ne sont pas encore opérationnelles sur le front d' Aragon)) de tendance anarchisante, pionnier d' une révolution de prolétaires-soldats.

Mais une autonomie politico-militaire de ce genre ne pouvait agréer aux oligarques staliniens qui n' ont eu de cesse de s' être débarrassés par le meurtre de masse des "Fils de la nuit", comme ils l' avaient fait en URSS avec Makhno. Ainsi la guerre anti franquiste s' est-elle doublée d' une lutte implacable contre ces francs-tireurs nus pieds, peu enclins à la militarisation à la sauce moscovite. Pot de terre contre pot de fer.

La révolution sociale s' effaçait devant la répression étatique. Le camp républicain ne s' en est pas relevé. Ce scénario est connu. Le mérite de ces livres est d' en fournir des preuves et témoignages accablants.

 

Publié dans histoire

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LA FÊTE FORAINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai mobilisé mes souvenirs historiques: jamais depuis les "Trois Glorieuses"(1830), le mouvement social en France ne semble avoir été aussi dégénérescent, y compris pendant les guerres mondiales.

Mitterrand a tué le P.C. Hollande le P.S., son propre parti. Fillon promet de faire la peau aux syndicats. Ainsi ne restera-t-il bientôt aucune structure de poids pour défendre le monde du Travail et s' opposer aux déferlantes de la mondialisation financière, au gouvernement  par Wall Street et la ploutocratie.

C' est donc au milieu des décombres que "la Gauche" choisit de se livrer à un combat de chiens. Les ouvriers vont aller voter F.N, les jeunes s' abstenir, des forces vives se détourner des comédies électorales, comme à l' habitude désormais, sans que cela paraisse émouvoir  les "dirigeants". C' est ça, la décadence: une démocratie qui ne représente pas les classes populaires.

Hurler "rassemblement!" en multipliant d' absurdes et redondantes candidatures est une offense aux citoyens. Cela fait seulement penser aux carabiniers d' Offenbach chantant "Marchons!" en piétinant sur place. Les petits marquis de la "Gauche", terme devenu illisible, n'ont de fait aucun projet cohérent et surtout "rassembleur". Les arrivistes ne le savent que trop. C' est pourquoi ils se pressent autour du stand de fête foraine où le plaisir est le jeu de massacre. Descendre les têtes pour se tailler un territoire personnel n' est pas digne de véritables responsables. On a honte pour eux. Dans le contexte social et international actuel, ces oligarques se revendiquant du "progrès" ne sont que les déjections d' un Système en décomposition déjà avancée.
Le mouvement social, lui, est à reconstruire. Mais, pitié, sans eux. Ils se sont depuis longtemps collectivement disqualifiés.

Publié dans politique

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